Dans le cadre du Projet régional des centres de femmes de la Montérégie, 13 centres ont participé à cette initiative. Impossible de les présenter tous ici, mais soulignons que le texte est issu du Centre D'main de femmes situé à Salaberry-de-Valleyfield.
Facteurs d'appauvrissement et cycles de vie
L'appauvrissement a-t-il un sexe? Facteurs d'appauvrissement et cycles de vie est une initiative des centres de femmes de la Montérégie qui voulaient donner la parole aux femmes et porter leur vision concernant leurs réalités. Dans les centres de femmes, nous côtoyons des femmes de groupes d'âge et de profils économiques variés. Nous constatons cependant qu'à travers leurs différentes histoires de vie, une constante s'installe : elles s'appauvrissent. Pourquoi?
Ce projet s'inscrit dans une démarche de réflexion et d'éducation populaire visant à identifier les raisons pour lesquelles les femmes se trouvent encore dans des situations économiques plus précaires que les hommes. L'objectif est de trouver le moyen de freiner cet appauvrissement des femmes. Des focus groups ont été organisés; en tout, 31 rencontres se sont tenues dans les 13 centres de femmes de la Montérégie auxquelles ont participé 146 femmes. Toutes ont partagé avec nous leurs histoires et leur perception de l'appauvrissement. Les données recueillies indiquent que l'appauvrissement résulte d'une suite de facteurs appauvrissants que les femmes rencontrent au cours de différents épisodes de vulnérabilité associés aux étapes de leur vie. Ces facteurs, conjugués à de la discrimination systémique due à la division sexuelle du travail, à la pression sociale, à la culture et au manque de connaissance de leurs droits, engendrent un appauvrissement significatif.
Donner la parole aux femmes n'était que la première étape. Nous avons ensuite développé des outils pour alimenter la réflexion : une fiche synthèse relatant les faits saillants de l'exercice, un guide d'animation de groupe offert en français et en anglais, et un site Web.
Nous savons que les femmes sont plus pauvres que les hommes : les statistiques nous le rappellent constamment. Cependant, nous nous imaginons toujours que notre situation va s'améliorer d'année en année. Ne devrait-on pas normalement être plus riche à 50 ans qu'à 20 ans? Ne travaille-t-on pas pour améliorer son sort dans la vie? Or, cette réalité n'est pas nécessairement celle des femmes qui fréquentent nos centres ou qui ont participé à nos groupes de discussion. Ces femmes sont-elles exceptionnelles? Est-ce que leur histoire est si différente de celles des autres femmes? Malheureusement, NON.
Notre projet se veut novateur parce que notre réflexion s'inscrit dans une continuité, c'est-à-dire à travers les grandes étapes de la vie (la scolarité, l'accès au travail, l'union ou le mariage, la maternité, la vie familiale, la retraite, etc.), et qu'il s'adresse à la classe moyenne. Premier constat : les femmes ne connaissent pas leurs droits. Vingt ans après la Loi sur le patrimoine familial, les femmes, et la population en général, pensent qu'être mariée ou vivre comme conjointe de fait est exactement la même chose. Trop souvent, c'est après une séparation que la différence entre les deux régimes matrimoniaux apparaît, et c'est trop tard. De plus, bien que les jeunes femmes aient été témoins de l'appauvrissement vécu par leur mère ayant choisi de rester à la maison, par exemple, elles disent vouloir répéter l'histoire. Plusieurs ont ainsi exprimé le souhait de valoriser le travail des femmes à la maison et voulaient être payées pour l'effectuer.
Enfin, deuxième constat, toutes les femmes n'envisagent pas l'autonomie de la même façon. Pour certaines, l'autonomie c'est, par exemple, avoir la liberté de prendre des décisions sans subir de violence physique. Notre conception de l'autonomie a donc été revue en fonction non seulement du capital financier, mais également du capital humain, naturel, social et personnel.
Notre projet nous a ainsi beaucoup appris sur la vision des femmes quant à leur situation de pauvreté et nous a permis de développer une analyse de leurs diverses réalités à cet égard. Nous sommes convaincues qu'il y a moyen de modifier le tracé de la vie des femmes qui les conduit à vivre différentes situations de pauvreté. À chaque étape de la vie des femmes, des occasions se présentent et des modifications peuvent être apportées afin de freiner leur déroute financière.
Le chemin est long, mais la voie est libre.
Jacynthe Dubien
Centre D'main de femmes
77, rue Saint-Charles | Salaberry-de-Valleyfield | J6S 3Z9
dmaindefemmes@rocler.com | 450 371-1500
www.dmaindefemmes.com
Pages reliées :
Vidéo - L'appauvrissement a-t-il un sexe?, automne 2008
Test - Mon indice de risque d'appauvrissement
