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06.07.2005

Jésus dans le Coran

La tradition littéraire arabo-islamique de la période pré-moderne contient plusieurs centaines de dits et récits attribués à Jésus. C’est une image peu connue en dehors de la culture arabo-islamique.

On lui porte une grande vénération mais on rejette sa nature divine. Cet ensemble littéraire peut être appelé l’évangile musulman, qui est dispersé dans des œuvres d’éthique ou de dévotion populaire, des œuvres d'Adab (belles-lettres), de soufisme ou de mysticisme musulman, des anthologies de sagesse et des histoires de prophètes et de saints. En ce qui concerne les dits et récits, leur taille va de la simple phrase jusqu’au récit de plusieurs centaines de mots. Ils ont circulé dans la littérature et les traditions arabo-islamiques, de l’Espagne à la Chine, et certains d’entre eux restent familiers aux musulmans instruits d’aujourd’hui. Presque sans exception, ces dits et récits sont d’une très belle tenue d’un point de vue littéraire et linguistique. Ils appartiennent au fond ancestral de sagesse commune qu’on trouve dans les riches traditions des cultures du Proche-Orient. Certains sont comme des échos des évangiles chrétiens, mais beaucoup semblent aussi plonger leurs racines dans ce qu’on appelle généralement la civilisation hellénistique. Leur nombre est inconnu.

Dans son ensemble, cet évangile est l’histoire d’une relation d’amour entre l’islam et Jésus. Il est ainsi l’unique cas d’une religion mondiale qui choisit d’adapter la figure centrale d’une autre, finissant par la reconnaître comme constitutive de sa propre identité. L’image que l’islam se fait de Jésus prit forme d’abord dans le Coran, et c’est de là que procède l’évangile musulman. Même si le Jésus de l’évangile musulman revêt une identité assez différente de celle qu’on trouve dans le Coran, le Jésus coranique reste un fondement important de ces expressions ultérieures. Il est communément acquis que l’islam naquit en un temps et à un endroit où la figure de Jésus était largement connue. D’inscriptions issues de sources syriaques, éthiopiennes ou byzantines, d'analyses modernes de la poésie arabe préislamique, de textes islamiques des premiers temps de l’islam émerge une image de l’Arabie préislamique où diverses communautés chrétiennes, en Arabie même et dans son environnement immédiat, fournissent des images riches et variées de Jésus. Lorsque l’islam apparut, l’Église des grands conciles n’avait pas encore imposé ses dogmes dans le Proche-Orient. L’islam naquit au milieu de nombreuses communautés chrétiennes, souvent hostiles les unes aux autres, et non au cœur d’une Église universelle.

Le Coran présente un grand nombre de prophètes dans un style narratif fait d’avertissements, c’est complètement différent de celui de la Bible. Ce style narratif est plus souvent proche de la poésie que de la prose et est comparable au style oratoire des devins préislamiques. Les références à Jésus dans le Coran sont : l’histoire de sa naissance et de son enfance; ses miracles; les conversations entre Jésus et Dieu ou entre Jésus et les Israélites; les déclarations divines concernant sa nature d’homme et de serviteur et sa place dans la lignée prophétique, en précisant que les opinions "fanatiques" à son sujet doivent être abandonnées.

Source : Ruby Bird pour Femmes de la francophonie

Pages reliées :
Le problème avec l’islam, Irshad Manji, 2003
Tirs croisés. La laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, Caroline Fourest et Fiammetta Venner, 2003