Le 17 août 2008, plus d'une trentaine de personnalités médicales de divers domaines de pratique ou de la formation médicale signaient la Déclaration de Montréal, un plaidoyer pour le maintien et l'amélioration du régime public de soins de santé, accessible à tous, sans distinction de moyens, par la voie d'un financement et d'une prestation des soins essentiellement publics. "Nous déclarons que nous agirons avec toute notre force de conviction pour promouvoir des solutions publiques qui permettront d'éviter une altération irréversible des valeurs d'équité et de justice devant invariablement nous guider."
Cette déclaration est rendue publique à l'occasion de l'ouverture de l'assemblée annuelle de l'Association médicale canadienne (AMC). Elle vise à susciter l'implication de la profession médicale dans le débat sur l'impact des politiques orientées vers la privatisation des soins de santé et à les informer sur les succès à attendre des solutions publiques déjà mises en place.
"Certaines orientations récentes, dont celles de l'AMC, vers une plus grande ouverture au privé à but lucratif nous inquiètent profondément", précise le Dr Simon Turcotte, porte-parole des Médecins québécois pour le régime public (MQRP). "Un discours troublant se fait de plus en plus insistant : il faudrait rapidement s'ouvrir à l'assurance privée pour les soins déjà couverts par le régime public et augmenter la prestation privée, sous peine de voir notre système de santé péricliter. Ce discours trouve un terrain particulièrement fertile au Québec, qui pourrait devenir un champ
d'expérimentation "idéal". Largement véhiculées par le rapport Castonguay, ces positions s'appuient sur un faux diagnostic : la croissance des coûts du système de santé serait hors de contrôle."
Mauvais diagnostic
Les données sur l'état réel des finances publiques en santé sont pourtant loin d'être alarmantes. Les coûts du système sont en augmentation certes, mais pas hors de contrôle ou en explosion. En effet, les dépenses publiques en santé se sont maintenues autour de 7% du PIB depuis des décennies. La "menace" du vieillissement est aussi largement exagérée, l'expérience d'autres pays démontrant que l'introduction de soins adaptés à la population vieillissante est aisément absorbée par l'économie.
Mauvais traitement
Le traitement proposé, à savoir l'augmentation du privé en santé, prête encore davantage le flanc à la critique. Il est bien démontré que le passage du financement public au financement et à la prestation de soins privés à but lucratif n'améliore pas l'accessibilité pour l'ensemble de la population, mais seulement pour les mieux nantis, et aurait un effet négatif sur l'efficience, les coûts, la qualité des soins et surtout sur l'équité.
Meilleures solutions
"Des solutions publiques efficaces et innovatrices existent et améliorent la performance du système de santé", souligne Dr Turcotte. "On en parle encore trop peu de ces solutions qui, contrairement à la commercialisation à la pièce de certaines interventions par l'achat de service dans un marché de soins de santé, vont assurer le maintien de soins de qualité et continus, accessibles à tous. Il faut maximiser la complémentarité et la collaboration plutôt que de mettre les divers établissements et professionnels de la santé en compétition."
Les travaux conjoints de la Fédération des médecins spécialistes du Québec et du Ministère de la Santé et des Services sociaux indiquent que l'on pourrait effectuer au Québec 50 000 chirurgies de plus annuellement moyennant des changements simples, applicables et publics. "Nous interpellons le ministre Bolduc pour qu'il mette un frein aux formes de privatisation délétère pour l'avenir du système de santé et qu'il soutienne le type de solutions publiques qu'il a contribué à mettre en pratique dans sa région", ajoute le Dr Turcotte.
Expliquant les raisons qui ont motivé son appui à la déclaration de Montréal, le Dr Georges Lévesque, urgentologue et animateur de télévision bien connu, a ajouté : "L'aune auquel on mesure le degré d'avancement d'une société, c'est entre autres la façon dont elle s'occupe des plus faibles. Or, le système de santé, c'est bien le premier endroit où l'on devrait appliquer ce principe." Il en veut à un discours qui ne semble pas offrir d'alternative à une ouverture plus grande à l'assurance privée et à un accroissement de la prestation privée des soins.
"Les médecins doivent jouer un rôle de premier plan pour améliorer l'accès aux soins de santé," conclut Dr Danielle Martin, présidente fondatrice de Canadian Doctors for Medicare, en appui à la Déclaration de Montréal. "Nous voulons envoyer un message clair aux dirigeants de l'AMC : leurs membres souhaitent que les défis auxquels le système de santé est confronté soient relevés de telle sorte que les solutions bénéficient à l'ensemble des patients, non pas seulement à ceux qui pourraient payer de leur poche ou se doter d'une assurance privée".
MQRP, partenaire de Canadians Doctors for Medicare, est un regroupement de médecins de diverses régions du Québec, généralistes et spécialistes, universitaires, constitué en 2005 sous le nom de Médecins pour l'accès à la santé, suite au jugement Chaoulli de la Cour suprême. La démarche du groupe se fonde sur les réalités de la pratique quotidienne de la médecine, l'analyse de données de la littérature scientifique et de l'économie des systèmes de santé ainsi que sur le dialogue interdisciplinaire.
Source : communiqué du 17.08.2008
Pages reliées :
Les omnipraticiens passent de plus en plus au privé, Jacinthe Tremblay, 29.08.2008
La santé n'est pas une marchandise, Jimmy St-Gelais, 21.08.2008
Vidéos : La lutte contre la privatisation du sytème de santé ou le combat du recommencement!, 25.03.2008



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