Ce qu’on appelle "valeurs morales" cache souvent un ressac contre les droits des personnes
Une série de rencontres internationales tenues au cours des années 1990 ont amené les gouvernements à convenir que les droits reproductifs et les droits des femmes sont des droits de la personne. À ces avancées s’est ajoutée récemment la reconnaissance des droits sexuels.
Un juriste de renommée internationale affirme que "les droits sexuels et génésiques [reproductifs] ont un rôle crucial à jouer dans la lutte internationale contre la pauvreté", tout en soulignant que "les enjeux de santé sexuels et génésiques font partie des questions les plus délicates et controversées - mais également les plus importantes - du droit international des droits de la personne" [1].
La liberté pour les femmes et les hommes de prendre sans violence, coercition ou discrimination des décisions concernant leur sexualité et leur procréation ne peut qu’accélérer les efforts mondiaux d’élimination de la pauvreté, de lutte contre le VIH/SIDA et d’atteinte de l’égalité et de l’équité sexuelle. La capacité pour les jeunes gens de négocier leurs relations sexuelles sur la base des connaissances et des services requis permettra d’éviter beaucoup de grossesses non voulues, de décès évitables en raison d’avortements non sécuritaires et d’infections sexuellement transmises, dont le VIH.
Ces droits et ces principes humains comprennent en outre le droit à une vie sexuelle sécuritaire et satisfaisante, où le plaisir figure comme composante clé. Ils incluent également le droit d’exprimer librement sa sexualité, sans discrimination basée sur l’orientation sexuelle ou sur quelque autre statut.
Les valeurs morales de qui?
Le respect, la protection et la réalisation de ces droits humains font face à une opposition considérable dans certains milieux. Beaucoup d’opposants situent leurs arguments dans l’ordre des "valeurs morales", soutenant que les positions conservatrices en matière de sexualité, notamment en ce qui concerne l’avortement et l’orientation sexuelle, devraient être imposées aux autres, sans égard aux normes de droits de la personne. D’autres intervenants tentent de faire reculer l’égalité sexuelle et les droits des femmes au nom de leurs paramètres culturels particuliers, en excluant toutes autres valeurs morales. Il est pourtant clair que les droits de la personne doivent avoir préséance sur toute valeur culturelle ou autre, surtout lorsque les violations de ces normes de droits humains sont source de discrimination, de décès et de sévices qu’il serait facile de prévenir autrement.
Ces dénis de droits ont en effet des conséquences dévastatrices. Par exemple, on limite l’accès des femmes à des soins complets de santé reproductive et sexuelle, ce qui multiplie les décès maternels, notamment à cause d’avortements non sécuritaires. Autre séquelle : la prolifération des infections au VIH, surtout chez les femmes démunies, les adolescentes et les femmes en position plus vulnérable, presque exclusivement dans les pays en voie de développement. Il est clair que, pour les femmes, l’imposition de telles "valeurs morales" transgresse notamment leurs droits à la vie, à la santé et à l’autodétermination génésique. Enfin, dans un monde où l’on va jusqu’à persécuter, arrêter, torturer et tuer des gens à cause de leur orientation sexuelle, il est important de demander pourquoi de telles "valeurs morales" devraient avoir préséance sur les droits des personnes.
Action Canada pour la Population et le Développement (ACPD) préconise les droits sexuels et reproductifs, le droit à la santé et les droits humains connexes, ainsi que l’intégration des enjeux de santé et de droits sexuels et reproductifs aux politiques et aux programmes liés au VIH/SIDA; nous allons aussi aborder certains aspects de la migration internationale. ACPD accorde une valeur centrale aux droits humains et fait de cette approche fondée sur les droits son principe d’action dans tous ses dossiers.
ACPD intervient à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies et participe aux examens de suivi des conférences de l’ONU en incitant les États à promouvoir et actualiser les droits sexuels et reproductifs. ACPD encourage les pays donateurs comme le Canada à s’acquitter des engagements financiers et politiques pris en 1994 à la Conférence internationale sur la population et le développement et lors de conférences subséquentes.
Source : Katherine McDonald, directrice générale d'ACPD
[1] Hunt, Paul (2004), Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à la santé, Rapport 2004 à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, UN Doc.E/CN.4/2004/49
Pages reliées :
Déclaration de Montréal : Santé Sexuelle pour le Millénaire, 17e Congrès mondial de sexologie, Montréal 2005
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