Belgique : Je suis de ce pays
par Brigitte Verdière

Je suis en Belgique depuis quelques semaines pour raisons familiales. Ce sont les seules raisons qui me ramènent dans ce pays où j’ai passé 24 ans de ma vie. Je suis de ce pays et j’en suis partie, il y a longtemps. Pendant longtemps, j’ai trouvé que ni Bruxelles ni la Belgique ne bougeaient. Je pouvais aller les yeux fermés dans cette ville et les mêmes lieux étaient là, j’y retrouvais la même atmosphère. J’avais même l’impression de voir les mêmes personnes. Mais je dois reconnaître qu’en quelques années, le pays a fait des pas de géant. Il s’est même placé en tête de beaucoup de pays européens pour son libéralisme.
Que l’on en juge :
• 2002 : dépénalisation de l’euthanasie, ce qui en faisait alors le second pays au monde, après les Pays-Bas, à légiférer sur la question
• 2003 : autorisation du mariage homosexuel, toujours après les Pays-Bas
• 2005 : les couples homosexuels obtiennent le droit d’adopter des enfants
• 2006 : les étrangers non ressortissants de l’Union européenne peuvent voter aux élections municipales.
En outre, de nombreuses dispositions légales ont été prises pour lutter contre les actes racistes qui restent une des plaies de la Belgique.
Ce qui a changé la réalité de ce pays, c’est notamment l’arrivée au pouvoir en 1999 d’un gouvernement de coalition libéraux-socialistes-écologistes, dite coalition "arc-en-ciel". En étaient absents les femmes et hommes politiques des partis sociaux-chrétiens qui dominaient la vie politique de la Belgique depuis 40 ans et qui ont mis le frein à tant de réformes (la Belgique a été un des derniers pays à légaliser l’avortement en 1995 dans ce qui était encore la Communauté européenne). Aujourd’hui, les sociaux-chrétiens sont toujours absents du gouvernement.
Ce qui a changé aussi, c’est l’ouverture de l’Union européenne (UE), dont les pays membres sont passées à 25 en 2004 avec l’entrée de nombreux pays de l’ex-Europe de l’Est. Siège des institutions de l’UE, Bruxelles est donc devenue, de facto, plus cosmopolite. Je ne sais pas si cela en découle, mais la vie culturelle n’a jamais été aussi foisonnante que cet été à Bruxelles. Cinéma en plein air, concerts, théâtre, fêtes, visites culturelles, expos… si le temps avait été plus clément, il y avait de quoi faire tous les soirs.
Une conséquence toutefois est la crise du logement : sous-évalué par rapport aux autres capitales européennes, le marché bruxellois explose, d’autant plus que le centre-ville, jadis laissé à l’abandon, fait
l’objet de multiples rénovations. Mais il y a aussi les marchands de sommeil qui exploitent les étrangers, surtout quand ils sont sans papiers.
Le racisme reste important en Belgique. En mai 2006, un skinhead a tiré froidement sur deux femmes étrangères dans les rues d’Anvers. Il était lié au Vlaamse Belang, le parti d’extrême-droite néerlandophone qui fait des scores inquiétants aux élections. Et, trop souvent, malgré la législation, les actes racistes restent impunis. Les musulman-es sont les premiers visés. Quant aux sentiments envers la communauté noire, composée majoritairement des ressortissant-es de l’ex-colonie, la République démocratique du Congo (RDC), ils sont souvent ambigus. L’histoire a décidément un poids. Le premier ministre belge n’a-t-il pas écourté ses vacances cet été pour se pencher sur la crise qui agite la RDC à l’issue des élections présidentielles?
La Belgique reste aussi très marquée par les problèmes de pédocriminalité. Quand on a retrouvé deux fillettes assassinées cet été, l’émoi a été grand et la réaction de la police et de la justice bien plus promptes qu’elles ne l’avaient été lors de l’affaire Dutroux.
Face à tout cela, des associations se mobilisent. Les manifestations culturelles se multiplient contre l’extrême-droite, mais aussi pour une meilleure entente entre les communautés linguistiques du pays. Plus forte économiquement, la communauté économique néerlandophone réclame plus de pouvoirs, plus d’autonomie. Le pays va-t-il imploser? Avec trois communautés linguistiques, deux communautés politiques (Wallonie, Flandres) et Bruxelles au milieu, la question n’est pas nouvelle. Et là, il s’agit bien d’une véritable histoire belge.
Contenu de ce dossier :
• Le dossier noir du racisme
• Femmes à toutes les enseignes
• Échapper au Congo.


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