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À Winnipeg un dimanche après-midi

Un dimanche après-midi d'un mois de mai frisquet sur une terrasse du centre-ville de Winnipeg, au Manitoba, même après une stimulante conférence sur le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), c'est désertique pour une Montréalaise vivant à deux pas du pont le plus achalandé au Canada. Je suis dans un immense village avec quelques buildings et hôtels pleins à craquer semble-t-il et un aéroport qui roule tout autant sinon plus. Deux femmes autochtones poussent un landeau, des noir-es et des jeunes passent en patins à roues alignées, en skateboard, en couple ou non. Certain-es quémandent des cigarettes, particulièrement hors de prix au Manitoba (11.35$). Des voitures et encore une et une autre encore défilent sans fin. Winnipeg est une ville plate d'autant plus étalée que chacun-e semble vivre dans une petite maison, rarement aussi bien entretenue qu'ils le souhaiteraient sans doute, du moins dans les secteurs que j'ai traversés. Ici, il vaut mieux posséder une voiture, comme à Jonquière d'où je suis originaire. Winnipeg me rappelle Jonquière, que j'ai quittée dès que j'ai pu, à 19 ans, certaine de ne plus jamais y vivre. Elle me rappelle aussi les banlieues dans lesquelles je ne séjourne jamais plus de deux jours parce qu'il y a trop de jolies cours vides avec patios et piscines.

Tout près, après un curieux pont flanqué d'une église toute en fenêtres, à St-Boniface vit une communauté francophone dont on entend autant parler en 2005 qu'en 1997, alors que les Québécoises commençaient tranquilement à se brancher. C'est-à-dire jamais. Lors de la conférence sur les femmes et Internet organisée par Womenspace en 1997, j'avais rencontré des Canadiennes-françaises. J'avais été frappée par la découverte de leur existence en chair et en os. Je savais qu'il y avait des communautés francophones un peu partout au Canada, mais jusque là, cette information était restée sans vie ni voix.

Mais grâce à Internet, nous allions nous mettre à faire connaissance, à nous relier et à nous entraider les unes les autres. Les femmes francophones de la planète allaient se mettre à entendre de plus en plus parler les unes des autres. Les Autochtones, les immigrantes, les femmes handicapées, les personnes assistées sociales, les femmes monoparentales, lesbiennes, bisexuelles, les transgenres et bien d'autres allaient sauter sur l'occasion en or qui leur est désormais offerte de partager leurs points de vue et solutions. Nous allions voir se créer un site dynamique par et pour les jeunes qui s'intéressent au féminisme et bien sûr aussi un centre de femmes virtuel, entre autres.

Plus de sept ans plus tard, toujours isolées de nos consoeurs des autres provinces, comme s'il allait de soi que la poignée de francophones du continent ne soient pas dynamiquement reliées, les groupes de femmes du Québec utilisent essentiellement Internet pour se courrieller les uns les autres et pour aller chercher des informations dans des sites construits par d'autres. Elles sont de plus en plus nombreuses à mettre en ligne des sites Web, mais sans vie ni voix, pour toutes sortes de raisons concrètes ou pas. Pas de ressources, pas le temps, pas prioritaire, pas d'intérêt, manque de connaissances, presque toujours en manque de quelque chose alors que nous avons tant d'histoires à raconter, d'analyses à diffuser, de réseautage à faire.

Pendant que la société dans laquelle nous vivons se transforme en société de l'information et de la communication, que nous sommes de plus en plus nombreux à devenir producteurs et diffuseurs de contenus plutôt que de nous contenter de consommer ce que d'autres rendent accessible en ligne, à peu près tout le mouvement des femmes du Québec et du Canada francophone est ailleurs. Notre présence en ligne nous montre presque sans vie ni voix tandis qu'un arbre persiste à nous cacher la forêt, à la fois bourrée de possibilités stimulantes et de menaces vicieuses. Cette transformation de la société dans laquelle nous vivons, nous nous y intéressons peu et encore moins au SMSI.

Pourtant, ce que je retiens de cette conférence, c'est le plaisir partagé de contribuer à la construire. Au cours du mois de mai, je vais mettre en ligne dans ce blogue d'autres articles portant sur la conférence. Peut-être bien que sept ans plus tard, une féministe québécoise, une Autochtone, une femme handicapée... de plus s'y intéresseront. Peut-être bien.

Nicole Nepton, Cybersolidaires

Pages reliées :
SMSI : les faits, les idées, les enjeux d’un sommet controversé, 11.2005
Le féminisme virtuel pour changer le monde cybersolidairement, Nicole Nepton, 24.03.2004

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