Citoyennes de seconde zone
À la différence du contexte occidental où l'individu est l'unité de base de l'État, c'est la famille qui forme la base des États arabes. Ainsi l'État s'intéresse avant tout à la protection de la famille en tant qu'entité plutôt qu'à celle de ses membres pris individuellement.
Dans ce contexte, les droits des femmes s'expriment uniquement dans le rôle d'épouse et de mère. La discrimination de l'État à leur égard se traduit notamment par des lois en matière familiale qui les privent d'un recours au divorce équivalent à celui des hommes et de droits comparables en matière de garde d'enfants.
Alors que l'État se pose en garant de la protection des femmes dans le cadre de leur rôle au sein de la famille, il faillit concernant celles qui auraient besoin d'être protégées de celle-ci, en particulier en matière de crimes d'honneur, d'enlèvements et de violence conjugale. En ignorant la violence faite aux femmes ou en prévoyant des peines insuffisantes, l'État renforce le phénomène d'exclusion des femmes en tant que citoyennes.
Dans les pays du Machreq (ou de l'Orient arabe qui s'étend de l'Égypte à l'Irak et à la péninsule arabique) et du Maghreb (qui regroupe la Mauritanie, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Libye), les femmes arabes épousant un étranger n'ont pas le droit de lui transmettre leur nationalité. De plus, seuls les pères peuvent la transmettre à leur enfant. Dans de nombreux cas, lorsqu'une femme est veuve, divorcée ou séparée, suite au départ du mari ou encore s'il n'est pas un ressortissant du pays de résidence du couple, ses enfants ne peuvent acquérir la nationalité. Ils se voient refuser la citoyenneté effective, incluant l'accès aux aux services d'éducation et de santé, à la propriété foncière et à l'héritage.
De plus, les femmes se voient fréquemment refuser leur droit à la nationalité en ayant besoin d'autorisation masculine pour bénéficier de droits et privilèges dont elles devraient automatiquement être titulaires. Ceci contribue à augmenter leur dépendance à l'égard des hommes de leur famille concernant toutes les questions économiques, sociales et juridiques. À ce titre, dans de nombreux pays arabes, les femmes doivent obtenir l'autorisation de leur père, frère ou mari pour déposer une demande de passeport, effectuer un voyage à l'étranger, entreprendre une activité commerciale, solliciter un prêt à la banque, ouvrir un compte bancaire ou se marier.
Basé à Beyrouth au Liban, MACMAG GLIP fait la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes et lutte contre toutes les formes de discrimination, d'exploitation et de violence dans les régions du Machreq et du Maghreb. Ses activités se focalisent sur la recherche, le renforcement de capacités et la défense des droits humains. MACMAG considère que l'obtention du droit à la nationalité par les femmes arabes constitue une première étape pour qu'elles puissent accéder aussi à d'autres droits humains fondamentaux.
Source : MACMAG GLIP
Pages reliées :
Les Maghrébines entre violences symboliques et violences phisiques: Algérie, Maroc, Tunisie, Collectif 95 Maghreb Égalité, 2000
Les femmes dans les lois de statut personnel: un symbole privilégié de l'identité islamique, M.A. Hélie-Lucas, 1996


