Travail du sexe et société
Les stratégies du DMSC
Avant la mise sur pied du DMSC, à Kolkata, les travailleuses du sexe n’avaient aucun contrôle sur leur vie, raconte Kohinoor Begum. Comme leurs enfants ne pouvaient pas aller à l'école, ils menaient une vie de petits criminels. Pour leur part, les travailleuses du sexe étaient exploitées et marginalisées. Leurs droits étaient reniés. Il était considéré normal de forcer des femmes et des filles à faire du travail du sexe. Il n'a pas été facile d'améliorer l'estime de soi de ces femmes et de les rendre conscientes de leurs droits. C'est d'ailleurs la plus importante victoire du DMSC.
Le DMSC défie ceux qui ont du pouvoir dans l’industrie du sexe et s'organise pour le neutraliser. Elles ont créé des écoles et des institutions pour réduire l’exploitation de même que la prostitution forcée. Quand les policiers harcèlent les travailleuses du sexe, elles manifestent devant les postes de police. Elles vont aussi dans les postes de police conscientiser les policiers sur le VIH, ce qui est en train de faire en sorte qu'ils commettent moins d'atrocités envers elles.
Elles questionnent les discours officiels, organisent des manifestations assises et des marches de minuit et se rendent visibles dans les forums publics. Elles tiennent aussi des événements ouverts au public et des réunions avec les médias. L'expression "travail du sexe" est désormais utilisée par les médias, ce qui a été un point tournant pour elles. Elles s'impliquent également au sein d’autres mouvements sociaux qui luttent contre l’oppression, qu'ils soient indiens ou internationaux.
Pages reliées :
Perspectives de Kolkata
Chroniques de Kolkata, Roxane Nadeau, 2003
Sex Workers in Calcutta and the Dynamics of Collective Action. Political Activism, Community Identity and Group Behaviour, Nandini Gooptu, 05.2000
Manifeste des travailleuses du sexe de Calcutta, DMSC, 1997
Not Beyond the Society, Dr. Smarajit Jana and STD-HIV prevention progam at Calcutta
La syndicalisation, ça marche
En Argentine, raconte Elena Eva Reynaga de l’AMMAR, c'est en 1994 que les travailleuses du sexe ont commencé à s'organiser dans le but de lutter contre la répression policière. La crise économique a été l’un des éléments qui les a amenées à se regrouper. La violence envers elles augmentait tandis que leurs revenus diminuaient beaucoup.
À partir de 1995, elles se sont intégrées à la CTA, la Centrale du travail argentin. Avec leur appui et celui d’autres organismes de défense des droits, elles ont formé la coalition "Vivons ensemble" qui est devenue très visible. La coalition s'est penchée sur des dossiers tels que la violence policière et le VIH. Comme on ne peut pas faire respecter son droit à la santé quand on ne peut pas même faire respecter ses droits fondamentaux, elles se sont engagées dans la lutte contre la criminalisation du travail du sexe. Cette lutte ardue faite pratiquement sans argent leur a permis d'obtenir l'élimination des articles de lois qui criminalisaient le travail du sexe!
Des membres de la CTA participent à leurs manifestations. Elles dénoncent aussi la répression et la prostitution juvénile. Elles conscientisent leurs collègues de la CTA et les travailleuses du sexe qui doivent comprendre qu'avec des droits viennent aussi des obligations. C’est un travail difficile de sortir de l'image de victime, mais elles y arrivent.
Elles forment désormais un véritable syndicat. Dans les 20 provinces du pays, il y a 11 regroupements AMMAR. Les représentantes des travailleuses du sexe se réunissent tous les 3 mois. Une rencontre nationale annuelle est ouverte à toutes les déléguées qui s'impliquent dans la lutte pour les droits des travailleuses du sexe. Au début, plusieurs des représentantes des travailleuses du sexe étaient analphabètes. Aujourd'hui, elles sont présentes dans les écoles primaires. Reste à s'établir dans 9 provinces de l'Argentine.
Au Canada
"La répression n’est pas statique. Nos stratégies doivent continuellement s’y adapter", dit Kara Gillis de Maggie’s. Maggie’s, c'est le premier groupe de travailleuses du sexe à recevoir du financement au Canada, ce qui était inimaginable avant. On n'allait quand même pas soutenir les responsables de la transmission du VIH! C'est ainsi qu'il y a 20 ans, on voyait les travailleuses du sexe. Maggie's a fait en sorte que des gens comprennent le rôle positif qu'elles jouent dans la lutte contre le sida.
Cependant, à Toronto, les raids policiers sont devenus plus présents. Dans certains secteurs de la ville, on a aussi tâché de se débarrasser d'elles. Des quartiers dans lesquels elles oeuvraient depuis longtemps se sont mis à se gentrifier. Les résidant-es étaient tout à fait fermé-es aux discussions. Ils ne voulaient pas discuter avce elles, mais se débarrasser d'elles. À force, elles ont quand même vu un certain changement dans les perceptions qu’ont les gens des travailleuses du sexe. Il demeure qu'aujourd'hui, des agences sociales souhaitent les aider, mais sans même les consulter!
L’agenda féministe anti-trafic cause beaucoup de problèmes. Cette approche victimisante a des retombées négatives sur elles. Quand des immigrantes font du travail du sexe, ce n’est pas la même chose que du trafic illégal et forcé, mais dans le discours dominant, immigration et travail du sexe se confondent. Il devient alors difficile aux regroupements d’immigrant-es de s’allier à elles. Afin d’obtenir que les travailleuses du sexe ne soient plus traitées en tant que criminelles, mais en tant que travailleuses, Maggie's compte aller devant les tribunaux.
Nicole Nepton de Cybersolidaires


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