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La passion de la mondialisation

par Nicole Nepton, créatrice et animatrice du cyber-réseau solidaire

À tant bourlinguer dans la toile afin de savoir ce que vivent les filles et les femmes du monde et pourquoi, sans le chercher, je me suis reliée à elles comme jamais je n’avais pu l’être. Mais les nouvelles d’elles sont souvent mauvaises au point d’être parfois tentée de retourner sur mon ancienne planète peu branchée sur le monde. Et si je me contentais de lire le journal et d’écouter les nouvelles diffusées à la télé au lieu d’aller les chercher auprès de sources diversifiées tout en les partageant avec des milliers d’internautes? Hum? De toute façon, le sort des filles et des femmes du monde, qu’est-ce que j’y peux?

L'agenda des femmes 2003 des Éditions du remue-ménageÀ Porto Alegre, parmi la foule du Forum social mondial 2002 (FSM), en plein dans le chemin de 60.000 résistant-es de 131 pays peu porté-es à vouloir faciliter les choses aux puissants de ce monde, la tentation de retourner à mes anciennes pénates sous prétexte d’impuissance s’est fait fermer la porte au nez dans l’enthousiasme. Et vlan. J’avais beau être tout au sud du Brésil, dans cette diversité, parmi des milliers de dingues de justice et de démocratie participative, je me suis trouvée enfin chez moi. Même si le Forum n’intègre pas toutes les perspectives d’emblée, sur le fond, nous sommes toutes et tous d’accord : ce monde-là n’est pas viable, un monde qui le soit est possible.

Fortes du réseau tissé en 2000 lors de la Marche mondiale des femmes, les féministes entendent bien faire voir aux mouvements progressistes qu’ils doivent combattre conjointement le néolibéralisme et le patriarcat. C’est aussi incontournable que la nécessaire participation à part entière des femmes à la construction d’un monde qu’on veut fondamentalement différent. Tut, tut, tut, disent les jeunes, il s'agit plutôt de construire d’autres mondes, allons-y au pluriel et parlons d’actions concrètes. Les sans-emploi, sans-papiers, sans-terre apostrophent les syndicats : appuyez nos luttes! Et apprenons à nous connaître du Nord au Sud, ajoutait Rigoberta Menchú, c’est une condition sine qua non pour réaliser notre rêve de solidarité entre les peuples. Les militant-es de la communication citoyenne répondent qu’il est capital de faire entendre les voix qui ne comptent pas – celles des filles et des femmes en particulier, renchérissent-elles - tout en exploitant le potentiel des réseaux multipliés par d’autres réseaux.

Au coin de Ste-Catherine et de Dorion, à Montréal, j’ai poursuivi ces quelques jours de brassage d’analyses et d’alternatives. Je n’ai plus voulu qu’ils cessent et encore moins qu’ils restent entre mes quatre murs. Alors je les ai partagés avec des centaines de personnes via Cybersolidaires, pendant qu’un peu partout dans le monde, le FSM essaimait jusqu'à Athènes, Londres, Paris, Hyderabad, Belém, Buenos Aires, Quito, Boston, Sherbrooke, Québec, Ottawa, Toronto...

Des lieux où participer au FSM, il y en a de plus en plus, mais où que l’on soit, on peut le faire progresser : en redessinant petit à petit la carte géographique que l’on porte souvent trop petite pour y intégrer les perspectives des filles et des femmes du monde; en tâchant de sortir nos propositions alternatives du "tiers secteur" où on veut les confiner tout en rendant l’économie sociale plus solidaire; en cherchant à mettre les technologies au service de nos luttes et de la promotion du féminisme qui en a tant besoin... Mais au-delà de l’urgence qu’il y a à changer ensemble le cours de notre histoire impérialiste et guerrière, peut-être bien que, comme moi et bien d’autres, c’est la passion que vous trouverez en cours de route. Il y aura de quoi l’alimenter autant que vous le souhaiterez, je vous le garantis.

> En ligne : Le Forum social mondial 2004 et 2005 du point de vue des femmes

Texte paru dans L'agenda des femmes 2003 des Éditions du remue-ménage