Voilà, c’est parti!

Il faut aller chercher les Indiennes à l’hôtel et les amener à la conférence de presse. Elles sont venues au pays avec leur riz et leur concombre, elles ont le sens de la nourriture, pas question d’en manquer. Elles sont si belles! Elles ont aussi un sacré caractère. Il est clair qu'elles ne s’en laissent pas imposer. Après la conférence, j’offre à Roxane, une grande amie des Indiennes, de les raccompagner à l’hôtel. Roxane me répond : non, c’est bon merci. On va aller manger au resto… de la bouffe indienne!
Il faut aller en chercher une autre à l’aéroport. Je dois d’abord passer chercher une amie d’une amie qui parle espagnol, car notre invitée ne parle ni français, ni anglais. Tout ce que j’ai pu lui dire est buenvenida. Elle me regarde avec un sourire en disant que ma voiture est de la couleur de la passion. Je l’ai conduite de l’aéroport à son hôtel sans savoir qu'elle représente le syndicat des prostituées de l'Argentine. Si j’avais su, je lui aurais posé plein de questions!
Le bureau de Stella déborde incroyablement d’énergie, de stress, d’excitation et de nouveaux visages. Les personnes qui téléphonent ne sont pas les mêmes que d’habitude. Ce sont des journalistes et des participant-es au forum. Ce sont aussi des travailleuses du sexe qui téléphonent pour dénoncer des agresseurs ou des mauvais clients ou pour demander de l’information.
Une habituée téléphone pour dire qu’elle a oublié son manteau dans le local. Elle me demande de lui donner le numéro de téléphone qui s'y trouve, mais je ne trouve pas de papier dans son manteau. Elle répond qu'il n’y a pas de papier, que le numéro est écrit à l’intérieur du manteau lui-même. Eh bien son manteau, c’est son carnet d’adresses, il y a plein de numéros notés dedans! Une stratégie intéressante pour ne pas perdre ses contacts importants. Je lui donne le numéro qu’elle cherche, mais elle n’a pas de crayon. Bon. Trouve en un lui dis-je et j’attendrai. Je continue de travailler. Marie, peux-tu faire ceci? Oui. Marie, peux-tu prendre cet appel-là? Oui. J’ai un appareil téléphonique à droite et un autre à gauche. Elle trouve enfin un crayon.
Mirha-Soleil Ross, WOW! Cette cinéaste militante nous suit partout avec sa caméra. Elle filme le processus d’organisation du forum. Elle nous filme pendant notre visite-tournée à l’UQAM. Elle nous filme en train de tenter de régler des problèmes de dernière minute et de courir à droite à gauche. Elle court avec une grosse caméra, elle doit avoir chaud. Elle nous filme pendant qu’on est au téléphone ou pendant qu’on cherche des papiers. Elle fait des entrevues avec chacune d’entre nous alors que nous sommes toutes cernées, horribles à voir, décoiffées, fatiguées, brûlées. Mirha-Soleil est animée par une incroyable énergie vitale. Elle pose les questions les plus intenses, les plus personnelles, les plus politiques des intervieweuses que j'ai côtoyées jusqu'ici. Elle pose des questions de fond. Même si j’ai horreur d'être devant la caméra, j’y répond en l'oubliant complètement!
Marie-Neige St-Jean de Stella
Page reliée : Chroniques interstellaires, Claire Thiboutot


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