Décriminalisation du travail du sexe en Nouvelle-Zélande : un bilan critique ne démontre aucune preuve des nuisances sociales prédites
Les adversaires de la décriminalisation du travail du sexe ont salué l’examen des cinq premières années de la décriminalisation du travail du sexe en Nouvelle-Zélande, publié le 23 mai 2008, comme une confirmation de leur position, à savoir que la Loi sur la réforme de la prostitution aurait été un échec dans ses objectifs. Selon les abolitionnistes, ce rapport prouverait que le travail du sexe doit être éradiqué parce que la décriminalisation aurait peu d’impact sur les violences exercées sur les travailleuses du sexe. Ceci n’est pas des plus ingénieux, mais risque bien d’être quelque chose que nous allons continuer à entendre. (Comme ici par exemple où on rapporte qu'un "rapport récent de commission d’enquête sur les effets d’une décriminalisation instituée en NZ en juin 2003 révèle que des femmes travaillant en bordels sont parfois forcées de pratiquer des actes sexuels contre leur gré, et que la prostitution de rue n’a pas baissé du fait de reconnaître des «bordels légaux». Les mineur-es sont plus susceptibles de se retrouver dans la prostitution de rue. Dans les bordels où les femmes étaient maltraitées par les proxénètes, ces conditions ne se sont pas améliorées du fait de la légalisation.)
L’argument, qui est par exemple utilisé dans la contestation judiciaire en cours au Canada, est que la violence est inhérente au travail du sexe et n’a rien à faire avec son statut légal. Il est plus probable que la violence soit le produit de la stigmatisation sociale renforcée par la criminalisation. Katrina Pacey, Sylvia Law et d’autres ont argumenté que la décriminalisation est nécessaire mais non suffisante pour protéger la santé mentale et physique de même que les droits humains des travailleuses et travailleurs du sexe. En effet, des siècles de marginalisation et la présence de sous-groupes très vulnérables socialement au sein du secteur du travail du sexe ont peu de chances de s’inverser du jour au lendemain. Paradoxalement, ce sont les abolitionnistes qui cherchent à "sauver" les travailleuses du sexe qui renforcent les préjugés et le stigmate au travers de leur panique morale, une position que les médias relaient sans la critiquer.
On peut faire valoir qu’il a fallu au moins plus de 20 ans après la décriminalisation de l’homosexualité pour qu’il y ait des changements appréciables au niveau de la discrimination et des préjugés, et qu'il a fallu une législation active en faveur des droits humains des personnes homosexuelles.
Sur un aspect plus positif, aucun des malheurs que les croisé-es de la morale avaient prédits n’ont eu lieu. Il n’y a aucune preuve d’expansion du secteur ou d’une augmentation du travail des mineur-es, de la traite, du crime organisé, de l’exploitation ou de l’usage de drogues. En général, les travailleuses et travailleurs du sexe se sentent désormais plus autonomes et peuvent rapporter plus facilement les abus.
Il y a cependant eu peu de changement dans les conditions de travail, qui exigeront une meilleure surveillance et des moyens sécurisés pour que les travailleuses et travailleurs du sexe expriment leurs griefs. En imposant des zones (où le travail du sexe est permis), le rôle du gouvernement reste problématique en relation avec la promotion de la santé et de la sécurité. Le travail de rue continuera d’avoir ses problèmes spécifiques, et pour celles et ceux qui travaillent pour survivre, des facteurs sociaux et culturels joueront un rôle plus important pour influencer leur qualité de vie que des considérations légales. Cela inclut les problèmes spécifiques des personnes usagères de drogues. À la fois l’usage de drogues et les conditions de la rue sont cependant modifiables par des interventions de réduction des risques ainsi que des sites d’injections propres et des "Safe Houses", comme en Nouvelle-Galles du Sud ou à Vancouver. De plus amples recherches seront aussi nécessaires sur des sujets tels que la violence, les prédéterminismes sociaux et économiques, en particulier pour les groupes à haut risque, et sur les conditions de travail.
La décriminalisation du travail du sexe en Nouvelle-Zélande est une expérimentation sociale courageuse, et le rapport de même que la recherche empirique entreprise pour documenter ce bilan (voir les documents ci-dessous) sont un modèle que beaucoup de pays pourraient et devraient imiter. Ce rapport sera un élément clé dans les débats mondiaux sur les politiques publiques autour du travail du sexe pour de nombreuses années à venir.
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Traduction par Thierry Schaffauser du groupe Les Putes d'un article de Michael Goodyear publié dans Sex In the Public Square le 25 mai 2008.
Pages reliées :
Policing prostitution - The oldest conundrum, The Economist, 30.10.2008
New Zealand Decrim: Act helps health and safety of sex workers, report says, 23.05.2008
Crime and Justice Research Centre, 10.2007 : Central Government Aims and Local Government Responses: The Prostitution Reform Act 2003 - Key Informant Interviews. Review of the Prostitution Reform Act 2003 - International Approaches to Decriminalising or Legalising Prostitution - Exiting Prostitution: Models of Best Practice
Sex Work in New Zealand





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