Par Samia Mihoub, Ph.D, enseignante-chercheure à l'Université de Sherbrooke, Québec, Canada
Lorsque la guerre en Afghanistan a éclaté en 2001, le monde a ouvert les yeux sur la nature du régime Taliban et sur le sort réservé aux femmes afghanes. Le fondamentalisme Taliban a commis - et continue - les pires atrocités contre les femmes. Malgré l’intervention occidentale, la présence des forces de l’OTAN et des ONG, les femmes afghanes ne cessent encore aujourd’hui de vivre sous le joug d’une société patriarcale où les lois tribales s’en prennent presque toujours à elles seules. Toutefois et malgré le paroxysme et la particularité de l’exemple afghan, on a tendance à penser - sans doute à cause de la généralisation et des analyses parfois légères de certains médias - que les femmes soumises, souffrant de polygamie, battues et privées de libertés, vivent seulement sous les régimes appliquant la Charia, donc dans des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Afghanistan, etc. Pourtant, sous des régimes libéraux, théoriquement laïques et démocratiques, des centaines de femmes vivent aussi dans des conditions fort préoccupantes. Maintenues sous un système de dépendance socioéconomique, obligées de vivre la polygamie de leurs époux ou de leurs pères sans rechigner, ostracisées en matière d’enseignement et d’accès aux postes de pouvoir, soumises à une logique patriarcale et féodale, etc., plusieurs femmes sénégalaises sont ici la preuve qu’il ne suffit pas qu’un État arbore les emblèmes de la laïcité et du libéralisme pour que les femmes soient épanouies.
Réputé pour être le pays de la Téranga et de la démocratie en Afrique sub-saharienne, le Sénégal ne cesse aujourd’hui de sombrer dans l’abîme du népotisme, de la corruption et du manquement aux libertés (atteintes à la liberté d’expression, attaques et emprisonnement de journalistes, menaces et intimidation d’opposants…). Plus que jamais, le gouvernement de M. Wade est dénoncé, au moment où la société connaît sa pire crise économique et socio-culturelle. Contexte mondial de dépression économique, hausse des prix des denrées alimentaires, coûts exorbitants du logement, chômage, immigration clandestine, crise du système éducatif, etc., ne sont ici que quelques symptômes du mal-être sénégalais. Dans ces temps de crise, mon attention se porte sur la femme sénégalaise et sa condition de vie. Non pas parce que je suis moi-même femme, de surcroît féministe et défenseure des droits de l’Homme, mais parce que dans une société polygame comme la société sénégalaise, la femme reste de par sa posture et sa condition de vie, la première victime d’une socio-économie impitoyable et d’un État en faillite.


