Travailleuses du sexe du monde unies!

par Roxane Nadeau

À la mère de ma mère qui se hurle de mes yeux clairs dans les peaux de mes ventres. Les sangs qui se bousculent, Abénaquise, Innu, Mohak, berdache et putain. Les femmes, toutes les femmes du monde, nous savons qui nous sommes et j'ai les dents qui tombent. Je suis au Forum des Indien-nes. Au Forum social et y a pas quorum total.

Manifestation des travailleuses du sexe et de Rainbow Planet au FSM 2004Deux nuits de train, à chanter, à boire et à danser. Les esprits sont à la fête, nous sommes 140 et nous allons ensemble à Mumbai, au Forum social mondial! Hébergées par le Syndicat national des pêcheurs, nous ferons matin et soir deux heures de bus pour nous rendre sur le campus. Durant 5 jours, nous coucherons dehors, par terre, la bouffe sera moche sauf pour le poisson et, pour la première fois, je vais m'en gaver. Pour la première fois, je sais d'où il vient et qu'il est frais. Nous sommes sur le bord de la mer, au grand ciel, étoilé la nuit. À Kolkata, on ne voit pas les étoiles, c'est à peine si on le voit le ciel. Tout le monde est excité et personne ne sait à quoi s'attendre. C'est la première fois nous dit-on qu'un groupe de travailleuses du sexe sera présent de façon officielle au Forum. Le DMSC a une délégation de 120 personnes, femmes et personnes transgendrées.

Lire la suite "Travailleuses du sexe du monde unies!" »

Kolkata

par Roxane Nadeau

Au grand jour, la vie crachée. L’élévation de l’esprit, quand le monde fouille dans les vidanges pour manger. Parmi les chiens et les rats, l’héroïne, l’alcool et la religion. Il y a beaucoup de riches ici et de maîtres spirituels de toutes sortes, la vie est ceci, la vie est cela. Calcutta. Des millions, des millions de personnes qui dorment dans la rue et qui vont travailler le matin. Des millions de débrouillard-es. Du thé bien chaud, des lentilles et des oignons partout. Du yogourt aussi. Des hommes, sans cesse des hommes. Toujours quelques biens à marchander. Une ride de taxi, une assiette de riz, un gramme de dope, les rickshaws nu-pieds qui, de leurs maigres corps aux nerfs herculéens, nous tirent, nous les gras, vers nos Karmas. Les femmes de la société, elles, semblent cachées dans les maisons, dans les boutiques de tissus ou dans les universités. Les autres, souvent mendiantes, traînent les enfants, parfois les leurs, parfois ceux d’autres femmes empruntés contre quelques sous pour mieux faire quelques piasses. Elles ne chôment vraiment pas; insistantes, persistantes, achalantes. Le travail des femmes et
des enfants. Chaque jour quémander. L’antre du c’est ça qui est ça. Chaque jour besoin de manger.

Lire la suite "Kolkata" »

Le travail du sexe est du travail

par Roxane Nadeau

Ça bourdonne tellement, on dirait des sauterelles. Tout le monde court à gauche et à droite, se promène d’un local à l’autre, grimpe puis redescend les étages. Une vraie fourmilière. Bienvenue dans les bureaux du DMSC, le Durbar Mahila Samanwaya Commitee (en français : le Comité social des femmes irrésistibles), la plus grande association de travailleuses du sexe au monde. Fondée en 1995, son quartier général est basé à Kolkata, mais ses activités s’étendent dans tout l’état du West Bengal. Son membership officiel? 60.000 travailleuses du sexe! Le DMSC est un organisme champignon qui regroupe plusieurs ailes. C’est énorme! Il y a le Soganachi Project, projet de prévention VIH/sida et STI ayant débuté en 1992 et duquel est né le DMSC. Il y a une aile culturelle, une coopérative bancaire, des écoles, des cliniques et j’en passe. Tout est basé sur la consultation, l’empowerment et l’entraide. On m’accueille chaleureusement : "We are sex workers, you are a sex worker, we are all the same!"

Lire la suite "Le travail du sexe est du travail" »