Dans Femmes publiques : les féminismes à l'épreuve de la prostitution paru en janvier 2009, Catherine Deschamps et Anne Souyris ne se prononcent pas pour ou contre «la» prostitution. Elles souhaitent comprendre ce qui leur apparaît incompréhensible : la désolidarisation, ces dernières années, en particulier en France, des féministes avec les personnes prostituées. C'est au fond une mise à l'épreuve des féminismes qui est ainsi proposée à l'aune de la prostitution. Mais il ne s'agit pas de faire un sort au féminisme, dont elles sont partie prenante. Il s'agit plutôt, à partir d'un état des lieux des forces en présence, de la situation sur le terrain et des législations en vigueur, de penser la possibilité d'une nouvelle alliance entre les différents courants féministes et les prostitué-es, alliance qui n'évacuerait ni aspérités ni paradoxes, mais qui chercherait, dans une perspective pragmatique, à renforcer par la réduction des risques la capacité d'agir des personnes concernées afin qu'elles puissent oeuvrer à leur propre émancipation. On trouvera ainsi dans ce livre un manifeste engagé en faveur de cette nouvelle alliance, mais aussi un essai informé qui permet de faire le point sur les réalités et les savoirs de la prostitution.
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Le débat autour du travail du sexe a été polarisé entre les abolitionnistes, qui estiment que le travail sexuel est une violence contre les femmes et devrait être interdit, et le mouvement pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe, qui milite pour la dépénalisation de la prostitution et pour le respect de leurs droits. Au cours du 11e Forum de l'AWID, les panélistes Charlotte Bunch et Meena Seshu ont parlé de la façon dont les travailleuses du sexe ont été marginalisées par les mouvements de défense des droits des femmes, tandis que leurs analyses sont constamment remises en cause par d'autres mouvements. Les principaux enjeux sont le contrôle du corps des femmes, la question du choix et la criminalisation de la prostitution. Il y a un malaise et de la nervosité dans le discours autour du travail du sexe - et un grand besoin pour les féministes d'accepter que les causes profondes de l’inégalité des travailleuses du sexe sont les mêmes que celles de toutes les luttes pour les droits des femmes. Les mouvements de défense des droits des femmes ont beaucoup à apprendre des mouvements de travailleuses du sexe, mais où est l'espace dans les mouvements féministes où nous sommes à l'écoute des travailleuses du sexe? Les travailleuses du sexe ont besoin d'être sauvées des «sauveur-es» et leurs conditions de travail doivent être améliorées afin qu'elles puissent faire le choix de joindre et de quitter le travail du sexe comme ça leur plaît.
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par Ginette Petitpas-Taylor, présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick
Les travailleurs et travailleuses du sexe ont peu l’occasion de parler en leur propre nom. La population en général et une grande partie des médias, des chercheurs et des fournisseurs de services avec qui les travailleuses du sexe sont en contact les présentent souvent comme des caricatures sans voix. Lorsque des travailleuses du sexe ont été interrogées récemment dans le cadre de la rédaction d’un livre sur l’industrie du sexe à Moncton, Saint-Jean et Halifax, on s'est rendu compte à quel point on n’entend jamais ce qu'elles pourraient avoir à dire.
Le 26 juin, les professeures Leslie Ann Jeffrey et Gayle MacDonald, auteures du livre intitulé Sex Workers in the Maritimes Talk Back, ont fait une présentation émouvante sur les raisons pour lesquelles elles défendent la décriminalisation du travail du sexe. Elles se sont efforcées de mieux comprendre les femmes et les hommes qui participent à l'industrie du sexe et ce qui les amène à commencer ce travail, à le poursuivre ou à l’abandonner. Les professeures ont suivi la voie logique qui, pour une raison ou pour une autre, n'est pas celle employée habituellement lorsque l'objet de l'étude est l'industrie du sexe : elles ont rencontré les travailleuses et les travailleurs et elles les ont laissé s’exprimer eux-mêmes.
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Les adversaires de la décriminalisation du travail du sexe ont salué l’examen des cinq premières années de la décriminalisation du travail du sexe en Nouvelle-Zélande, publié le 23 mai 2008, comme une confirmation de leur position, à savoir que la Loi sur la réforme de la prostitution aurait été un échec dans ses objectifs. Selon les abolitionnistes, ce rapport prouverait que le travail du sexe doit être éradiqué parce que la décriminalisation aurait peu d’impact sur les violences exercées sur les travailleuses du sexe. Ceci n’est pas des plus ingénieux, mais risque bien d’être quelque chose que nous allons continuer à entendre. (Comme ici par exemple où on rapporte qu'un "rapport récent de commission d’enquête sur les effets d’une décriminalisation instituée en NZ en juin 2003 révèle que des femmes travaillant en bordels sont parfois forcées de pratiquer des actes sexuels contre leur gré, et que la prostitution de rue n’a pas baissé du fait de reconnaître des «bordels légaux». Les mineur-es sont plus susceptibles de se retrouver dans la prostitution de rue. Dans les bordels où les femmes étaient maltraitées par les proxénètes, ces conditions ne se sont pas améliorées du fait de la légalisation.)
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À Londres, le mouvement pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe traverse une période difficile. En effet, le parlement est en train de passer une loi qui criminalise les clients comme en Suède. Un certain nombre de groupes féministes et de femmes parlementaires soutiennent cette loi. Le 8 mars, l'International Union of Sex Workers participera à la Million Women Rise March. D'ici là, l'Union demande l'appui d'organismes et de militantes du monde entier au texte qui suit.
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L’abolitionnisme est une idéologie violente qui se bat contre des femmes. Nous avons voulu démontrer en trois temps comment fonctionne cette violence. En premier lieu, l’abolitionnisme est une idéologie essentialiste qui définit une identité unique de pute, anhistorique, presque naturelle et avant tout féminine. En second lieu, l’abolitionnisme est une forme de paternalisme qui décrète des femmes incapables d’exprimer leur consentement, les infantilise, leur confisque toute parole et légitimité. Enfin, l’abolitionnisme entretient le stigmate de putain qui sert de police du genre contre les femmes et qui nourrit leur division et ségrégation.
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- Tu fais quoi dans la vie?
- Je suis travailleuse du sexe.
- Tu travailles dans quoi?
- Je suis travailleuse du sexe, prostituée, pute.
- Non arrête, c'est pas drôle.
- Quoi qu'est-ce qui n'est pas drôle?
- Non mais tu peux me dire ce que tu fais? Sérieusement.
- Je suis pute sérieusement.
- Comment ça? Tu veux dire que tu fais ça pour vivre?
- Oui c'est ce que je suis en train de dire depuis le début.
- Mais comment tu peux faire ça?
- Bah c'est comme tout, ça s'apprend.
- Non mais tu baises avec des vieux et des moches pour de l'argent?
- Oui ça arrive mais sans argent aussi remarque.
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L'International Union of Sex Workers, l'International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe, NextGENDERation, le Network of Sex Work Projects, la Sexual Freedom Coalition, London No Borders, ENS (l'éducation n'est pas à vendre), TLC (mise en réseau des hommes et femmes handicapés avec des travailleurs du sexe responsables) et x:talk (cours d'anglais pour les travailleurs étrangers de l'industrie du sexe) protestent contre l'exposition Prostitution: What is going on? de la Women's Library de Londres. Leur mobilisation vient de leur implication dans les luttes autour du genre, du travail et des migrations au sein du travail sexuel et de l'urgente nécessité de créer des alliances entre travailleuses et travailleurs, quels que soient leur nationalité, classe sociale et le secteur dans lequel ils oeuvent, afin de changer l'industrie du sexe.
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Récemment, je me désabonnais des listes netfemmes, par-l et etudesfeministes. Depuis, c'est l'extase de ne plus voir passer de courriels de nos ténors abolitionnistes du terroir. Ça me désintoxique le cerveau.
Lire la suite "C'est bon de se désintoxiquer le cerveau" »
Dans Fières d’être putes, Maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser exposent de manière claire que ni le prohibitionnisme, majoritairement de droite, ni l’abolitionnisme, majoritairement de gauche, ne sont des réponses au proxénétisme ou à la traite des êtres humains. Bien au contraire, l’un comme l’autre placent de plus en plus les prostituées dans la clandestinité, favorisant ainsi le développement de réseaux de proxénètes mafieux.
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