Kolkata
par Roxane Nadeau
Au grand jour, la vie crachée. L’élévation de l’esprit, quand le monde fouille dans les vidanges pour manger. Parmi les chiens et les rats, l’héroïne, l’alcool et la religion. Il y a beaucoup de riches ici et de maîtres spirituels de toutes sortes, la vie est ceci, la vie est cela. Calcutta. Des millions, des millions de personnes qui dorment dans la rue et qui vont travailler le matin. Des millions de débrouillard-es. Du thé bien chaud, des lentilles et des oignons partout. Du yogourt aussi. Des hommes, sans cesse des hommes. Toujours quelques biens à marchander. Une ride de taxi, une assiette de riz, un gramme de dope, les rickshaws nu-pieds qui, de leurs maigres corps aux nerfs herculéens, nous tirent, nous les gras, vers nos Karmas. Les femmes de la société, elles, semblent cachées dans les maisons, dans les boutiques de tissus ou dans les universités. Les autres, souvent mendiantes, traînent les enfants, parfois les leurs, parfois ceux d’autres femmes empruntés contre quelques sous pour mieux faire quelques piasses. Elles ne chôment vraiment pas; insistantes, persistantes, achalantes. Le travail des femmes et
des enfants. Chaque jour quémander. L’antre du c’est ça qui est ça. Chaque jour besoin de manger.

