Les maisons d'hébergement pour les femmes situées dans des communautés autochtones reçoivent trois fois moins que les autres maisons d'hébergement du Québec. "Cette situation discriminatoire et inéquitable est inacceptable", déclarait le 14 mai 2007 Ellen Gabriel, présidente de l'association Femmes autochtones du Québec, appuyée par plusieurs partenaires, dont L'R des centres de femmes.
Plusieurs études démontrent que les ressources en milieu autochtone destinées aux femmes victimes de violence et à leurs enfants sont nettement insuffisantes. Les maisons d'hébergement pour femmes autochtones n'arrivent plus à répondre à la demande. Elles ont besoin d'un soutien financier plus adéquat pour embaucher de nouvelles ressources, offrir un service d'accompagnement spécialisé et aider un plus grand nombre de victimes. Leur financement, qui n'a pas été augmenté depuis leur création en 1995, ne suffit plus.
Pour des services professionnels et le même nombre de lits, une maison d'hébergement québécoise reçoit près de 487,000$ du gouvernement provincial. Le ministère des Affaires indiennes, qui finance les maisons d'hébergement autochtones dans les réserves, offre seulement un montant de 150,000$ par maison. "Le gouvernement fédéral devrait assumer ses responsabilités et cesser de renvoyer la balle à Québec. Ce sont les femmes autochtones qui font les frais de ces chicanes", a lancé Ellen Gabriel. Elle a poursuivi en disant : "Il est essentiel de mettre un terme à cette discrimination qui témoigne de la négligence des gouvernements et a des conséquences désastreuses pour les femmes qui tentent de s'en sortir."
Lors du Forum socioéconomique des Premières Nations tenu à Mashteuiatsh en octobre 2006, les ministres conservateurs présents avaient affirmé que l'aide aux femmes autochtones en difficulté était une priorité. Ils avaient assuré que le gouvernement fédéral accorderait des sommes supplémentaires pour soutenir le réseau des maisons d'hébergement. Malgré une annonce de 6 millions $ destinés à l'ensemble des maisons d'hébergement autochtones du Canada, les maisons d'hébergement n'ont rien reçu de satisfaisant. Le gouvernement fédéral n'a toujours pas confirmé le financement pour l'année 2007-2008. "Notre action est une conséquence directe de l'abandon dans lequel le gouvernement conservateur, en dépit de ses promesses, laisse le réseau", précise Mme Gabriel.
Une situation inéquitable
En comparaison, les maisons d'hébergement pour femmes autochtones ne reçoivent qu'un montant équivalent à 31% du financement de base moyen des maisons d'hébergement non autochtones du Québec. Un écart qui ne cesse de grandir.
A la différence des autres maisons d'hébergement du Québec, celles situées en réserve ont une tâche accrue. Elles viennent en aide à des femmes aux prises avec des problèmes sociaux diversifiés tels que le suicide, la toxicomanie, la violence sous toutes ses formes, etc.
"Si les maisons d'hébergement non autochtones reçoivent un financement de base plus élevé, c'est que leurs besoins ont été justifiés et reconnus par le gouvernement dont elles relèvent. Les maisons pour femmes autochtones ne travaillent pas moins, au contraire. Pourtant, elles reçoivent trois fois moins d'argent. C'est une injustice qu'il faut dénoncer et corriger", affirme quant à elle Mme Asselin, présidente de la Fédération des femmes du Québec.
Femmes autochtones du Québec demande au gouvernement fédéral de revoir la formule de financement et de s'engager, dès cette année, à mettre fin au sous-financement des maisons d'hébergement pour femmes autochtones. Les députés fédéraux du Québec de tous les partis seront interpellés en ce sens.
Quelques faits
• Les maisons d'hébergement reçoivent leur financement de base du ministère fédéral des Affaires indiennes et du Nord du Canada (MAINC).
• Le Québec compte 5 maisons d'hébergement pour femmes autochtones situées en réserve.
• Le MAINC a reconnu le sous-financement des maisons d'hébergement pour femmes autochtones en allouant des sommes complémentaires en 2006.
• Rien de récurrent n'a été proposé pour l'année 2007-2008.
Des statistiques éloquentes
• Les autochtones sont trois fois plus susceptibles que les non autochtones d'être victimes de violence. (1)
• 54% des femmes autochtones, contre 37% des femmes non autochtones, ont déclaré des formes de violence plus graves et pouvant mettre leur vie en danger. Elles ont été battues, étranglées, attaquées par arme à feu ou un couteau ou été agressées sexuellement. (2)
• D'autres facteurs exercent une influence, comme l'effondrement de la vie familiale résultant des pensionnats, ainsi que l'impact de la colonisation sur les valeurs et la culture traditionnelles. (2)
(1) Statistique Canada- no 85-002-XIF au catalogue, vol 26, no 3, La victimisation et la criminalité chez les peuples autochtones au Canada
(2) Statistique Canada - no 85 - 570 au catalogue, Mesure de la violence faite aux femmes 2006, p. 71
Partenaires appuyant les demandes de Femmes autochtones du Québec
Fédération des femmes du Québec
Association des femmes autochtones du Canada
Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale
Regroupement Naissance-Renaissance
Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel
L'R des centres de femmes du Québec
Fédération du Québec pour le planning des naissances
Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec
Fédération de ressources d'hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec
Centre des femmes de Montréal
Relais-femmes
Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail
Source : FAQ, 14.05.2007
Page reliée : Les femmes autochtones interpellent un ministre, Ellen Gabriel, 16.05.2007
