Enlèvement et séquestration de jeunes innocentes, prostitution et esclavage sexuel, réseaux criminels internationaux : depuis plus d’un siècle, la «traite des blanches» est considérée comme un véritable fléau. Le Comité spécial d’experts de la Société des Nations est crédité d’avoir scientifiquement prouvé l’existence de ce phénomène – les militant-es anti-traite et les historien-nes contemporains font toujours référence à son œuvre fondatrice (1924-1927).
Jean-Michel Chaumont a analysé les 20 000 pages d’archives de ce comité. Elles révèlent une réalité plus effroyable encore, mais pas celle qu’on croyait. En effet, son livre analyse les opérations intellectuelles auxquelles ces «expert-es» ont procédé pour fabriquer de toute pièce un fléau en travestissant les résultats de leur propre enquête. Il examine minutieusement comment ces «expert-es», portés par leur croisade morale, ont manipulé données, documents et chiffres pour parvenir à leurs fins : prouver l’existence de la traite de femmes étrangères et la responsabilité de la réglementation de la prostitution dans cet état de fait, et obtenir la mise en place de politiques liberticides de répression et de surveillance. Ce faisant, ils ont durablement occulté et aggravé les conditions de vie déjà très difficiles des prostituées candidates à l’émigration, aujourd’hui comme hier. Plus généralement, Jean-Michel Chaumont interroge la question - politique et scientifique - des mécanismes d’élaboration de l’expertise sociale et de la responsabilité des sociologues dans la «construction sociale de la réalité».
Source : La Découverte, mai 2009
Pages reliées :
Travailleuses du sexe et trafic, Stella, 11.03.2007
Sylvie Dupont : 4 millions de femmes et de filles achetées et vendues à des fins de prostitution chaque année?, 15.05.2006
Une légende urbaine : les 40.000 prostituées d'Europe de l'Est importées en Allemagne pour la Coupe du monde de football, 24.07.2006
Louise Toupin : Analyser autrement la "prostitution" et le "trafic des femmes", 26.09.2005
Laura Agustin : Ce que ne permet pas d'entendre le discours dominant sur les femmes "trafiquées", 13.04.2004




Sauf mon respect pour la critique de la science, ce résumé publié ici donne l'impression que la traite de personnes et l'esclavagisme sexuel international n'existent pas, or il y a des documentaires récents, vidéos de journalistes à l'appui, montrant des femmes de l'Europe de l'Est ou de la Russie captives, par la force, en Turquie par exemple. Des personnes qui ont littéralement été vendues pour de l'argent. Sans compter évidemment les enfants achetés, et autres formes de traite de personnes.
( Si vous voulez éclairer ma lanterne sur le sens de cet article ou la définition de l'expression "traite des blanches", écrivez à mon adresse courriel, merci.)
Rédigé par: Michaël Lessard | 05.06.2009 à 10:27
Personne ne nie qu'il y a de l'esclavage sexuel de filles et de femmes. Mais ce qui circule comme infos à ce sujet est aussi biaisé que dans le cas des campagnes militantes anti-avortement. Par ex, les analyses de Richard Poulin et ce que diffuse Sisyphe et la CLES à ce sujet ne sont pas valables sociologiquement. La problématique telle que définie est bourrée d'angles morts et elle amène à promouvoir des politiques qui ne peuvent pas mettre fin à la traite des femmes ni à la prostitution. Ceux et celles qui en font la promotion, en n'écoutant pas ce que disent les femmes qui ne souhaitent pas cesser cette activité, persistent à faire bien des bêtises telles que de faire des pressions pour criminaliser les clients, une solution désastreuse pour celles qui ne veulent pas cesser cette activité. Il est pourtant possible de développer des services pour celles et ceux qui souhaitent sortir du milieu de la prostitution sans léser les autres pour autant. Les regroupements de travailleuses du sexe sont aussi traités comme des ennemis aliénés plutôt que comme des alliés. À Kolkata, seul le DMSC, une association qui regroupe plus de 60,000 travailleuses du sexe et leurs enfants, lutte efficacement contre la prostitution forcée. Elles sont partout sur le terrain. Elles en trouvent, des femmes forcées de se prostituer, et elles agissent à ce sujet. L'hystérie au sujet de la traite actuelle des filles et des femmes s'est mise en place avec le travail du comité dont parle ce livre et elle semble partie pour continuer de se répandre encore longtemps.
Rédigé par: Nicole Nepton | 05.06.2009 à 16:53
Bonjour,
Merci pour la réponse. La question de la perception de la réalité et des dérapages collectifs m'intéressent; au sens critique d'une recherche d'une vision plus véridique.
Vu la gravité des crimes en question, je trouvais utile justement d'avoir quelques commentaires pour rappeler ces situations où des interventions sont nécessaires. Votre commentaire et le mien évitent que le résumé de l'article donne l'impression que la traite des personnes serait un mythe.
Du positif : l'ensemble des député.es à la Chambre des communes du Canada ont adopté l'année dernière une loi pour cesser de déporter automatiquement des étrangères prostituées, car elles sont parfois des victimes involontaires de réseaux tordus (manipulation en offrant un faux emploi, l'extorsion, menaces, etc.). Plusieurs, dans leur pays, ne pouvaient obtenir justice et les coupables de crimes graves continuaient librement.
Merci, ciao
Rédigé par: Michaël Lessard | 06.06.2009 à 13:56