Cambodge : Sauvez-nous des sauveurs!
Depuis six mois, elles endurent les pires sévices sexuels et physiques des mains d’une police zélée dans l’application de la nouvelle loi anti-trafic, mais maintenant les travailleuses du sexe cambodgiennes se défendent. Plus de 500 travailleuses du sexe se sont rassemblées le 4 juin pour protester contre l’escalade de violents raids policiers dans les bordels et la criminalisation du travail du sexe par le nouveau "modèle" de législation anti-trafic soutenu par les États-Unis.
Cette journée d’action organisée par le Women's Network for Unity (WNU) de Phnom Penh appelait à l’abrogation de la nouvelle loi anti-trafic adopté en février 2008 qui confond la prostitution avec le trafic et dont l’appréciation est si large que le simple fait de détenir des préservatifs peut justifier votre arrestation.
Chantant "sauvez-nous des sauveurs" et portant des pancartes disant "les préservatifs protègent, la police menace", des centaines de travailleuses du sexe portant des t-shirts rouges demandent que leurs droits humains soient respectés et assurés. Elles n’ont pas besoin d’être sauvées de leur travail dans les bordels, mais de la lubricité et de l’avarice des agents de police si.
"Pendant les raids sur les bordels, la police a battu les travailleuses du sexe avec des bâtons, des pierres ou des armes et a pris leur argent et leurs bijoux", a déclaré Pheng Phally, une travailleuse du sexe leader du WNU. "Si des travailleuses du sexe leur plaisent, les policiers les violent collectivement avant de les envoyer au centre de réhabilitation où il n’y a pas assez de nourriture et où l'hygiène est très pauvre."
Des vidéos prouvant les abus des travailleuses du sexe par les tenants officiels de la loi cambodgienne ont été présentées durant l’événement, qui se tenait la journée précédant la déclaration annuelle du ministre de l’Intérieur, Sar Kheng, au Département d’État étatsunien sur les efforts entrepris contre le trafic d’êtres humains dans le royaume.
Phally du WNU a expliqué qu’après le passage de la nouvelle loi anti-trafic, la police a exercé des raids contre les bordels, a commencé à cibler les travailleuses du sexe de rue et a fait fermer les bars karaoké. Non seulement le nouveau climat de peur et de répression rend presque impossible pour les dizaines de milliers de femmes travaillant dans l’industrie du sexe de gagner assez d’argent pour vivre, mais elles sont "battues et traitées comme des animaux pendant les raids".
"Nous nous sommes rassemblées aujourd’hui pour demander au gouvernement d’abroger la loi et d’arrêter les raids violents contre nous. Nous avons aussi des droits et nous avons besoin d’être autorisées à gagner notre argent pour nous-mêmes et nos familles. Le travail du sexe est un travail", a déclaré Phally.
Le 13 mai, le chef de la police anti-trafic du Cambodge, Bith Kim Hong, niait les rapports des groupes tels que le WNU dénonçant le fait qu'un grand nombre de prostituées ont été ramassées pour racolage depuis la nouvelle loi, dans le seul but de les dépouiller de leurs biens et de leur argent à leur sortie de prison, et qu’elles présentaient des signes de sévices physiques et sexuels. "Ce n’est pas vrai que la police utilise cette loi pour arrêter et extorquer de l’argent des suspectes. Jamais nous n’arrêtons les prostituées, nous les sauvons plutôt des bordels", a-t-il déclaré également au Phnom Penh Post.
La loi du Cambodge sur la suppression du trafic d’être humains et de l’exploitation sexuelle est basée sur le modèle étatsunien de législation anti-trafic qui cherche a éliminer le trafic d’êtres humains en criminalisant l’industrie du sexe dans son ensemble. Les militantes affirment qu’elle a été votée dans une tentative imprudente d’atteindre les standards contre le trafic imposés par le Département d’État étatsunien, et pointent que d’autres agences étatsuniennes - telles que USAID- s’opposent à cette loi.
Traduction par Thierry Schaffauser du groupe Les Putes de Sex workers rally against new anti-trafficking law publié le 4 juin 2008 par le Phnom Penh Post.
> Video: Caught between the tiger and the crocodile..., Asia Pacific Network of Sex Workers, 08.2008
> APPEL À L'ACTION, Women’s Network for Unity, 04.06.2008
Pages reliées :
Crossing invisible lines, Empower
Sex workers have been forcibly detained in rehabilitation centres where they have been raped, Maxine Doogan, 14.06.2008
Travailleuses du sexe et trafic
Now it's time for..., un karaoke des Star Whores de l'Asia Pacific Network of Sex Workers
Anti-Immigrant, Anti-Woman, Anti-Sex: U.S./UN Crusade Against "Sex Trafficking", Women and Revolution, spring 2004





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