Pendant près de 30 ans, Grisélidis Réal, grande poétesse des trottoirs, a récolté quantité de documents en rapport avec la prostitution. En juin 2008, le Centre Grisélidis Réal était créé afin d'assurer la conservation de ces archives, poursuivre la récolte de documentation sur cette thématique et devenir un lieu de référence, d’information et de formation. Outre les cotisations et dons, le centre a reçu le soutien de la Ville de Genève, du Fonds Mécénat des SIG, de la Stiftung für Erforschung der Frauenarbeit et du Service des emplois de solidarité de l'OCE. Pourtant, le 26 mai, on apprenait que le Conseil d'État s'oppose, sans aucune justification, à la décision de la Loterie romande de lui octroyer un don qui permettrait de couvrir les frais de conditionnement et de conservation des archives de Grisélidis Réal! Une pétition de soutien à signer d'ici le 25 juillet.
Wow! Renversant, étonnant, actuel mais surtout, ô combien réaliste et lucide est ce 15e numéro du ConStellation! Lorsque m’est venue l’idée d’être escorte, j’aurais sans aucune hésitation donné mes plus beaux stilettos pour avoir droit à cette manne d’informations. Je parie que bientôt, je ne serai plus la seule à envier les prochaines qui se questionneront à savoir si le travail du sexe est pour elles un choix convenable, de pouvoir bénéficier de ce bijou qu’est le ConStellation spécial Conditions de travail! Par ailleurs, que l’on soit une travailleuse du sexe débutante ou senior, je suis convaincue que ce ConStellation deviendra pour nous toutes essentiel au même titre que le sont nos condoms, nos bas de nylon et notre cellulaire! Car, comme il en ressort avec éloquence des 65 entrevues et consultations réalisées pour ce numéro, la chose la plus importante lorsqu’on travaille ou envisage de le faire est d’échanger et d’entretenir des liens avec d’autres travailleuses du sexe.
Les mouvements des femmes se heurtent depuis toujours aux problèmes de l’inclusion et de la diversité croissantes. En 1851, Sojourner Truth, une ancienne esclave afro-américaine et militante de l’abolition de l’esclavage, prononçait son fameux discours Ain’t I a Woman? (Ne suis-je pas une femme?) devant la Convention des droits de la femme de l’Ohio. A cette époque a-t-elle mentionné, les hommes galants aidaient les femmes blanches et non pas noires à éviter les rigoles et à monter dans les calèches. Sojourner se demandait pourquoi ses bras solides, sa capacité de travailler dans les champs, sa résistance aux coups de fouet et à la vente de ses enfants comme esclaves modifiaient en quoi que ce soit sa condition de femme. Les idées féministes sur les droits des femmes ont progressé depuis lors mais certaines catégories de femmes restent marginalisées au sein des mouvements féministes.
Le 31 mars 2009, les travailleuses et travailleurs du sexe du Royaume-Uni et leurs allié-es tenaient avec succès un Speak Out devant la Fontaine Eros du Piccadilly Circus, contre la criminalisation du travail du sexe et pour les droits de celles et ceux qui travaillent dans l'industrie du sexe. Une rue était prise d'assaut et une bannière sur laquelle on pouvait lire «Les travailleuses du sexe arrêtent le trafic» était dévoilée. Les travailleuses et travailleurs du sexe ont mené cette action afin de mettre en évidence leur opposition au projet de loi The Policing and Crime Bill. Les intervenant-es de ce Speak Out incluaient des représentant-es du X:Talk project, de l'English Collective of Prostitutes, de la Sex Worker Open University, des universitaires et des militant-es des droits des travailleuses et travailleurs du sexe d'Europe.
Le lobby abolitionniste du Mouvement du Nid continue de mener sa campagne contre notre travail à l’occasion des élections européennes de juin 2009. Nous tenons donc à rappeler que le Mouvement du Nid s’arroge une parole d’expert sur la prostitution alors qu'il n’a aucune légitimité. Les vrais expert-es sur la prostitution, ce sont nous les travailleurs et travailleuses du sexe.
Le Mouvement du Nid, comme les autres mouvements qui veulent notre abolition, sont déconnectés de nos réalités et déforment notre parole pour mieux maintenir leur pouvoir. Il faut cesser immédiatement le business abolitionniste qui s’appuie sur des millions d’euros de financement public.
C'est le pilote d'un projet de documentaire de Valérie Mitteaux et Myriam Guillemaud-Silenko sur AMMAR (Asociación de Mujeres
Meretrices de la Argentina), le syndicat des travailleuses du sexe d'Argentine. Lors du Forum XXX qui a eu lieu à Montréal en mai 2005, Eleyna Reynaga, secrétaire générale d'AMMAR, que l'on voit dans la vidéo, expliquait que c'est en 1994 que les travailleuses du sexe ont commencé à s'organiser dans le but de lutter contre la répression policière. La crise économique a été l’un des éléments qui les a amenées à se regrouper. La violence envers elles augmentait tandis que leurs revenus diminuaient beaucoup.
Le 20 mars, le Collectif Droits et Prostitution annonçait la création du Syndicat du travail sexuel (STRASS), qui compte déjà environ 200 membres, à l’occasion des Assises de la prostitution qui avaient lieu à Paris. Six ans après le vote de la Loi pour la sécurité intérieure (LSI), les travailleuses et travailleurs du sexe dénoncent les conséquences gravissimes de cette loi injuste qui a fait reculer les droits humains. Face à celles et ceux qui agitent le repoussoir du proxénétisme pour justifier la LSI, les adhérent-es du STRASS répondent : "nous sommes - et avons toujours été - les mieux placé-es pour lutter contre les dérives de la profession. Nous ne sommes pas le problème : nous faisons partie de la solution".
par Marie-Jo Glardon, coordinatrice d'ASPASIE, Genève
L'article d'Antonin Sabot intitulé Derrière la prostitution : l'exploitation sexuelle paru dans Le Monde du 3 mars 2009 confond les victimes d'exploitation sexuelle avec les victimes de la traite. Corrigeons : en réalité la traite (en anglais "traffic") désigne toute contrainte liée au déplacement de personnes à des fins de travail forcé, de trafic d'organes ou d'exploitation sexuelle. La notion de travail forcé est bien plus large et plus fréquente que le travail du sexe. Il est donc FAUX d'affirmer que "la prostitution est le socle sur lequel se développe le trafic d'êtres humains".
Les travailleuses et travailleurs syndiqués de l'industrie du sexe ont fait l'histoire au Forum social mondial de Belem, au Brésil. Le forum sur la syndicalisation de l'industrie du sexe a été parrainé en partie par le syndicat indien des travailleuses et travailleurs du sexe Karnataka et la Commission internationale pour les droits du travail. Des forums publics ont mis en vedette des présentations et des discussions de représentant-es syndicaux d'Afrique du Sud, du Nigeria et d'Allemagne qui soutiennent l'organisation des travailleuses et travailleurs de l'industrie du sexe ainsi que des organisations de prostituées de Bolivie, du Brésil, des États-Unis et de l'Inde.
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