Marchant sous la bannière du nouveau "jihad du genre", des féministes musulmanes du monde entier lançaient à la fin d'octobre 2005 ce qu’elles espèrent voir devenir un mouvement global pour la libération des femmes musulmanes.
La rencontre, qui a attiré des femmes venant d’endroits aussi éloignés que la Malaisie, le Mali, l’Égypte ou l’Iran, voulait concilier Islam et féminisme. Cela signifie, ont dit les participantes, ne pas simplement combattre 14 siècles de sexisme dans le monde musulman, mais aussi s’occuper de l’animosité vis-à-vis de l’Islam de beaucoup de féministes occidentales ou laïques. Elles ont insisté sur le fait que beaucoup des concepts d’égalité adoptés par le féminisme pouvaient aussi se retrouver dans le Coran.
"Le "jihad du genre" est une lutte contre les lectures machistes, homophobes et sexistes des textes sacrés de l’Islam", a dit Abdennur Prado, un des organisateurs espagnols de la rencontre. Ces lectures ont été produites par des érudits musulmans qui, au cours des siècles, ont pratiquement tous été masculins.
Une des voix importantes a été celle d’Amina Wadud, une professeure de théologie afro-américaine qui a provoqué l’indignation du monde musulman quand elle a dirigé les prières du vendredi dans une congrégation mixte à New York au début de 2005. Elle a dit que son engagement était né de sa foi, de l’étude pendant 20 ans du Coran et de la réalisation que d’horribles choses étaient commises au nom de la religion.
Avec des questions à traiter comme la lapidation à mort de femmes, la polygamie et l’infériorité légale des femmes dans certains pays, des participantes ont admis que le chemin serait encore long à grimper. Le plus grand danger vient de la diffusion des écoles islamiques radicalement conservatrices. "Ils ne veulent pas aller de l’avant, ils veulent retourner en arrière", a dit la professeure Wadud, qui a aussi dirigé des prières mixtes lors de la rencontre de Barcelone.
Raheel Raza, une Canadienne d’origine pakistanaise qui a suivi l’exemple de la professeure Wadud et dirigé des prières mixtes au Canada, a dit qu’il n’était pas facile de casser le moule. "J’ai déjà une fatwa dirigée contre moi. Je ne veux pas être assassinée dans la rue." On a critiqué la ghettoïsation de même que les prêcheurs formés par les Saoudiens pour pousser dans les bras des fondamentalistes les immigré-es de la seconde génération des pays occidentaux.
Source : Giles Tremlett à Barcelone, The Guardian, 31.10.2005 via une traduction d'Edith Rubinstein des Femmes en noir francophones
Pages reliées :
Le féminisme islamique, Le Courrier
Féminisme et laïcité : non aux amalgames, Monique Crinon, 30.11.2005
Des musulmanes à l'heure du "jihad antisexiste", Libération, 18.11.2005
Les ultraorthodoxes monopolisent l'interprétation des textes, Libération, 17.11.2005
Musulmanes et féministes, Nathalie Dollé, Barcelone, 30.10.2005
Islam feminists urge gender jihad, BBC News, Madrid, 31.10.2005
Le problème avec l'Islam, Irshad Manji


