À l'aube d'une nouvelle Politique québécoise masculiniste d'égalité entre les hommes et les femmes, nous assistons à une montée en puissance d'un discours masculiniste prétendant parler au nom de tous les hommes et dressant un portrait bien sombre de la condition masculine.
Oscillant politiquement du centre à l'extrême-droite, des groupes masculinistes, de plus en plus nombreux, attaquent les femmes et le féminisme et les rendent responsables de leur «désarroi», leur «crise identitaire», leur «infériorisation», des «difficultés scolaires des garçons» et de la «perte de leurs droits parentaux». Ce phénomène mondial se développe depuis le début des années 1990 dans les pays industrialisés tels que le Canada, les États-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne, le Danemark et l'Afrique du Sud.
Selon Pierrette Bouchard, l'émergence d'un lobbying axé sur des «droits» donne une voix aux groupes qu'on décrit comme nouvellement défavorisés, soit les garçons et les hommes. Les promoteurs des droits des hommes, des pères ou encore des foetus représentent quelques-uns de ces groupes. Leur «agenda caché» est de salir la crédibilité du féminisme et de remettre en question les politiques ayant accordé des droits aux femmes et auxquelles ont été consacrées des ressources comme la Politique contre le harcèlement sexuel ou encore la mixité scolaire.
Ultimement, leur but est de ralentir la progression des filles maintenant majoritaires dans des domaines autrefois réservés aux hommes comme le droit et la médecine. Le discours des masculinistes non seulement nie les inégalités de genre mais présente, en plus, les hommes comme victimisés en tant que mâles. Selon eux, la situation entre les hommes et les femmes se serait maintenant renversée au détriment des hommes et c'est pourquoi ils n'hésitent pas à parler de droits bafoués ou encore de discrimination. D'ailleurs, les lois concernant la famille et la garde des enfants sont leurs cibles privilégiées.
Les groupes masculinistes emploient également des arguments biologiques issus du courant de la différenciation naturelle entre les sexes pour asseoir leur idéologie de complémentarité des sexes donnant la valeur première à la famille comme noyau de base. Leur discours tend à enfermer les genres dans des rôles traditionnels limitatifs et à revaloriser par le fait même les valeurs patriarcales de l'avant-féminisme. Enfin, le discours des masculinistes n'est pas exempt de haine et de violence. De plus, les tenants les plus radicaux n'hésitent pas à déclarer la guerre contre les droits des femmes ou encore vont jusqu'à prôner la «réhabilitation» de Marc Lépine. À l'heure où les groupes masculinistes forment une organisation d'envergure se structurant de plus en plus, via l'internet, en réseaux nationaux et internationaux, le Québec a été l’hôte, au printemps 2005, du premier Forum international sur le masculinisme.
Rien de bien rassurant lorsque l'on constate l'impact du lobby masculiniste sur le gouvernement, l'écho de son discours dans les médias et enfin son retentissement dans l'opinion publique. Les acquis résultant de plus de trente ans de lutte du mouvement des femmes pour transformer le droit de la famille et les lois qui les discriminent se trouvent, plus que jamais, fragilisés et compromis, surtout pour les jeunes générations.
Source : Journal du Centre des femmes de la MRC du Granit, novembre 2009
Pages reliées :
La domination masculine, Nicole Nepton, 29.10.2009
Le mouvement masculiniste au Québec : l’antiféminisme démasqué, L'R, 20.05.2008
