Monsieur Tony Tomassi, ministre de la Famille
Madame Marguerite Blais, ministre responsable des AînéEs
Madame Christine Saint-Pierre, ministre de la Condition féminine
Monsieur Jean Charest, premier ministre
Mesdames et messieurs les ministres,
L’R des centres de femmes du Québec regroupe 102 membres, établis sur tout le territoire du Québec et ouverts à toutes les femmes. C’est avec consternation que les administratrices et les membres de ce regroupement ont pris connaissance des projets de loi 6 et 7, instituant des fonds pour le soutien aux proches aidants des aînés et pour le développement des jeunes enfants.
Notons d’abord que ces projets de lois touchent avant tout les femmes. En effet, les aidants sont très majoritairement des aidantes et les femmes restent en grande partie responsables des soins apportés aux enfants et de leur éducation.
Quoique ces projets de loi traitent de sujets bien différents, ils ont en commun le fait d’introduire des éléments d’une nouvelle gouvernance qui ne va pas sans nous inquiéter. Que des partenaires privés veuillent investir leur argent dans les priorités que le gouvernement s’est données, on pourrait en discuter (quoique cela mène sur une pente bien glissante). Mais que le gouvernement investisse dans les priorités que des partenaires privés se sont données, c’est une toute autre histoire.
En offrant un partenariat à des organismes privés dont la première compétence est d’avoir de l’argent, l’État renonce à être le maître d’œuvre d’un secteur particulièrement sensible, celui des politiques sociales. Les politiques sociales deviendraient donc l’apanage d’individus et d’organismes qui ont de l’argent? Un donateur privé peut donc avoir « plein pouvoir sur l’utilisation de sommes importantes provenant des poches des contribuables »1? C’est une dérive que l’on ne saurait cautionner.
Certains programmes (Québec Enfants, Québec en forme) possèdent déjà les caractéristiques que l’on veut étendre à d’autres. En a-t-on fait l’évaluation? L’expérience de nos membres, les centres de femmes, et d’autres groupes communautaires démontre que ces programmes ont été mis en place en contournant ou en détournant les groupes et les concertations déjà en place, en niant par le fait même leur légitimité, leurs compétences et la reconnaissance de leur milieu.
Le gouvernement devrait au contraire s’assurer que les premiers partenaires pour l’établissement de politiques et de programmes sont les populations visées, non des «bienfaiteurs» qui pensent avoir LA solution idéale et unique à des problèmes sociaux complexes.
C’est pourquoi les centres de femmes du Québec exigent que leur État ne s’engage pas dans des avenues aberrantes comme celles qui sont proposées par les projets de lois 6 et 7 et qui vont à l’encontre des rôles que nous avons historiquement donnés, comme société, aux secteurs public et privé. Certaines choses peuvent et doivent être débattues publiquement, comme les grandes orientations politiques et les programmes gouvernementaux. D’autres nous semblent tout simplement inacceptables d’un point de vue démocratique.
Veuillez agréer, mesdames et messieurs les ministres, l’expression de notre solidarité démocratique.
Solange Désilets, présidente de L’R des centres de femmes du Québec
c.c. Madame Pauline Marois, chef de l’Opposition
Note 1 - Fonds publics/privés et politiques sociales : Quels enjeux pour les familles et les communautés? Mémoire présenté à la Commission des affaires sociales sur le Projet de loi no 7 par la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec
