La décriminalisation de l'industrie du sexe en Nouvelle-Zélande a eu pour résultats que les travailleuses et travailleurs du sexe sont plus en sécurité et en meilleure santé, d’après un nouveau livre de la chercheure Gillian Abel de l'Université d'Otago. Depuis la décriminalisation il y a sept ans, les travailleuses et travailleurs du sexe ont plus de pouvoir pour insister sur le sexe sécuritaire, démontre le livre d'Abel « Extraire le crime du travail du sexe - La lutte des travailleuses et travailleurs du sexe de Nouvelle-Zélande pour la décriminalisation » (Taking the crime out of sex work – New Zealand sex workers’ fight for decriminalisation). Abel est maître de conférences à l'Université d'Otago, au département de santé publique et de médecine générale de Christchurch. Elle a édité le livre avec Lisa Fitzgerald (une ancienne de l'Université d'Otago, professeure en promotion de la santé à Christchurch) et Catherine Healy (avec Aline Taylor). Pour ce livre, elles ont interrogé 772 travailleuses et travailleurs du sexe.
Abel dit que le livre donne des preuves convaincantes que la décriminalisation a atteint son objectif d'assurer le respect des droits humains des travailleuses et travailleurs du sexe, tout en ayant un effet positif sur leur santé et leur sécurité. La décriminalisation leur a également donné plus d'outils pour gérer leur environnement de travail. Connaissant leurs droits au travail, les travailleuses et travailleurs des bordels sont plus en mesure de les faire valoir auprès des propriétaires d'établissements et des clients. La relation entre les travailleuses du sexe - particulièrement celles et ceux oeuvrant dans la rue - et la police s'est aussi améliorée, selon l'ouvrage, et elles sont désormais plus susceptibles de signaler à la police la violence qui leur est faite.
Malgré d'importantes améliorations de la sécurité des travailleuses et travailleurs du sexe depuis la décriminalisation, il reste encore du travail à faire. Il y a encore de la stigmatisation associée à cette activité. Les politiques sociales gouvernementales doivent aussi être améliorées afin de protéger les personnes âgées de moins de 18 ans entrant dans le travail du sexe, comme de donner accès aux allocations aux jeunes indépendant-es de leurs parents. De même, un soutien accru est nécessaire pour les jeunes transgenres, qui sont particulièrement vulnérables à l’entrée dans l'industrie.
Voici quelques commentaires de travailleuses du sexe inclus dans le livre :
« Alors oui, ça dit juste le pouvoir que ça nous a donné à nous les professionnelles, nous avons le droit derrière nous et nous pouvons dire : « Regardez si vous faites cela, nous pouvons vous poursuivre », comme dans n'importe quel autre endroit où ils enfreignent la loi. » (Sheila, travailleuse salariée)
« Cela nous donne sûrement des droits. Nous ne sommes plus des personnes invisibles. Nous sommes des êtres humains, et si nous sommes attaqués, nous avons droit à la même protection que n'importe qui d'autre. Je dois dire que lorsque la loi a changé, ça s’est renversé, ça a rendu les choses beaucoup plus faciles, car on pouvait juste sonner la police et leur dire, vous savez, et ils étaient très rapidement là. » (Josie, travailleuse indépendante)
« Pour les dernières années, la police a été vraiment bien, vraiment impliquée. Donc nous avons eu plus de voitures de patrouille descendant dans la rue. Donc ça c’est bien. Maintenant ils en ont quelque chose à faire. Avant la loi ils s’en foutaient. Vous savez, si une fille, une travailleuse se faisait violer, ou, vous savez, quelque chose comme ça, il n'y avait pas grand-chose, à ce moment-là il n'y avait pas grand-chose qu'on pouvait faire. Mais maintenant que la loi a changé, ça a changé tout ça. » (Joyce, travailleuse de rue)
« Vous ne pouvez pas faire un travail sans utiliser de protection. La loi a tellement changé. Ça fait réfléchir beaucoup plus les gens. » (Joyce, travailleuse de rue)
Traduction par Thierry Schaffauser d'un communiqué de l'Université d'Otago du 13.05.2010.
Pages reliées :
Décriminalisation du travail du sexe en Nouvelle-Zélande : un bilan critique ne démontre aucune preuve des nuisances sociales prédites, 06.06.2008
Les effets pervers de la criminalisation des clients des prostituées, Nicole Nepton, 22.06.2011
La loi suédoise contre l’achat d’actes sexuels : succès affirmé et effets documentés, Petra Östergren et Susanne Dodillet, 03.03.2011



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