Par Édith Monette de la Table régionale des organismes communautaires Famille de Lanaudière, et Henri Thibodeau de l'Association Carrefour Famille Montcalm
De nos jours, la mobilisation est présentée comme une solution novatrice aux problèmes sociaux. Pourtant, en regardant une vingtaine d'années en arrière, force est de constater qu'elle était déjà présente. Elle a d'ailleurs été à l'origine du développement des organismes communautaires. Mais actuellement, ce qui a été mis en place par certains organismes est menacé, à cause de projets dits de mobilisation.
Voici un exemple vécu dans Lanaudière, la Fondation Chagnon y étant présente depuis quelques années. L’information est connue : cette fondation privée a beaucoup d’argent et de projets en cours, dont certains liés au développement des enfants en situation de pauvreté. Cette fondation arrive dans des milieux ciblés avec l’intention de mobiliser les acteurs sociaux sur des objectifs déjà définis. Pour ce faire, elle exige des communautés qu’elles fournissent des fiduciaires aux projets, des ressources humaines, du temps, de l’énergie, des locaux, du matériel didactique et des fournitures de bureau (toutes des denrées rares pour certains acteurs…). Pour sa part, la Fondation Chagnon investit des millions pour payer du salaire à des ressources qu’elle engage et qui viendront dédoubler le travail des organismes du milieu et parfois même démobiliser les mobilisations déjà en place.
Peut-on parler de mobilisation lorsqu’une fondation privée, avec de grands moyens, met des services sur pied alors qu’ils sont souvent déjà offerts dans les communautés? Les politiques de la Fondation Chagnon sont inébranlables et l’une d’entre elles stipule qu’ils ne financent pas les organismes communautaires et les projets déjà en place dans les communautés.
Ce n’est pas négatif en soi d'investir de l’argent dans les régions du Québec pour des causes bien précises. La Fondation Chagnon est puissante et documentée, elle détient bien des moyens. Détient-elle pour autant la solution idéale? Certains processus qu’elle impose sont questionnables. En quoi est-ce positif au développement des communautés que de réinventer, en parallèle, le travail des organismes communautaires mis en place par les citoyen-nes?
La Fondation Chagnon se dit complémentaire à ce qui se fait déjà dans les communautés. Pourtant, lorsqu’on se veut complémentaire, on ne se place pas en situation de supériorité par rapport aux autres acteurs présents. Des ressources vraiment complémentaires renoncent à la première position pour travailler de manière respectueuse autour d’une préoccupation commune. Ainsi, chacune des parties joue un rôle important dans le respect de sa mission et de ses approches.
Les organismes communautaires doivent rester forts dans leurs milieux pour continuer d’offrir des services aux personnes qui en ont besoin. Cela passe par un financement adéquat permettant le développement de projets qui leur appartiennent. Les organismes communautaires ont droit à la reconnaissance sociale même s’ils n’ont pas les moyens financiers de la Fondation Lucie et André Chagnon, ni le prestige que l’on a trop tendance à y rattacher.
Pages reliées :
Observatoire Fondation Chagnon
Fonds publics/privés : quels enjeux pour les communautés?, FAFMRQ, 10.2008
Fourrer l'impôt - Abuser du système fiscal, Voir, 05.02.2004



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