par un groupe de citoyennes des Bois-Francs et la Maison des femmes des Bois-Francs
Le 7 mars paraissait dans le journal la Nouvelle-Union un article intitulé « Des femmes huilées et dérangeantes ». L’hebdo régional nous apprenait que le nouveau festival d’hommes forts de Warwick – à la thématique déjà très stéréotypée - comptait au nombre de ses activités des combats de femmes huilées. Une citoyenne s’étant présentée à l’assemblée municipale pour questionner le maire sur la pertinence de ce choix s’est fait répondre, entre autres, que si des femmes ne voulaient pas que leurs maris y assistent, elles n’avaient qu’à les attacher après la patte du poêle. Indignées tant par la tenue de tels combats que par des propos rapportés du maire, un groupe de femmes de la région s’est réuni à la Maison des femmes des Bois-Francs et souhaite, par la présente lettre, réagir en défendant son idéal de société non sexiste, démocratique et respectueuse de la dignité de chacune et de chacun.
Nous nous inquiétons d’abord de constater que des fonds publics municipaux serviront à promouvoir un spectacle sexiste. Que la population veuille s’amuser simplement, comme l’affirme le maire, d’accord. Mais faut-il divertir la population en lui offrant des activités qui se rapprochent plus de l’univers de la pornographie que de celui du sport? Comment la ville de Warwick, qui s’est dotée d’une politique familiale, peut-elle faire un choix qui sexualise l’espace public? Nous considérerions d’ailleurs tout aussi incohérente la tenue d’une activité qui ferait la promotion de danseurs nus…
« Il ne s’agit pas de revenir à la censure ou à l’époque de la Grande noirceur. Il s’agit plutôt d’exercer une pensée critique, une pensée citoyenne en ce qui concerne les images dont nous sommes bombardées quotidiennement et les modèles que nous voulons proposer à nos enfants. » Voilà pourquoi nous espérons que les responsables du Festival, de même que les élus municipaux, seront suffisamment créatifs pour organiser, à l’été 2011, des activités attrayantes qui n’auraient pas pour effet de renforcer les stéréotypes sexuels et de perpétuer les rapports inégalitaires entre les hommes et les femmes. La recherche de profits ne doit pas tout cautionner et la ville de Warwick, nous n’en doutons pas, peut encore faire des choix respectueux de la dignité de toutes et de tous.
Dans un deuxième temps, les propos rapportés par l’article traduisent une attitude contradictoire et inquiétante du maire. D’une part, il affirme qu’il « accueille à bras ouverts, tels qu’ils sont, sans restrictions » les promoteurs du Festival. D’autre part, il affirme qu’il est « déçu que vous [la citoyenne en question] ayez pris la peine de prendre la parole en public… ». Or, à notre avis, outre un rôle administratif et légal, le conseil municipal doit assumer un rôle politique qui « implique principalement d'être à l'écoute des citoyens et disponible pour écouter leurs revendications, leurs doléances, mais aussi leurs suggestions ». Nous espérons que chaque citoyenne et que chaque citoyen, à Warwick comme dans les autres villes des Bois-Francs, puissent participer librement à l’exercice démocratique sans être déconsidérés, moqués ou ridiculisés.
Nous sommes convaincues que le conseil de ville de Warwick saura modifier la programmation de son prochain festival afin qu’il soit réellement inclusif et qu’il reflète les idéaux démocratiques des femmes et des hommes,
La Maison des femmes des Bois-Francs est un lieu d’appartenance, de partage et d’action créé pour et par les femmes. Elle est membre de l’R des centres de femmes, regroupement québécois de 102 centres de femmes.
Page reliée : Combats de femmes huilées : un terrain encore glissant à Warwick, Manon Toupin, La Nouvelle Union, 05.04.2011
