Appels à l'action

« Lettre à Sam Hamad - Merci, M. le ministre! | Accueil | À la messe avec les Zapartistes »

31.12.2007

Un défilé de solidarité pour le port du voile

par Roksana Bahramitash, directrice à la recherche à la Chaire de recherche du Canada en islam, pluralisme et globalisation.

Lors d'un dîner informel précédant un congrès organisé par des universitaires féministes à l'université Wilfrid-Laurier, les participants ont exprimé à l'unanimité leur frustration devant l'obsession actuelle autour du port du voile islamique et l'islamophobie grandissante. Dans le cadre d'un éventuel projet de protestation, nous avons décidé de réfléchir à la possibilité d'organiser un jour de solidarité pour le port du voile islamique lors de la Journée internationale des femmes en 2008. Pour moi, une musulmane au Québec, ce projet revêt une signification particulière. Cependant, une telle initiative n'est pas une idée nouvelle.

Des protestations similaires ont eu lieu avant l'éclatement de la guerre en Afghanistan et il y a eu un défilé de solidarité au port du voile en opposition à la «guerre contre le terrorisme». Ce qui m'inquiète énormément, compte tenu des débats soulevés pendant les auditions de la Commission Bouchard-Taylor, c'est la position prise par le Conseil du statut de la femme (CSF).

Ce dernier souhaiterait qu'on interdise aux agents de l'État de porter des «symboles religieux» dans les institutions publiques. [...] Cette manière de vouloir défendre les droits des femmes se fonde sur l'hypothèse que les musulmanes du Québec seraient obligées de porter le voile, une idée carrément fausse infirmée par mes propres recherches parmi les musulmanes de Montréal. Elle sous-entend par là que les musulmanes ne posséderaient ni la capacité ni l'habilité à décider par et pour elles-mêmes ce qui leur convient; ainsi elles auraient besoin des femmes québécoises pour défendre leurs propres droits.

L'approche du CSF peut être interprétée comme une tentative par les Québécoises d'imposer une tutelle aux musulmanes, ces dernières étant incapables de défendre leurs propres droits ou de prendre des décisions correctes. Quelle ironie! Nous trouvons-nous dans la même situation où, jadis, les féministes s'opposaient au fait que les décisions concernant les femmes étaient prises par les hommes?

Les recommandations du CSF à la Commission Bouchard-Taylor ainsi que le débat sur les accommodements raisonnables sont source de consternation, voire de colère parmi les musulmanes au Québec. Je me suis attardée à observer attentivement les réactions des musulmanes voilées aux discussions de la Commission ainsi qu'aux recommandations du CSF.

Ma propre recherche auprès des musulmanes montre que dès le début des consultations publiques lancées par la Commission, et la couverture médiatique qui s'en est suivie, on a pu constater un accroissement du sentiment anti-musulman au sein de la communauté montréalaise. Dans un groupe témoin réuni pour discuter des enjeux quotidiens des musulmanes, une des participantes a dit : «Je ne me sens pas en sécurité dans les transports en commun pendant la nuit». Elle est musulmane, noire, et elle est voilée, ce qui est devenu un problème pour elle quand elle quitte son bureau.

Quelques autres membres du groupe ont déclaré qu'elles rencontraient un endurcissement des attitudes chez les femmes québécoises, et chez les employeurs qui doivent gérer les candidatures des femmes musulmanes.

Quoique les musulmanes soient parmi celles dont le niveau d'éducation est le plus élevé au Canada et au Québec, elles ont un niveau d'emploi parmi les plus bas. On constate un niveau croissant d'agressions verbales et physiques contre les musulmanes. Les efforts du CSF auraient été plus utiles aux femmes musulmanes s'il s'était penché sur les enjeux de racisme en cherchant des solutions pour résoudre le chômage très élevé qui frappe les musulmanes. Ce serait dans l'intérêt de la société québécoise de cheminer au-delà des questions qui ne suscitent que des tensions sociales, pour se concentrer sur des enjeux importants comme la pauvreté et le chômage parmi les femmes minoritaires.

Les origines du mouvement féministe en Amérique du Nord remontent aux grands défilés contre la guerre du Vietnam et au mouvement pour les droits civils des années 1960 et 1970. Le Conseil du statut de la femme a décidé de ne pas se mobiliser contre la militarisation grandissante qui découle de la présence canadienne en Afghanistan. Il a choisi plutôt d'alimenter les efforts de ceux qui suscitent des sentiments islamophobes au Québec. Ses efforts pour empêcher les femmes d'exercer leur liberté de choix par rapport à leurs vêtements nous incitent à nous engager dans un défilé de solidarité sur le thème du port du voile à l'occasion de la Journée internationale des femmes en 2008.

Pages reliées :
Musulmanes et féministes, Stéphane Baillargeon, 11.12.2007
Des musulmanes critiquent le Conseil du statut de la femme, Laura-Julie Perreault, 30.11.2007
Les «accommodements raisonnables» : une réponse féministe, Institut Simone de Beauvoir, 30.11.2007
Une coalition musulmane se ligue contre l'intolérance, Laura-Julie Perreault, 23.11.2007
La liberté de se voiler, Julie Roqaya Vézina, 30.10.2007
Conseil du statut de la femme - Le port du voile, d'hier à aujourd'hui, Christiane Pelchat, 10.10.2007
Son voile qui volait au vent, Émilie Joly-Couture, 18.09.2007
Des féministes colonialistes, 22.02.2007

Commentaires

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce weblog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier

Outil de recherche


  • Google

    google.ca
    cybersolidaires.typepad.com

Your email address:


Powered by FeedBlitz

Agenda