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25.08.2003

Nu Shu : une langue écrite et chantée utilisée exclusivement par des femmes Yao

En 1983, le centre de recherche pour la langue des femmes du Central-south China Institute for Nationalities commençait à étudier une langue exclusivement utilisée par des femmes du groupe ethnique Yao dans la Chine du centre-sud.

Quelques expert-es pensent que la langue Nu Shu aurait une longue histoire - on la croit reliée à des inscriptions retrouvées sur des os d'animaux et des écailles de tortue dans des ruines Yin datant de 3.000 ans - et qu'elle serait peut-être l'une des langues les plus anciennes au monde, mais on n'en connaît pas encore bien l'origine.

Nu Shu: A Hidden Language of Women in ChinaDans la Chine féodale, les femmes n'avaient pas accès à l'éducation et étaient condamnées à l'isolement social en plus d'avoir les pieds bandés. Mais, dans le comté Jiangyong, des paysannes Yao ont miraculeusement développé une langue écrite appelée Nu Shu, ou écriture femelle, alors que les Yaos n'auraient pas eu d'écriture avant 1949. Le Nu Shu se serait transmis de mère en filles dans des régions rurales coupées du monde. Croyant les femmes inférieures, les hommes ne se sont pas intéressés à ces codes secrets qui sont ainsi restés inconnus pendant des siècles, jusque dans les années 1960. Au cours de la Révolution culturelle, les Gardes Rouges, soupçonnant le Nu Shu d'être utilisé pour des fins d'espionnage, persécutaient les femmes qui l'utilisaient, brûlaient des livres et parfois aussi les femmes elles-mêmes.

Né de la résistance des femmes à la domination mâle, le Nu Shu était plutôt un moyen de communiquer avec d'autres soeurs sur les mariages abusifs et arrangés, l'isolement et la libération du veuvage. "Près d'un puits, quelqu'une n'aura pas soif; près d'une soeur, quelqu'une ne désespèrera pas". Pour lire le Nu shu, les femmes le chantaient. La langue Nu Shu était écrite sous forme de poèmes de 5 caractères par ligne sur de la soie, des éventails en papier ou des broderies, puis des livres. Elle est très différente de la langue chinoise écrite. Plus de 2.000 caractères ont été identifiés. Chacun représente une syllabe. Pour pouvoir écrire le Nu Shu, il suffit d'en apprendre environ 300 alors que pour écrire la langue chinoise, aussi connue sous le nom de Nan Shu ou écriture mâle, il faut en apprendre plusieurs milliers.

Comme de plus en plus de femmes ont accès au système d'éducation, la langue Nu Shu ne se maintient plus en vie. Au fur et à mesure que meurent le petit nombre de femmes qui l'utilisent encore, elle approche de son extinction. Des expert-es chinois ont lancé un appel pour faire des efforts afin de l'étudier et de la sauver. La Yuelu Publishing House est en train de compiler un dictionnaire couvrant l'histoire, la prononciation et l'écriture. La Chine investit environ un million $US afin de mettre sur pied une zone de protection dans le comté Jiangyong et de construire un musée qui protégera les reliques culturelles reliées à cette langue unique. Des symposiums seront aussi organisés.

Sources : BBC, 18.04.2002, Nu Shu: A Hidden Language of Women in China, Yue-Qing Yang, 1999, Shhhh, China's secret female language, Jaime Tong, 1999

Page reliée : Le pain et la langue, Brigitte Verdière

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