Les différentes représentations médiatiques du VIH/SIDA depuis 25 ans
Dans une entrevue réalisée pour l'émission Macadam Tribus, Maria Nengeh Mensah, professeure à l’École de travail social de l’UQAM, présente une analyse comparative de la visibilité des femmes et des hommes infectés dans le discours des médias sur le VIH/sida au Québec. Le groupe de recherche du Projet viHsibilité a analysé le contenu de la presse écrite sur tous les articles traitant du VIH/sida dans quatre quotidiens francophones du Québec : La Presse, Le Devoir, Le Soleil et Le Droit. Le groupe a analysé plus de 15,000 articles publiés entre 1982 et 2004, regroupés en trois périodes : les débuts (les années 1980), la banalisation (les années 1990) et l’internationalisation (les années 2000).
Les chercheur-es ont concentré leur attention sur les années 1990 et 2000. Selon Maria Nengeh Mensah, c’est à partir de ce moment que les stéréotypes sur les personnes infectées ont été les plus forts. Les années 1990 sont également l’époque de la banalisation de la maladie. Trois grands événements vont stimuler la publication d’articles sur ce sujet :
• la sortie du film Philadelphia en 1993, où un homme atteint du sida poursuit son ancien employeur, un cabinet d’avocat conservateur, pour l’avoir renvoyé à cause de sa maladie; le film remporte un oscar
• l'une des crises du Rwanda, où la couverture médiatique portait surtout sur la progression de la maladie durant le conflit
• en octobre 1993, s’ouvre la Commission d’enquête sur l’approvisionnement en sang au Canada, dirigée par le juge Horace Krever. La Commission met en lumière certaines lacunes de la Croix-Rouge canadienne.
En 1996, le sida passe au rang de maladie chronique, avec la commercialisation de la trithérapie, ce qui contribue d’autant à la banalisation de la maladie. Au cours des années 2000, les médias vont aborder l’épidémie en parlant de sa propagation dans le monde, principalement en Afrique. Ils parlent un peu moins des personnes infectées au Québec, sauf pour l’année 2004.
Quelques résultats préliminaires
Jusqu’à présent, les données contredisent l’impression selon laquelle on parle de moins en moins du sida dans les médias. Quantitativement, on en parle toujours autant, mais la façon de le faire a changé. Par exemple, il y a eu la féminisation de l’épidémie. À partir des années 1990, on commence à parler davantage des femmes atteintes par la maladie. On va employer un discours différent de celui sur la déviance qui était utilisé pour parler des hommes homosexuels; on parle alors de victimes, souvent innocentes. Les médias continuent d’associer généralement les hommes séropositifs à la criminalité et à la déviance.
Depuis le début de la recherche, les groupes communautaires et professionnels qui ont un lien avec le sida ont beaucoup été consultés. Maria Nengeh Mensah souhaite qu'ils puissent utiliser les résultats de sa recherche pour mieux savoir quelle est la relation des médias avec le VIH/sida et ainsi avoir des stratégies de communication plus efficaces.
Source : Macadam Tribus, 11.01.2008




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