Le 18 février, les regroupements d'entreprises d’économie sociale en aide domestique (EÉSAD), accompagnés par des porte-parole représentant leur clientèle âgée, étaient présents à l’Assemblée nationale pour entendre les réponses de la ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault, aux questions de l’opposition concernant la situation urgente de leur secteur. L’annonce d’un financement supplémentaire de 3,5 millions $ pour le programme d’exonération financière pour les services d’aide domestique (PEFSAD) en octobre 2009, puis l’imposition faite aux entreprises en décembre par la ministre de financer elles-mêmes cette annonce, combinée aux hausses successives du salaire minimum et celles des cotisations à la CSST, entre autres, provoqueront un manque à gagner estimé à plus de 8 millions $ par les entreprises d’ici le 1er janvier 2011, en plus des 15 millions $ nécessaires à la mise à niveau du PEFSAD.
Pourtant, en juin 2009, l’attaché politique de la ministre Thériault, Harold Fortin, déclarait : « On privilégie le soutien à domicile et Mme Thériault est très sensible à leur réalité (…). Les entreprises d'économie sociale font partie de la solution pour le maintien à domicile des personnes âgées. D'ici quelques semaines, on pourra leur montrer le travail qu'on a fait pour régler le problème. On va leur apporter l'aide dont elles ont besoin ». Non seulement aucun argent neuf n'a été investi tandis que rien n'a été fait depuis pour régler le problème, mais la ministre fait porter aux entreprises la responsabilité de financer sa propre annonce d’octobre 2009.
« Ça fait bientôt deux ans que nous tentons d’expliquer à la ministre que nous ne sommes pas des entreprises à but lucratif. Qu’elle aide la clientèle ou les entreprises, cela donne donc le même résultat. Ce qui entre dans nos coffres n’est pas versé à des actionnaires! Cet argent est au service de notre clientèle, majoritairement âgée, qui ne peut plus assumer de hausses de tarifs. L’absence d’indexation du PEFSAD depuis 12 ans et un manque à gagner de plus de 8 millions $ prévisible d’ici 10 mois amènent toutes les EÉSAD du Québec dans un cul-de-sac. Elles doivent imposer l’inaction gouvernementale à des gens pour qui toute nouvelle augmentation veut dire abandonner des services essentiels. Pour de très nombreux clients, cela pourrait représenter environ 100 $ par mois sur des revenus mensuels de moins de 1 100 $ », s’indigne Marie-Claude Gasse, porte-parole de la Coalition des entreprises d’économie sociale en aide domestique.
« La ministre parle d’investissements importants dans notre secteur, mais ce n’est qu’un écran de fumée pour cacher le fait que le gouvernement laisse ce dossier à la dérive depuis beaucoup trop longtemps. Sommes-nous des partenaires dans la livraison de services essentiels à une population âgée et dans le besoin, oui ou non? Il y a 12 ans, lors de la mise sur pied du PEFSAD, c’était clair, nos entreprises faisaient partie d’une stratégie de lutte au marché noir, et donc de l’amélioration des conditions de travail pour des milliers de femmes. Elles étaient aussi partie prenante d’une stratégie globale de soutien à domicile fondamentale pour une population vieillissante et d’une volonté de revitaliser nos régions souffrant de multiples fermetures d’entreprises et d’exode. Aujourd’hui, le gouvernement nous condamne à un recul sur tous ces fronts, en jetant tous ces objectifs par la fenêtre », a déclaré Hélène St-Laurent, porte-parole de l’Aile rurale.
Pour J. Benoit Caron, directeur général de la Fédération des coopératives de services à domicile et de santé du Québec, « la ministre ne se rend pas compte que ce sont les clients eux-mêmes avec les partenaires du milieu qui administrent les entreprises en siégeant à leurs conseils d’administration. Le gouvernement leur impose donc d’adopter des hausses de tarifs qui vont à l’encontre d’une série d’objectifs gouvernementaux et de leurs propres intérêts, et ce, au détriment de la mission sociale qu'ils ont placée au cœur de nos entreprises. Pour éviter le pire à des milliers de personnes âgées au Québec, le budget que le gouvernement présentera d’ici quelques semaines doit absolument contenir 15 millions $ pour l’indexation du PEFSAD. C’est un minimum. Il est tout aussi urgent qu'il révise l’ensemble du cadre financier des EÉSAD pour qu’elles puissent enfin assumer pleinement leur rôle auprès d’une clientèle dont les besoins ne font que grandir. »
Rappelons qu’il y a 101 EÉSAD au Québec qui emploient environ 6 000 personnes et offrent à 79 000 client-es, dont environ 80 % ont 65 ans et plus, 5.5 millions d’heures de services annuellement. La clientèle de ces entreprises, si elle répond aux critères du programme, obtient une aide financière du PEFSAD.
Source : Communiqué du 18.02.2010
> Dossier spécial Aide domestique du Chantier de l'économie sociale



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