Considérant que...
Un film de Dominique Roberjot et Christine Della-maggiora, produit par LATITUDE 21 en 2007. Durée: 82 minutes.
Ce documentaire est le fruit d’une rencontre et d’un cri d’alarme qui nous ont profondément touchées. Il y a deux ans, nous sommes parties au Chili effectuer le repérage d’un documentaire sur le peuple mapuche. Nous avons rencontré la communauté Juan Paillalef, sa chef, Juana Calfunao, et sa famille. Nous avons passé avec eux 10 jours au sud de la rivière Bio Bio pour préparer un scénario sur le thème de la criminalisation de la lutte mapuche pour la récupération de leurs terres ancestrales. À l’époque, c'est sans succès que nous avons présenté le sujet aux chaînes de télé et nos rushs sont allés au placard. Les témoignages mapuche n’avaient pas réussi à percer la nuit des exclusions et nous n’avions pas les moyens de réaliser ce film sans aide. Nous avons voulu oublier…
Et puis en juin 2007, un coup de téléphone nous ramenaient à l’évidence… Flore, la soeur de Juana, était au bout du fil. Elle nous a expliqué que Juana et toute sa famille étaient en prison depuis plusieurs mois ainsi que la plupart des gens que nous avions rencontrés en 2005. Juana venait à son tour de tomber dans le piège de la criminalisation mapuche. "Son procès débute dans 10 jours", nous dit Flore, "il faut que vous retourniez là bas, il faut une présence d’observateurs étrangers pour assurer le bon déroulement du procès. Vous devez retourner à Temuco!"
Ce coup de téléphone a été comme un choc électrique. Pendant deux ans, comment avons-nous pu mettre au placard des témoignages dénonçant des abus des droits humains, sous prétexte que les chaînes de télé n’avaient pas de case appropriée pour leur diffusion? Quel est le véritable rôle du documentaire? S’agit-il simplement de distraire? N’a-t-il pas un rôle à jouer dans la défense des droits humains?
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits humains ont conduit à des actes de barbarie et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration des humain-es, nous avons ressorti nos images du placard. Faute de financement, une seule des réalisatrices est retournée sur le terrain filmer le jugement de Juana, aller dans les prisons faire un état des lieux des conditions d’incarcération des Mapuche et essayer de comprendre les mécanismes à l’origine de l’oppression subie par ce peuple.
Pourquoi la mobilisation mapuche déclenche-t-elle une telle répression? Ils s’attaquent aux fondements du libéralisme, à l’économie, aux entreprises forestières, touristiques, énergétiques, aux propriétaires terriens. De paysans pauvres, les Mapuches ont réussi à s’imposer comme des acteurs sociaux et politiques au Chili. Ils sont devenus le mouvement indigène le plus imposant de toute l’Amérique Latine. Peut-être est-ce cette puissance qui les rend gênants? Que revendiquent-ils de si inquiétant?
L’État chilien assimile aujourd’hui les mouvements mapuche à des mouvements terroristes. Les Mapuche, eux, parlent de terrorisme d’État. De quel terrorisme s’agit-il? Dans son pays, Juana Calfunao est considérée comme une terroriste alors qu’elle est reconnue au niveau international comme une militante de la défense des droits humains et qu’elle a été décorée de la Médaille de la résistance Chico Mendes en février 2006.
Dans une démocratie qui se cherche encore après 16 ans de dictature, quelle peut-être la réelle participation des Mapuches au processus démocratique?
Au moment de la post-production de ce documentaire, le 8 octobre 2007, Juana et sa sœur Louisa étaient en grève de la faim depuis 62 jours afin de dénoncer les irrégularités de la justice chilienne et demander la ratification de la Convention concernant les peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants. Quand le juge Guzman Tapia s'est proposé d'assurer le rôle de médiateur afin que Juana Calfunao et sa famille puissent être jugés dans des conditions réellement respectueuses des droits humains, elles ont mis faim à leur grève. Mais le procès se poursuit.
Nous aimerions que ce documentaire soit diffusé le plus largement possible afin de sensibiliser l’opinion publique aux abus des droits humains que subissent les communautés mapuche au Chili. Nous vous sollicitons pour nous aider à projeter ce film. 5% des bénéfices seront versés à la communauté Juan Paillalef pour les aider à payer les frais de justice et, si la chef Juana sortait de prison, pour soutenir son projet de créer un bureau d’avocats indépendants qui veilleraient à une défense équitable des représentant-es mapuches.
D’ordinaire, nous demandons un droit de projection publique non commerciale de 120 euros. Cependant, vu l’urgence de la situation, nous n’imposerons pas de prix fixe. Nous demandons seulement une participation solidaire. À chaque organisme de fixer le prix de ces droits en fonction de ses possibilités.
Toute institution, ONG, association, collectivité intéressée à diffuser ce documentaire peut nous joindre à latitude21prod@yahoo.com et nous faire parvenir ce petit formulaire.
> Dossier de presse
> Signez l'appel des Canadien-nes solidaires des prisonniers politiques mapuches
Pour en savoir plus :
Juana Calfunao : "Qu’y a-t-il de plus moderne que le respect des êtres humains et de la nature?", Benito Pérez, 05.09.2006
La longue résistance mapuche, Raúl Zibechi, 12.09.2007
Informations sur le peuple Mapuche du Chili




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