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30.03.2008

Qui fait des «accommodements raisonnables»?

Le débat sur les accommodements raisonnables au Québec est construit sur un ensemble de fausses prémisses au sujet de la relation entre la majorité (le «nous») et les minorités (le «eux») et ce que «nous» pensons être le comportement correct pour «eux». Il s’agit du mauvais débat. Les accommodements raisonnables devraient commencer avec les droits en milieu de travail. «Accommoder raisonnablement» signifie la protection des droits fondamentaux, un salaire décent, la reconnaissance rapide des compétences et l’abolition des programmes de «travailleur saisonnier» qui bafouent les droits des travailleurs. Il est nécessaire de se rappeler que le Québec-Canada a été historiquement créé et développé «grâce» à la colonisiation des Premières Nations et l’exploitation des travailleurs migrants. Ces procédés se perpétuent impunément.

Le débat public sur les «accommodements raisonnables» continue à demander comment «ils» devraient modifier leurs coutumes et traditions pour «nous» accommoder. Cette conception assume dangereusement qu’il y a quelque chose comme des valeurs communes. Nous écrivons cette lettre car nous ne croyons pas à ce faux consensus, cette tendance à tout homogénéiser sauf la nourriture, les vêtements et les coutumes. Les «accommodements culturels» aveuglent le public par rapport à la réalité de la migration et à l’avantage que retirent les classes moyenne et dirigeante du Québec de l’exploitation des travailleurs immigrants. La connection évidente entre l’immigration et le marché du travail est totalement absente du débat et nous croyons qu’elle devrait être au coeur de celui-ci.

Revoyons ensemble certaines tendances de l’immigration et du travail au Québec au cours des 30 dernières années et demandons-nous si cela constitue des «accommodements raisonnables». La plupart des nouveaux arrivants sont issus des pays du Sud (Asie, Afrique, Amérique du Sud) et ne sont pas «blancs». Ils sont le «eux», l’«autre». Ils sont souvent très qualifiés et très éduqués. Cependant, les compétences de la grande majorité d’entre eux ne sont pas reconnues et incidemment ils doivent accepter des emplois que «nous» rejetons. Ils font le travail que personne ne veut faire et restent cachés : ils s’occupent des enfants, des aîné-es et du ménage ce qui «nous» permet de fonctionner. Dans ces emplois, il n’y a pas de sécurité. Les normes minimales du travail existent en principe, mais dans les faits, elles ne sont pas respectées. Il y a très peu d’inspecteurs et dans les cas où il y a abus ou violation de ces normes, il incombe au travailleur lui-même de contester son traitement et son patron. Pour des immigrant-es qui doivent supporter leur famille et souvent envoyer de l’argent à l’étranger, s’en prendre à un patron peu scrupuleux est un très grand risque. S’attaquer à un patron demande énormément de courage et les réparations sont souvent insuffisantes en regard des dangers. Vous pourriez dire que le fait d’accepter au Québec-Canada un bassin d’employé-es qualifiés prêts à travailler dans n’importe quelles conditions et à n’importe quel prix constitue un exemple d’«accommodements raisonnables» de «nous» envers «eux». Malheureusement, il y a peu d’information qui nous porte à croire que «leur» niveau de vie est meilleur ici.

Plusieurs Québécois-es et Canadien-nes ne savent pas que nous avons des programmes spéciaux d’accueil de travailleurs «temporaires» ou «saisonniers». Dans le cadre de ces programmes, un nombre important d’immigrant-es viennent travailler au Canada et sont renvoyés dans leur pays quand leur travail est terminé. Le secteur de l’agriculture est particulièrement concerné. Des travailleuses domestiques arrivent également au Canada et doivent travailler dans des maisons pendant 24 mois sur trois ans ans avant d’avoir le droit de faire une demande de résidentes. Le gouvernement fédéral a à coeur ce type de programme et entend les utiliser de plus en plus car cela permet de faire entrer beaucoup de travailleurs sans avoir à les accommoder tout en définissant clairement les conditions de leur exploitation. Ces travailleurs ne bénéficient d’aucune protection et restent le «eux» du marché du travail. La condition des sans-papiers est encore pire! Ils travaillent au noir à nettoyer la vaisselle et à faire le ménage et font face à des conditions de travail arbitraires et de beaucoup inférieures aux normes du travail. Ils ne sont évidemment pas éligibles à aucune requête légale mais ils sont tout à fait éligibles à l’exploitation....

Comme les politiques récentes des gouvernements vont dans le sens d’un désengagement de l’État et d’une baisse concordante des services sociaux, les travailleurs immigrants sont une excellente façon de combler les trous ouverts par les politiques néolibérales. Nous n’avons pas besoin d’autant d’infirmières si des travailleuses immigrantes (souvent entraînées comme infirmières dans leur pays) peuvent fournir des soins directement sur place à des prix ridicules «cheap labour». Nous n’avons pas besoin de monter les salaires si des immigrant-es viennent chaque année combler les trous dans le marché du travail. Les accommodements raisonnables impliquent la justice pour les travailleurs immigrants comme «précondition» à tout autre débat.

Centre des travailleurs et travailleuses immigrantEs, 11.2007

Source : Rapport «Accommode donc ça!», 03.2008

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