par le Centre des femmes de Verdun et le Mouvement contre le viol et l'inceste
Le contexte et les faits
Éric Tillman est le directeur général des Roughriders de la Saskatchewan. Il est né à Jackson, Mississippi, aux États-Unis d’Amérique. Depuis 1981, il œuvre dans l’industrie du sport au Canada en tant qu’administrateur pour différentes équipes de la Ligue canadienne de football américain. Tillman a été auparavant analyste de diffusion de la LCF, directeur général et dépisteur. Le 27 janvier 2009, Tillman a été accusé d'agression sexuelle sur une mineure. En effet, le 6 août 2008, alors qu’il revenait d’une soirée bien arrosée avec des copains et qu’il était sous antidouleurs, il est entré à son domicile où se trouvait une jeune femme de 16 ans, la gardienne de ses enfants. Tandis qu’elle se penchait pour donner à manger au plus jeune enfant, Tillman l'a agrippée en la forçant à se coller à lui. Elle lui a immédiatement exprimé son non-consentement et a déposé une plainte.
Le jugement
Le 4 janvier 2010, Eric Tillman plaide coupable aux accusations d’agression sexuelle qui pèsent contre lui. Le lendemain, le juge Murray Hinds de la cour provinciale de la Saskatchewan disait croire que Tillman exprimait de sincères regrets au regard des gestes qu’il avait posés. Le juge Hinds a ajouté que les événements du 6 août 2008 ne sont pas teintés de mauvaises intentions, mais simplement qu’ils ont été provoqués par l’ingestion de médicaments en vente libre pour le soulagement des maux de dos et de l’insomnie. Le juge accordait donc l’absolution inconditionnelle (autrefois appelée libération inconditionnelle) à Tillman. En jargon populaire, cela signifie que bien qu’il soit reconnu coupable d’un acte criminel, le casier judiciaire qu’il aura ne sera que symbolique et disparaitra après un an. Ce verdict clément lui permet de continuer à travailler au Canada.
Pour justifier ce jugement, on invoque l’idée de vouloir éviter que la victime ait à subir un traumatisme en témoignant devant la cour. De plus, la nature non préméditée de l’acte, l’absence de casier judiciaire et la présence de médication ont eu un effet atténuant sur la sentence. Mentionnons que, depuis que les poursuites ont été intentées contre lui, Eric Tillman a été suspendu de son poste de directeur général des Roughriders de la Saskatchewan…avec salaire.
Justice?
Nous considérons que l’utilisation de verdicts semblables est une banalisation des agressions sexuelles, de l’ampleur de la problématique de la violence faite aux femmes et des répercussions psychologiques subies par la jeune fille agressée.
Que ce soit à des fins diplomatiques ou économiques, cette pratique est discriminatoire envers les femmes. Le message véhiculé par l’absolution inconditionnelle a d’ailleurs des répercussions très négatives en ce qui concerne la compréhension qu’ont les victimes du système judiciaire. De façon générale, ce type de jugement reste dur à digérer pour les victimes. Celles-ci ont d’ailleurs de moins en moins confiance envers notre système judiciaire. Elles sont également découragées d’entamer des procédures, ayant peur d’être perçues comme des hystériques et des menteuses ou d’être accusées d’exagérer ou de vouloir se venger. Rappelons-nous que le Canada a ratifié la convention sur l’élimination de toutes formes de discriminations envers les femmes, adoptée le 18 décembre 1979.
La plupart des gens utilisent des médicaments et n’en perdent pas leur bon sens moral pour autant. On pourrait comprendre pourquoi les citoyens se poseraient la question suivante : si c’était une personne peu nantie, aurait-il eu le même traitement?
Rappelons que monsieur Tillman a conduit l'équipe de football de Regina à la Coupe Grey en 2007. Dans ce jugement, on peut légitimement se demander si la notoriété de l’agresseur n’a pas facilité la décision du juge de l’absoudre de l’infraction commise.
Texte endossé par :
Centre des femmes de Verdun
Mouvement contre l’inceste et le viol (MCVI)
Table de concertation en relations interculturelles de Verdun (TCRIV)
Table de groupe des femmes de Montréal (TGFM)
Centre des travailleuses en maisons privées (CTMP)
TROVEP Montréal
