
Photo du Camp des 4 Sans : Michael Lessard
La priorité de Samuel de Champlain à son arrivée à Québec était «de construire un grand logement pour mettre tout son monde à l’abri». 400 ans après la construction de cette «Abitation», le problème du logement demeure entier à Québec comme dans le reste de la province. Le logement est pourtant un droit fondamental à «un lieu où l’on puisse vivre en sécurité dans la paix et dans la dignité», comme le dit l’ONU.
Au Québec, ce droit continue d’être nié à des centaines de milliers de personnes et de familles. Beaucoup d’entre elles sont sans domicile fixe, sans l’assurance d’un toit stable et sécuritaire, dont un nombre croissant de femmes et de jeunes. D’autres, en bien plus grand nombre, engloutissent 30%, 50%, voire 80% de leur revenu pour se loger et se demandent mois après mois ce qu’elles doivent prioriser : payer le loyer ou manger? Plusieurs vivent dans des appartements trop petits, de piètre qualité, dangereux pour leur santé et leur sécurité.
Les logements libres se font rares, de sorte que la location d’un appartement est une course à obstacles, surtout pour les ménages les plus susceptibles de vivre de la discrimination comme les familles avec enfants, les personnes assistées sociales ou les membres d’une minorité visible.
Derrière les chiffres, les drames humains
• Lors du recensement de 2006, 448 840 ménages locataires consacraient plus que 30% de leur revenu au loyer au Québec, dont 203 085 qui y engloutissaient plus de 50%.
• Partout au Québec, les logements à louer sont rares. À Québec, le taux d’appartements inoccupés, qui devrait normalement être de 3%, n’est que de 1,2%. Il chute à 0,9% dans les logements pour familles.
• Au Québec, le loyer moyen a augmenté de près de 25% entre 2000 et 2007. À Québec, un logement de deux chambres à coucher se loue 641$ par mois contre 518$ en 2000.
• De plus en plus de ménages n’arrivent carrément plus à payer le loyer. L’an dernier, 45 706 causes de non-paiement de loyer pouvant entraîner l’éviction des locataires ont été présentées à la Régie du logement. C’est 6 000 de plus qu’en 2000.
• Dans les communautés autochtones du Québec, les conditions d’habitation s’apparentent à celles du tiers-monde : un logement sur trois est surpeuplé, un sur cinq nécessite des rénovations majeures et un sur dix est aux prises avec des problèmes sérieux de moisissures.
Que font les gouvernements?
En mai 2006, un comité de l’ONU a demandé au Canada et aux provinces de «considérer la lutte contre le phénomène des sans-abri et l’insuffisance de logements comme une situation d’urgence nationale». Cette demande pressante a été réitérée à l’automne 2007 par le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit au logement, au terme d’une mission d’observation au Canada.
Pourtant, le gouvernement fédéral de Stephen Harper continue de s’en laver les mains. Il n’a pas trouvé un sou additionnel à mettre dans le logement social, depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2006, alors qu’il a engrangé des surplus budgétaires d’au moins 37 milliards $. Il a aussi augmenté le budget annuel du Ministère de la Défense nationale de 37% pour lui permettre d’atteindre le niveau record de 18 milliards $ en 2008-2009.
Le gouvernement québécois de Jean Charest, lui, continue d’investir année après année dans le logement social, mais à un rythme nettement insuffisant. Pour le moment, l’horizon du logement social se résume aux 2 000 nouvelles unités annoncées dans le budget du 13 mars 2008. C’est bien peu par rapport aux besoins.

Photo du Camp des 4 Sans : Michael Lessard
Un objectif : doubler le nombre de logements sociaux
La réalité actuelle le prouve : le marché privé de l’habitation est incapable de respecter le droit au logement pour toutes et tous. C’est pourquoi le logement social est si important.
C’est quoi du logement social? C’est du logement qui n’appartient à aucun intérêt privé et sur lequel personne ne peut faire de profit. Il en existe trois formes.
• Les HLM sont des logements publics s’adressant entièrement à des ménages à faible revenu. Aucun logement de ce type n’a été réalisé depuis 1994, alors que 42 000 ménages moisissent pourtant sur des listes d’attente à travers le Québec.
• Les coopératives d’habitation où les locataires gèrent collectivement leur propre habitat.
• Les logements gérés par des organismes à but non lucratif (OBNL) où des bénévoles s’impliquent dans l’amélioration des conditions de logement de leur milieu.
Au Québec, tous ces logements ne représentent au total que 10% de tous les logements locatifs. C’est très loin de la réalité vécue dans les pays européens où ils comptent pour 50% et parfois même 60% des logements en location.
La part du logement social doit être sérieusement augmentée. C’est pourquoi le FRAPRU réclame que le Québec se donne un grand objectif : celui de doubler dans un délai raisonnable le nombre de logements sociaux qui est présentement de 120 000. Un tel objectif implique un accroissement majeur des investissements des gouvernements tant fédéral que québécois. Il aurait cependant des retombées encore plus significatives tant aux plans social qu’économique.
> Lancement du Camp des 4 Sans : photos & vidéos, Michael Lessard, 26.08.2008
> Photos et vidéos du 2e jour et de la manifestation, Michael Lessard, Samedi, 28.06.2008
Source : dépliant du FRAPRU, 06.2008
Page reliée : Un camp de mal-logés et de sans-abri au milieu des Fêtes du 400e anniversaire de Québec, 26.08.2008



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