Les représentantes de la Coalition pour la pratique sage-femme, qui regroupe des centaines de milliers de femmes, demandent au ministre de la Santé et des Services sociaux de concrétiser la Politique de périnatalité 2008-2018 énoncée par son propre ministère et de financer à 100% le développement des services de sage-femme sur le territoire québécois. Pour appuyer cette demande, le ministre Bolduc reçoit un courrier bien spécial à son bureau : des boîtes contenant une pétition de près de 13 000 signataires qui réclament le droit de choisir le lieu de naissance - maison de naissance, domicile ou hôpital - avec la ou le professionnel de leur choix, sage-femme ou médecin.
Bien qu'elles aient rencontré le ministre Yves Bolduc le 14 janvier à Montréal, qu'elles lui aient fait part de leurs préoccupations, les représentantes de la coalition n'ont reçu aucune réponse claire, ni aucun engagement financier et rien ne laisse présager que le ministre agira prestement.
La Politique de périnatalité 2008-2018 formulée par le MSSS promettait l'établissement de 13 nouvelles maisons de naissance. Or, jusqu'à ce jour, rien n'a été fait pour en permettre la réalisation. Au contraire, nous nous retrouvons même dans une situation où les embûches abondent et nous déplorons le manque de volonté réelle que cela démontre.
Le droit de choisir
Les groupes de citoyennes dans toutes les régions du Québec qui réclament l'accès aux services de sage-femme se heurtent à une multitude d'étapes à franchir qui rappellent les 12 travaux d'Astérix.
L'intégration des sages-femmes dans le système de santé résulte de luttes tenaces. Dans les Basses-Laurentides, il aura fallu 15 ans de revendications incessantes avant qu'une maison de naissances ne voit le jour. Aux quatre coins du Québec - Montérégie, Lanaudière, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Gaspésie, Montréal, Laval, Kamouraska, Victoriaville, Sept-Îles, Rivière-du-Loup, Beauce, Hautes-Laurentides - de nombreux groupes citoyens revendiquent depuis des années des maisons de naissance, mais ils font face à une mécanique complexe et à des résistances dans plusieurs sphères régionales et ministérielles. Les projets peinent à voir le jour. En 2011, il existe encore une méconnaissance et des mythes entourant le travail des sages-femmes, ce qui perpétue l'opposition des milieux hospitaliers, bien que la profession de sage-femme ait été légalisée il y a 12 ans.
Des professionnelles reconnues
Dans un contexte de surcharge hospitalière et de manque criant d'accès à des services de première ligne pour les femmes enceintes, le gouvernement doit assurer un accès aux services de sages-femmes. Les sages-femmes proposent aux femmes des soins de maternité complets et elles sont les seules professionnelles de la santé au Québec à offrir le choix du lieu de naissance.
Les maisons de naissance constituent un modèle efficient et envié dans le monde. Elles devraient constituer la porte d'entrée en maternité pour les femmes présentant une grossesse normale et en santé. Dans sa politique de périnatalité, le MSSS vise une diminution des interventions obstétricales et promeut une vision physiologique de la grossesse et de l'accouchement. Depuis la mise sur pied des projets-pilotes en 1994, voilà précisément ce que livrent les sages-femmes! Une société moderne comme le Québec ne peut se priver des services de sages-femmes!
Actuellement, l'absence de développement de nouvelles maisons de naissance au Québec est une conséquence directe d'un mode de financement irréaliste imposé par le ministère au réseau. Le MSSS ne peut ignorer plus longtemps que ses propres exigences constituent un frein majeur à l'accessibilité aux services de sage-femme et aux maisons de naissance.
Le gouvernement, de concert avec l'UQTR, a élaboré un programme de formation universitaire d'une durée de quatre ans et demi. Or, actuellement, le manque de consolidation et de développement de maisons de naissance mène les 14 finissantes au chômage malgré les besoins évidents en soins de maternité.
Un financement intégral
Des cinq priorités élaborées par le MSSS dans la politique de périnatalité, seul le développement des services de sage-femme n'a reçu aucun financement concret du ministère. Pendant ce temps, des dizaines de millions $ sont octroyés annuellement pour des services hyper-spécialisés en obstétrique.
De plus, des centaines de femmes enceintes n'ont même pas accès à un suivi de grossesse et les mouvements citoyens qui réclament des sages-femmes s'essoufflent. Il s'agit là d'une incohérence flagrante qui inquiète la coalition.
À la veille du dépôt du budget du Québec, les membres de la Coalition pour la pratique sage-femme exigent un engagement financier public et immédiat du ministre pour l'accès aux différents lieux de naissance et aux services de sage-femme. Une telle demande implique également que le MSSS revoit le processus pour la mise en place des services de sage-femme et de nouvelles maisons de naissance et qu'il finance à 100% lesdits services.
La Coalition pour la pratique sage-femme est composée de :
Afeas (Association féminine d'éducation et d'action sociale)
Association des étudiantes sages-femmes de l'UQTR
Cercle des fermières
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Fédération des femmes du Québec (FFQ)
Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN)
Fédération québécoise des organismes communautaires famille (FQOCF)
Groupe MAMAN, Mouvement pour l'autonomie dans la maternité et pour l'accouchement naturel
L'R des centres de femmes du Québec
Regroupement Les sages-femmes du Québec (RSFQ)
Regroupement Naissance-Renaissance (RNR)
Réseau des Centres de ressources périnatales du Québec (Réseau des CRP)
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF)
Seréna Québec
Reportage sur le développement des maisons de naissances et de la pratique sage-femme au Québec réalisé en janvier 2011 par des étudiant-es de l'UQAM.
Pages reliées :
Passer de la parole aux actes, Ak'ingabe Guyon, Le Devoir, 17.02.2011
Gynécologie : les sages-femmes encore exclues, Louise-Maude Rioux Soucy, Le Devoir, 16.02.2011
La pratique des sages-femmes est légalisée, Les Archives de Radio-Canada, 02.04.1998



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