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De l'imagination pour le milieu rural

Compte-rendu de l'atelier "Femmes en milieu rural : spécificités et réponses particulières à apporter"

En milieu rural, tous les problèmes sont exacerbés : le transport, l'éloignement, le regard de l'autre pèsent plus qu'en ville. L'information sur l'aide juridique est également insuffisante et mérite que l'on fasse plus de publicité, ont conclu les participantes à l'atelier sur les spécificités des femmes vivant en milieu rural. Il y a aussi moins de services qu'en région urbaine. Cela a des conséquences directes, notamment sur la rapidité d'intervention en cas de violence conjugale. L'absence d'anonymat fait aussi que les femmes porteront plainte moins souvent. "Si une femme dénonce son ex-conjoint, elle devra souvent quitter le village et s'installer ailleurs", a fait remarquer une femme.

Ces dernières années, des bureaux d'aide juridique ont été fermés. Il y a donc aussi moins de personnel, et particulièrement moins de stagiaires. Aussi, les bureaux d'aide juridique sont généralement installés dans des centres urbains. Parfois, une femme devra se rendre dans plusieurs endroits différents pour traiter son dossier en entier, selon le domicile de l'avocat-e, le palais de justice auquel elle est rattachée, le centre qui traite la demande d'aide sociale, etc. Les besoins non juridiques ne sont pas plus faciles à combler non plus.

Deux questions principales se sont posées concernant l'aide juridique : l'information des femmes et le traitement des demandes d'accessibilité. Pour les femmes recevant l'aide sociale, les avocat-es estiment possible de traiter cette demande à distance, mais toujours au niveau local. Pour les autres, cela semble plus difficile, vu le nombre de documents qu'il s'agit de fournir. Peut-être que la solution consisterait en l'établissement de "bureaux volants" qui iraient dans les petits villages.

En revanche, concernant l'information, il y a un véritable travail à accomplir, considérant que 30% des femmes ayant recours à l'aide juridique sont au foyer (dans les petites villes de la Montérégie, on compte beaucoup de femmes agricultrices et de travailleuses autonomes) et que, de façon générale, les femmes connaissent peu leurs droits. "J'allais faire des conférences sur la pension alimentaire dans de tous petits villages, quand je travaillais à Re-nouvie à Chateauguay, a indiqué Danièle Wolfe. Personne n'intervenait par peur d'être repérée comme ayant des problèmes de couple." Sans compter les problèmes de transport qui se posent un peu partout. Certains centres de femmes offrent le covoiturage, mais d'autres n'ont absolument aucune ressource disponible.

Parmi les suggestions faites, il y a l'idée que la Commission des services juridiques finance des publicités dans les journaux locaux pour informer sur l'aide juridique. Il est souligné la nécessité d'éduquer dès le secondaire sur le droit matrimonial. Il faudra approcher les commissions scolaires. Il faut aussi renforcer les réseaux qui sont en train de se créer au cours de ce colloque, mieux former les intervenantes du milieu communautaire sur leurs droits, et imaginer des moyens de répondre à l'isolement physique et moral. "En résumé, a conclu Lucie Hénault, criminologue et directrice de la Maison la Source de Sorel, qui animait l'atelier, il faut en milieu rural encore un peu plus d'imagination qu'ailleurs, car il y a aussi plus de besoins."

Texte : Brigitte Verdière

Pages reliées :
L'aide juridique : les femmes en milieu rural aussi concernées (doc), Hubert Brochard, La Terre de chez nous, 23.10.2003
Former les professionnels du droit à la violence conjugale (doc)