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06.07.2005

La chasse aux sorcières

En Grèce, l’homme installa progressivement une civilisation patriarcale qui paraissait si parfaite, qu’elle servit d’exemple à tout l’Occident.

La femme devenait un être inférieur n’ayant aucun droit à part celui de procréer des mâles de préférence. Son sexe était l’objet de tous les mépris et peurs masculines. La toison pubienne était vue comme une preuve d’animalité; il fallait l’épiler et ne jamais la faire figurer sur une statue. L’intérieur même du vagin inspirait une véritable épouvante à l’homme, le sang des règles rendant la femme "impure" et "maléfique".

Dans "Alchimie et mystique" d’Alexander Roob (Le Musée Hermétique-Taschen), une véritable référence en matière d’images profondément ancrées dans la mémoire de l’homme, on voit l’utilisation qu’est faite des idéogrammes et langages chiffrés pour créer un système de références étranges et symboliques. Les théologiens chrétiens reprendront ces peurs à leur compte. Leur lutte contre la sexualité féminine va devenir obsessionnelle et prendra l’allure d’une guerre psychologique à base d’interdits, de contrôle par la confession, de culpabilisation et de pénitences. On ira jusqu’à attaquer directement le corps et la vie des femmes.

Pendant sept siècles, l’Inquisition va poursuivre des millions de femmes sous l’accusation de sorcellerie. Elle les soumettra à la "question" - des tortures raffinées dont des seins et des organes sexuels. Elles seront nombreuses à être brûlées sur les bûchers. L’Encyclopédie du paranormal de Jean-Pierre Girard (Trajectoire) relate avec précision en se basant sur de nombreux documents les phénomènes psi tels que la télépathie, la vision à distance, le pouvoir de l’esprit sur la matière, la lévitation, la sorcellerie, les stigmates, la prière… ceci au-delà des préjugés et des réponses toutes faites. Pour sa part, Les Voix de l’Extase de Pierre Bonnasse (Trouble-fête) porte sur les plantes sacrées utilisées traditionnellement par les chamans, des plantes qui ont pour vocation de contribuer au développement personnel et à la réalisation de soi. Un étalage est fait des plantes sacramentelles aux vertus psychoactives et qui sont encore aujourd’hui l’objet de rituels à caractère très souvent religieux. Les artistes et écrivains les utilisèrent à volonté pour activer la création.

Dans les siècles qui suivirent, les médecins, arguments "scientifiques" à l’appui, vont conforter le combat des clercs. Au 15ème siècle, des médecins pratiquèrent l’ablation des "nymphes" trop développées sous prétexte qu’elles seraient le signe de maladie utérine. Ils en profitent pour "égaliser" le clitoris. Certains médecins avouent pratiquer l’ablation du clitoris en cas d’appétit sexuel excessif. Le 18ème siècle poursuit dans cette lignée. Le docteur Levret raconte avoir guéri un cas de "nymphomanie" par l’ablation du clitoris. En 1764, le docteur Tissot publie un bestseller, republié en 1905, "L’onanisme, dissertation sur les maladies produites par la masturbation". Tissot fait une description alarmante des conséquences de cette pratique sur la santé. À sa suite, tous les médecins du 18ème siècle s’acharneront sur la masturbation. Bienville fit paraître en 1771 La nymphomanie ou Traité de la fureur utérine. Selon lui, la masturbation chez la femme la conduit à la dépendance au plaisir. Dans sa recherche effrénée de la volupté, elle pourrait s’en prendre à tous les hommes jusqu'à en devenir folle. Il s’insurge toutefois contre l’enfermement des femmes dans des "maisons de force" et contre "les sévices qu’y subissent les femmes qui se masturbent". Il conseille des traitements plus doux : saignées, purges, régimes, bains ou cataplasmes. L’effet du symbolisme fut longtemps dévastateur, c’est pour cela qu’il faudrait une clarification. Je l’ai trouvée dans le Dictionnaire des symboles universels d’Henri Normand (Dervy) qui donne la clef des symboles à travers les religions et les civilisations.

Le 19ème siècle a été le plus atroce pour la femme. Nombre de médecins écrivent des livres qui auront une grande influence et qui n’hésitent pas à préconiser l’excision. Trois raisons à cela : le clitoris ne sert pas à la procréation; il peut engendrer des pulsions incontrôlables peuvant conduire à des conduites pouvant mener la "maison" à la ruine; il est à l’origine d'un syndrome dit "hystéro-épilepsie". En 1825, le docteur Rozier décrit les complications de la masturbation. En 1827, le docteur Pavet de Courteille, médecin du Collège royal Saint-Louis, propose pour les pensionnaires des "chemises qui descendraient au-dessous des pieds… munies d’une coulisse que l’on devrait serrer". Pour les latrines, il conseille de couper le haut et le bas des portes afin de surveiller les élèves. En 1836, le docteur Lallemand écrit un réquisitoire de 1.784 pages, en trois volumes, contre la masturbation. En 1842, le Père Debreyne, médecin et trappiste, révèle dans un essai être l’ennemi juré du clitoris. Si l’organe devient source d’excitation, c’est qu’il est malade, donc on doit en faire l’ablation. En 1864, le professeur Broca préconise devant la Société de chirurgie de réaliser la suture des grandes lèvres pour "mettre le clitoris à l’abri". En 1967, le professeur Fonssagrive publie un essai fanatique contre les "caresses vicieuses". En 1868, le docteur Bergeret, dans un ouvrage réimprimé huit fois, montre que le cancer de l’utérus et les maladies de cœur sont le lot de celles qu’attaquent les "spasmes cyniques". En 1894, le docteur Pouillet explique, dans un manuel, une technique de cautérisation de la vulve au nitrate d’argent. À la même époque, le docteur Garnier (grand spécialiste de la clitoridectomie) menace les "onanistes" de toutes sortes de maladies : myopie, surdité, convulsions, anémie, idiotie…

L’apparition des idées de Freud, libérant les tabous sexuels, mit un terme à l’acharnement des médecins contre la masturbation. Toutefois, on vendra encore des "bandages médicaux contre l’onanisme" jusqu’en 1914. En 1927, un médecin conseille des gants anti-masturbation à faire porter aux enfants la nuit. On préconise actuellement plutôt des méthodes de bien-être telles que L’intelligence intuitive du cœur : la solution Heartmath de Doc Childre et Howard Martin (Ariane). Cela se veut un guide pratique face au stress quotidien encouragé par le modernisme, le matérialisme et la précipitation, pour qui est à la quête de l’inconnu, de la cohérence et de la santé physique et mentale, et qui souhaite vaincre les problèmes physiologiques sous-jacents, obtenir des effets positifs et être en relation avec tous les aspects de la vie.

Source : Ruby Bird pour Femmes de la francophonie

Pages reliées :
Les ami-es du vagin
Le clitoris, ce cher inconnu, Cybersolidaires, 21.05.2004

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