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07.02.2008

Ne faites pas la même erreur que la Suède!

par Isabella Lund, travailleuse du sexe en Suède

Si la prohibition n'est pas parvenue à arrêter l'alcool, pourquoi arriverait-elle à arrêter quelque chose comme ceci?Quand le ministre de l’Intérieur anglais, Vernon Coaker, visitera la Suède en janvier 2008, il va rencontrer un tas de gens qui feront de leur mieux pour exporter vers l’Angleterre la loi suédoise contre l’achat de services sexuels. Malheureusement, ils seront malhonnêtes et essaieront de le convaincre par des mensonges et de la propagande, ce qui me rendra une fois de plus honteuse d’être suédoise.

La motivation originelle des lois contre la prostitution en Suède n’était pas d’être une mesure contre le "trafic", mais avec le temps, c’en est devenu l’argument. Ceci parce que les idées féministes radicales sur lesquelles la loi est basée ont souvent été questionnées, ce qui a mené à ce que la question du "trafic" soit toujours plus associée à cette loi afin de mieux la défendre. Comme tout le monde est contre le "trafic", en plaçant le débat à ce niveau, cela aide à réfuter toute critique.

Traduction de la légende de la photo : Si la prohibition n'est pas parvenue à arrêter l'alcool, pourquoi arriverait-elle à arrêter quelque chose comme ceci?

Dans le dernier rapport officiel sur le trafic d’êtres humains en vue d’achat sexuel du Département national d’investigation criminelle de la Suède, publié en décembre 2007, la police ne veut pas estimer le nombre de victimes de "trafic" en Suède. Et dans un nouveau rapport du Bureau national suédois sur la Santé et le Bien-Être, publié également en décembre 2007, on peut lire que les connaissances sur la prostitution sont très, très faibles au sein de la police et des autres autorités suédoises. La police et les travailleurs sociaux ne savent pas combien il y a de travailleuSEs du sexe en Suède. Ils ne savent pas qui ni où ils sont. Et c’est tellement naturel, les travailleuSEs du sexe évitant d’avoir des contacts avec ces personnes en qui nous nous n’avons aucune confiance.

Les autorités suédoises croient que le travail du sexe va s’arrêter si on le rend plein de honte, illégal et aussi inhospitalier que possible. À cause de ces lois et des politiques autour de la prostitution en Suède, il n’y aucune confiance parmi les travailleuSEs du sexe envers la police, les travailleurs sociaux et les autres autorités. Le besoin qu’auraient les travailleuSEs du sexe d’une sécurité et d’une légalité sociale n’est même jamais mentionné dans les débats sur la prostitution en Suède.

Malgré ces faits, des détectives, travailleurs sociaux, procureurs et politiciens expriment très souvent ce qu’ils croient être des faits, même s’ils n’ont aucune preuve qui soutienne ce qu’ils prétendent. On pourrait par exemple trouver quelques-uns de ces mensonges et croyances dans l’article du Guardian du 5 janvier 2008 intitulé How making the customers the criminals cut street prostitution ou encore en écoutant ce reportage de Rachel Williams sur le Red Light de Stockholm.

Si les faits évoqués par la police et les procureurs dans cet article et ce reportage étaient vrais, ce serait une forte preuve que nos lois en Suède sont une grande, grande catastrophe dans le combat contre le "trafic" d’être humains.

Si ces énoncés sont vrais, nous avons dix fois plus de victimes de trafic en Suède que ce que la police de notre pays voisin le Danemark estime avoir chez eux. Mais au Danemark la prostitution est légale.

Si ceci est vrai, nous avons autant de victimes de "trafic "en Suède que ce qu’on a trouvé dans l’ensemble des États-Unis durant les sept dernières années! Est-ce que cela peut être la vérité? Pourquoi tous ces mensonges?

Cette question du "trafic" est maintenant populaire parmi les politiciens, c’est également un bon tremplin pour une carrière politique. Les politiciens aiment être perçus comme fermement opposés au "trafic". De plus, il est facile de soutenir la criminalisation des clients. Car en Suède il n’existe qu’une seule opinion politique correcte chez les politiciens, la police et les travailleurs sociaux : la loi contre l’achat de services sexuels est bonne, elle aide les travailleuSEs du sexe et est efficace contre le "trafic" humain. Cette image basée sur ce que certaines personnes croient et non sur leur connaissance de faits réels est maintenant en train d’être exportée vers d’autres pays par des mensonges et de la propagande.

En Suède, les travailleuSEs du sexe militent pour la décriminalisation et pour de meilleures conditions, parce que les profiteurs de la clandestinité et les proxénètes fleurissent et que nous préférerions les éviter.

Il est nuisible pour les travailleuSEs du sexe d’être sujets à de cruelles oppressions telles que la discrimination, la violence et la stigmatisation sociale. Les travailleuSEs du sexe sont discriminéEs, mais les préjudices et stéréotypes sont préservés. Le stigmate de putain, la honte sociale entourant le travail du sexe, est très, très fort ici en Suède, plus fort que ce que j’ai rencontré dans les autres pays.

Par exemple, je voudrais parler d’un débat organisé au sein de notre parlement le 23 octobre 2007. C’était un débat sur la résolution prise par le Conseil de l’Europe début octobre – Prostitution which stance to take? Lors de ce débat, notre ministre de la Justice, Beatrice Ask a déclaré (anförande 123) que le problème avec cette résolution est que l'une de ces clauses déclare que le Conseil de l’Europe établit que les États membres devraient respecter le libre-choix des personnes de travailler en tant que travailleuSEs du sexe et qu’ils devraient écouter les travailleuSEs du sexe sur les questions les concernant. Elle pense qu’il ne le faut pas! La ministre suédoise de la Justice déclare ouvertement au sein de notre parlement que le gouvernement en Suède ne devrait pas écouter les travailleuSEs du sexe sur les questions les concernant!!!

J’espère sincèrement que les connaissances, les faits, le sens commun et pragmatique et une politique humaine puissent triompher sur l’ignorance, le préjudice, le racisme, l’hystérie morale et les ambitions carriéristes des politiciens.

Les pays qui veulent adopter les lois suédoises sur la prostitution peuvent prévoir que les vols, les maladies et les viols vont augmenter, qu'une telle loi va apporter davantage de discrimination envers les travailleuSEs du sexe qui seront aussi plus effrayés de venir vers la police quand ils ont besoin d’aide. La communication entre les travailleuSEs du sexe et les autorités ira en empirant, la collaboration va s’évanouir et le "trafic" sexuel n'en sera que plus difficile à détecter.

Nous avons déjà vu cela arriver en Suède. Ne faites pas la même erreur!

Isabella Lund, travailleuse du sexe en Suède, 07.01.2008. Traduction : Thierry Schaffauser.


Plus…
Un rapport très utile pour s'informer sur la Suède et sur nos lois est le rapport norvégien de 2004. Sur mon blogue, on peut lire en anglais Lies about sexwork in Sweden/Les mensonges sur le travail du sexe en Suède et How abolitionists spend their time!!!

Ps…
A ceux qui disent que les hommes achètent nos corps, qu’ils sont coupables de préserver une vision inégalitaire des femmes et que nous sommes objectivées comme des marchandises, nos protestations qui prétendent à une opinion différente sont ignorées ou présentées comme une exception. Nos clients ne nous oppriment pas, mais nous sommes oppriméEs par votre point de vue! Comment pourrons-nous atteindre l’égalité si de tels préjugés et stéréotypes sont permis et persistent? Il est anti-féministe de dire que les hommes devraient être responsables de ma décision à moi en tant que femme et travailleuse du sexe. Pourquoi les hommes devraient-ils être responsables de mon choix de travailler avec mon sexe, parce que je suis une femme qui aime le sexe?

Pss…
Au printemps 2007, les journaux suédois Aftonbladet et Expressen ont publié un sondage d’opinion des lecteurs qui montre que le soutien en faveur de la loi en Suède est seulement de 36%. La plupart des Suédois veulent décriminaliser la prostitution.

Pages reliées :
Policing prostitution - The oldest conundrum, The Economist, 30.10.2008
Sweden has not made it safer for women, Sex Workers and Allies in Sweden
Angleterre : La pénalisation des clients en question, 29.02.2008
Analyser autrement la "prostitution" et le "trafic des femmes", 26.09.2005

Commentaires

Entendons-nous. Depuis 1789 (révolution francaise), dans un pays de droit "tout ce que la loi n'interdit pas est permis". Ainsi il en fut de l'avortement en France ou la loi dite Weil supprima d'abord cette interdiction pour ensuite la réglementer (conditions ages limites). Ainsi en Allemagne pour la prostitution. En France ou nous avons une loi "Marthe Richard" qui a interdit les "maisons" mais pas la prostitution, on a livré les filles à la rue et aujourd'hui aux bosquets, donc plus aux "protecteurs", la pratique devenant de plus en plus dangereuse : Loi Sarkozy sur "le raccolage passif"! On punit l"intention de commettre un délit qui n'en est pas un! Le droit est bafoué et nul politique ne pipe mot! Il suffirait d'abroger la loi M Richard et au besoin, de réglementer. En Espagne, pas de loi ni de réglementation; l'opposition des ligues féministes qui, sous couvert de ne pas reconnaitre un travail, permet aux "clubs" espagnols d'avoir les horaires les plus abusifs souvent de 17H à 5H du matin! Et pas de débat, alors que les ligues avancent des chiffres fantaisistes sans sources. "90 % des filles seraient en situation irrégulière" alors que les contrôles de police fréquents pour les papiers en trouvent rarement, surtout depuis l'entrée de certains pays de l'est dans la CEE. Les directeurs de "clubs" refusent des filles par trop plein et la sanction est de mettre dehors la pensionnaire, donc coup dur pour le "trafic". La majorité des filles savent très bien ce qu'elles viennent faire en Espagne. Le reste est du roman misérabiliste. Bien sur la motivation essentielle est économique. Des gains mensuels X par 60 par rapport a un hypothétique travail pénible au pays! S'il y a des proxénètes en Roumanie, ce sont surtout les familles qui vivent de cette activité. Il n'y a qu'à voir les transferts d'argent par W Union, mais personne ne veut étudier le problème et on fait l'autruche!

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