En raison de leur plus grande pauvreté et des inégalités qui perdurent entre les femmes et les hommes, les femmes sont doublement touchées par les problèmes de logement, explique le comité femmes du FRAPRU dans Femmes, logement et pauvreté - Sortir du privé, un enjeu de société! publié en septembre. Plus pauvres pour se payer des logements de plus en plus rares, elles sont plus nombreuses à consacrer une part exorbitante de leur revenu au logement. C’est le cas de quatre ménages locataires féminins sur dix au Québec : le revenu médian des femmes locataires est de 25 814$ versus 33 303$ pour les hommes locataires. Elles sont aussi plus nombreuses à être locataires : 50% des femmes le sont versus 32% des hommes. Elles sont donc particulièrement affectées par la pénurie de logements à bas prix qui sévit dans plusieurs villes du Québec et plus nombreuses à être aux prises avec les problèmes vécus par les locataires sur le marché privé.
Contribution du comité femmes du FRAPRU dans le cadre de la Marche mondiale des femmes 2010, ce document fait suite à une vaste tournée d’ateliers qui avait lieu au cours de l’hiver 2010 dans les villes du Québec et des quartiers de Montréal, réunissant des femmes locataires et itinérantes de divers horizons. À partir de leurs témoignages, le document fait état des problèmes de logements vécus par les femmes.
Les femmes rencontrées à l’occasion de la tournée du FRAPRU ont témoigné de la difficulté à boucler leur budget une fois le loyer de 600$, 700$, 800$ voire 900$, payé. « On est obligées de faire des choix difficiles : garderie ou transport en commun. Parfois, la solution est de travailler plus, 7 jours sur 7. Ça affecte notre santé physique et mentale; il y a des conséquences sur les enfants; on mange mal; il y a plus de tensions dans notre couple; on doit aller aux banques alimentaires. Il n’y a pas de possibilité d’améliorer ses conditions pour trouver un meilleur emploi », peut-on lire dans le document.
Une discrimination qui a un sexe
Le droit au logement, celui des femmes en particulier, est bafoué au Québec actuellement, conclut le FRAPRU. Ce déni de droit a des conséquences concrètes dont certaines sont spécifiques aux femmes. Alors que l’accès au logement ne devrait être soumis à aucune forme de discrimination, partout des mères de famille affirment vivre une discrimination reliée à la présence d’enfants. Par ailleurs, des femmes demeurent dans des situations de violence conjugale, faute de trouver un logement adéquat. Cette situation a d’ailleurs été relevée à plusieurs reprises par diverses instances des Nations Unies. Le comité femmes du FRAPRU s’inquiète également de l’itinérance au féminin, un phénomène croissant qui est la conséquence d’une série de dénis de droits.
Sans surprise, le comité femmes du FRAPRU conclut que le marché privé ne permet pas de répondre aux besoins et qu’on ne peut compter sur lui pour faire respecter un droit envers lequel la société québécoise s'est engagée. Pour répondre aux besoins les plus urgents, le FRAPRU revendique 50 000 nouveaux logements sociaux en cinq ans. Il a également identifié des mesures qui permettraient d’améliorer les conditions de logement, telles que l’instauration d’un réel contrôle des loyers, l’amélioration de l’allocation-logement, la modification du code du bâtiment ou la criminalisation de la discrimination. Mais pour lutter efficacement contre la pauvreté, on doit assurer à toutes un revenu décent : augmenter le salaire minimum de même que l’aide sociale et mettre fin aux catégories aptes et inaptes. La Marche mondiale des femmes 2010 a d’ailleurs identifié ces deux revendications comme des mesures urgentes.
Source : FRAPRU, 16.09.2010
