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Petit compte-rendu de la conférence de l'UNESCO sur la société de l'information

La conférence Paver la voie de Tunis - SMSI II : points de vue de la société civile canadienne sur le Plan d'action de Genève et résultats possibles de la Phase II s'est déroulée du 13 au 15 mai 2005 à Winnipeg, Manitoba. Quelques 200 représentant-es de la société civile, du milieu universitaire et du secteur privé provenant de l'ensemble des provinces et territoires du Canada se sont réunis pour discuter des questions relatives à l'édification de la société de l'information au Canada. Cette réunion avait lieu dans le cadre d'une conférence organisée par la Commission canadienne pour l'UNESCO (CCU) en préparation de la deuxième phase du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI).

Une dizaine d'ateliers ont permis aux participant-es d'examiner l'état actuel des principaux éléments du Plan d'action adopté lors de la première phase du SMSI qui avait lieu à Genève en décembre 2003 : l'infrastructure, le coût de l'accès, le domaine public, les codes sources ouverts, les réseaux communautaires, les technologies adaptées, l'éducation, les médias traditionnels, la liberté d'expression dans les médias traditionnels et nouveaux, la diversité culturelle, la préservation des langues autochtones, les partenariats avec les pays en voie de développement, la gouvernance et les applications relatives à l'Internet. La CCU devrait diffuser un rapport des résultats de la conférence sous peu.

Il importe de signaler qu'au travers des discussions, la question des droits humains en Tunisie a pris beaucoup de place, la deuxième phase du SMSI ayant lieu à Tunis en novembre 2005. En effet, l'accès à l'information et la violation des droits et libertés posent de sérieux problèmes dans le pays hôte. L'ambassadeur de la Tunisie au Canada ainsi que le conseiller du ministre des Technologies de la communication du gouvernement de la Tunisie, tous deux présents tout au long de l'événement, ont été interpelés à plusieurs reprises à ce sujet. Il est clair que de nombreux délégués sont restés plutôt sceptiques face aux explications fournies.

De plus, les représentant-es de la société civile canadienne ont profité de l'occasion (étant donné la convergence de toutes ces expertises en un seul lieu) pour élaborer une déclaration interpellant le gouvernement canadien sur un certain nombre de problématiques liées au développement de la société de l'information et sur le rôle que le Canada doit jouer, tant dans sa propre cour qu'au niveau international, afin d'assurer un accès équitable pour tous et toutes aux retombées de la société de l'information. Ce document, qui sera disponible en français et en anglais, est en chantier jusqu'au 30 mai car il a été impossible en trois jours de concilier tous les points de vue. Notons qu'une section porte sur l'accessibilité pour les personnes handicapées. Cependant, je ne sais pas si le texte du brouillon sera retenu au complet car, semble-t-il, les deux petits paragraphes que j'ai proposés doivent être synthétisés davantage (!).

Soulignons également l'importante délégation québécoise lors de la conférence (mon voisin lors du vol de retour était très impressionné de voir autant de Québécois-es dans l'avion :). Sans en faire la liste complète ici, signalons notamment la présence de Communautique, du CEFRIO, du Carrefour mondial de l'Internet citoyen, d'Arrondissement.com, du Projet Bromont Collectivité ingénieuse, des Universités Concordia, McGill et de Montréal, de l'Institut de coopération pour l'éducation des adultes, du Réseau québécois des centres d'accès communautaire Internet, d'ISOC-Francophonie, du Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine, de Cybersolidaires, de Télé-université, d'Alternatives, etc. Île Sans Fil fut le fournisseur d'accès Internet wifi pendant l'événement, ce qui fut très apprécié par l'ensemble des délégué-es :)

Il importe de souligner la richesse des expériences, expertises et initiatives développées par la société civile et les milieux communautaires au Canada. L'événement fut une belle occasion de faire connaître et de valoriser les nombreux projets "coast to coast" et de constater qu'à travers les diversités linguistiques, géographiques, culturelles, politiques, etc., un objectif commun nous unit : le développement d'une société de l'information réellement inclusive. De plus, les délégués présents ont rappelé à plusieurs reprises que le Canada peut jouer un rôle important auprès des pays en développement ou en transition quant aux retombées de la société de l'information tout en apprenant beaucoup de ces pays.

Le gouvernement canadien tarde à se mouiller en ce qui a trait à ses positions sur des questions clés de la 2e phase du SMSI, notamment la gouvernance d'Internet. La société civile a intérêt à suivre les travaux de près et à profiter de chaque occasion pour l'inviter à clarifier ses positions. Le gouvernement canadien doit notamment s'investir davantage afin d'assurer la pérennité des initiatives en matière de réduction de la fracture numérique, de nombreux projets ayant dû être abandonnés faute de financement stable et récurrent, constituant dans plusieurs cas des reculs pour les populations visées. La société civile souhaite également qu'une plus grande place soit faite aux interventions des milieux communautaires dans les partenariats à développer et qu'on mise sur des partenariats publics-privés-communautaires, en assurant aux organismes les moyens d'assumer réellement ceux-ci.

Quant à la controverse entourant la tenue de la phase 2 du SMSI à Tunis, elle n'a pas fini de faire couler de l'encre. Nous pouvons certainement nous attendre à d'autres dénonciations de la part de la société civile de la situation qui prévaut dans ce pays.

Comme d'habitude, j'étais pratiquement la seule personne handicapée présente à l'événement (j'ai aperçu brièvement une personne en fauteuil roulant lors de la deuxième journée, mais elle a disparu à un moment donné). Je dis souvent que je n'ai pas l'intention de devenir la "poster-child" dans ce milieu pour les personnes handicapées, mais si ça continue comme ça, je devrai bientôt acheter ma propre imprimerie. J'espère ardemment que mes complices du milieu de la déficience se joindront à moi bientôt pour travailler sur ce dossier. Si vous souhaitez en savoir plus sur les enjeux de la société de l'information pour les personnes handicapées, je vous invite à consulter le mémoire qu'a soumis la Commission internationale sur les technologies et l'accessibilité lors de la première phase du SMSI.

Selon moi, la Commission canadienne pour l'UNESCO s'avère un allié important dans le dossier du SMSI. Sa volonté manifeste de soutenir les divers acteurs canadiens pour comprendre, s'approprier, échanger et participer à la construction d'une société de l'information inclusive constitue un atout majeur pour les groupes de la société civile. Nous avons intérêt à prendre pleinement avantage de cette ouverture et de ce soutien.

Enfin, j'imagine que la ville de Winnipeg est très belle mais malheureusement, je n'ai presque rien vu, ayant été enfermée dans un (merveilleux) hôtel pendant trois jours. Toutefois, je peux vous dire que les habitant-es de Winnipeg sont très chaleureux. Je vous tiens au courant des développements futurs.

Catherine Roy, Commission internationale sur les technologies et l'accessibilité

Pages reliées :
SMSI : les faits, les idées, les enjeux d’un sommet controversé
Pour un véritable plan d’usage des TIC au service de la société : accélérer l'innovation et les transformations socio-organisationnelles, CEFRIO, 16.05.2005

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