Les personnes soucieuses du sort des enfants abusés sont enfin soulagées. Deux publications juridiques de haut niveau ont rejeté le syndrome d’aliénation parentale, une étiquette controversée souvent employée devant les tribunaux de la famille pour discréditer les allégations de violence conjugale ou d’abus envers des enfants. Selon la théorie du syndrome d’aliénation parentale, les révélations d’enfants abusés par un des parents constitueraient la preuve d’un lavage de cerveau par l’autre parent. La solution préconisée par la théorie du syndrome d’aliénation parentale (SAP) est d’accorder immédiatement la garde au parent présumément coupable d’abus.
La nouvelle édition révisée (2006) de “Navigating Custody and Visitation Evaluations in Cases with Domestic Violence: A Judge’s Guide” publiée par le National Council of Juvenile and Family Court Judges (Coalition nationale des juges des cours de la jeunesse et de la famille) comprend une déclaration qui condamne clairement l’usage du SAP, qualifié de syndrome discrédité favorisant les abuseurs d’enfants dans l’octroi de la garde. [Consulter l’extrait en anglais.]
Au même moment, le numéro du printemps 2006 de l’American Bar Association Children’s Legal Rights Journal propose une vaste analyse de tous les cas judiciarisés impliquant des allégations d’aliénation parentale. Ce compte-rendu conclut définitivement que science, loi et politique s’opposent à l’admissibilité du syndrome d’aliénation parentale devant la justice. [Télécharger l’article en anglais.]
«Le SAP est la pire science-rebut qui soit», affirme le Dr Paul Fink, président du Leadership Council on Child Abuse and Interpersonal Violence (LCCAIV) et ex-président de l’American Psychiatric Association [consulter la notice biographique en anglais]. Selon le Dr Fink, «La science indique que la cause la plus vraisemblable pour laquelle un enfant s’éloigne d’un parent réside dans le comportement même de ce parent. Les étiquettes comme le syndrome d’aliénation parentale servent à détourner l’attention de ces comportements.»
Pour sa part, le juge Sol Gothard se réjouit de constater que la communauté juridique fait front commun avec d’autres professionnel-les en reconnaissant le tort que peut causer la théorie du SAP. Récemment retraité de la cour d’appel de la Louisiane (Louisiana's 5th Circuit Court of Appeal), le juge Gothard s’est vu confier plus de 2.000 cas d’allégations d’abus sexuels sur des enfants. Le juge Gothard déclare que : «Le syndrome d’aliénation parentale a été la cause de torts émotionnels et physiques, et même dans certains cas, de la mort d’enfants». [Lire “Nathan’s death” (La mort de Nathan); voir aussi “Parental Alienation” de Jana Bommersbach – Phoenix Magazine, mai 2006.]
La Dr Joyanna Silberg, PH.D., psychologue clinicienne et vice-présidente exécutive du Leadership Council on Child Abuse and Interpersonal Violence (LCCAIV) [consulter la notice biographique en anglais], a été témoin privilégiée des dommages émotionnels à long terme causés par le soi-disant syndrome d’aliénation parentale. «Comment faire comprendre à de jeunes enfants forcés de vivre avec un abuseur que la justice les a considérés comme des menteurs et n’a pas entendu leur cri de détresse?» La Dr Silberg a constaté qu’il peut s’écouler des années avant que ces enfants surmontent le sentiment d’avoir été trahis par un système sensé les protéger [voir d'autres témoignages d’enfants en anglais].
La Dr Silberg estime que les allégations d’aliénation parentale font partie d’une stratégie plus globale par laquelle des parents abusifs tentent de tromper les cours de justice, les procureurs, le personnel chargé d’évaluer les dossiers de garde d’enfants et les professionnel-les de la santé mentale en leur faisant croire que leurs enfants et leur ex-conjointe souffrent de problèmes de santé mentale dès que ceux-ci expriment des craintes concernant leur sécurité. Elle mentionne un cas récent, celui de Darren Mack, accusé d’avoir tué le juge responsable de son dossier de garde et d’avoir poignardé son épouse à mort. Mack a réussi à convaincre le personnel chargé d’évaluer le dossier de garde qu’il était un parent aimant, dénué de toute propension à la violence.
Stephanie Dallam, détentrice d’une maîtrise en science et chercheure au LCCAIV, a étudié le syndrome d’aliénation parentale au cours des dix dernières années [consulter la notice biographique en anglais]. Elle attribue l’invention de ce syndrome à un psychiatre controversé, Richard Gardner, qui a dépeint les relations sexuelles entre les pères et leur progéniture comme étant naturelles et normales. Dans son volumineux ouvrage publié à compte d’auteur, Gardner attribue la souffrance des enfants abusés aux «réactions exagérées» de la société envers l’abus sexuel, signale Mme Dallam. [Informations supplémentaires sur les opinions de Gardner concernant la pédophilie en anglais.]
Le Dr Paul Fink conclut : «Il y a des enfants qui souffrent quand la justice adopte un syndrome uniquement parce qu’un soi-disant expert a pondu une expression choc. De plus en plus, les tribunaux voient clair dans cette pirouette de l’esprit qu’est le SAP et refusent que la cour devienne une plateforme pour la promotion de la science‑rebut».
Le Leadership Council on Child Abuse & Interpersonal Violence est composé de sommités reconnues aux États-Unis dans les domaines de la psychologie, de la psychiatrie, de la médecine, de la justice et de la politique. Ces leaders soutiennent une approche éthique dans le champ de la psychologie et s’inscrivent en faux contre les détournements que les groupes d’intérêts peuvent faire de cette science. Les membres du conseil se consacrent à la santé, à la sécurité et au bien-être des enfants et des autres populations vulnérables.
On peut obtenir davantage d’informations sur les abus et les problématiques de garde en anglais sur le site www.leadershipcouncil.org.
Source : LCCAIV, 12.07.2006
Page reliée : Syndrôme d'aliénation parentale, Union nationale droits et devoirs de l'enfant



je trouve vos commentaires à propos du SAP très catégoriques, à savoir que vous refusez totalement cette théorie. Comme toute théorie elle a ses limites et ses approximations. Peut-être que Gardner a finalement au moins en partie raison quand on observe vos réactions.
Rédigé par : Pierre Lasvaladas | 27.07.2009 à 14:15
Mes enfants et moi même nous battons depuis 5 ans contre un homme et père violent manipulateur dont nous avons très peur ! La justice malgré des preuves ne nous a jamais entendu et à prononcé un non lieu car il dit que je manipule mes enfants ! Comment peut on manipuler des enfants sur des sujets de la sorte quand on voit leur souffrance !A cause de ses mamans ou papas qui mentent ceux qui sont sincères en patissent c'est très dur de ne pas être entendus et que le bourreau au jour d'aujourd'hui poursuit ses menaces en toute quiétude !
Rédigé par : Nathalie | 08.03.2007 à 04:06
Vous avez raison de rappeler qu'il y a des mères qui influencent négativement leurs enfants au sujet de leur père, ce qui n'empêche pas de voir le SAP pour ce qu'il est - de la science-rebut. Chaque fois qu'un enfant a des réactions négatives envers son père devant un juge, c'est de la bêtise que de conclure qu'il est forcément manipulé par sa mère. Les enfants doivent pouvoir se défendre de parents qui abusent d'eux, que ce soit leur père ou leur mère. Aux juges de faire leur job de juges, sans se laisser obscurcir le jugement par des idées pondues par un pseudo-scientifique.
Rédigé par : Nicole Nepton | 06.03.2007 à 09:48
Dans ce débat sur le syndrome d'aliénation parentale, je retrouve là l'un des enjeux qui me mettent à l'envers en tant que féministe. Cela crée chez moi de grands conflits internes. Car je suis féministe et je reconnais bien évidemment la violence faite aux femmes par des hommes abusifs, comme on parle dans cet article. Toutefois, je suis convaincue que l'aliénation parentale existe parfois, car je l'ai vécu en tant qu'enfant et j'en suis témoin maintenant en tant qu'adulte, chez la mère des enfants de mon conjoint. Peut-être que ça ne devrait pas s'appeler "syndrome", mais c'est certain qu'il y a des femmes (et des hommes) qui influencent négativement leurs enfants au sujet de l'image de l'autre parent. L'ex de mon conjoint invente des histoires abracadabrantes au sujet de mon conjoint, et elle convainc ensuite les enfants que c'est vrai ... c'est ahurissant, une forme d'abus envers les enfants. Je l'ai aussi vécu enfant, alors que ma mère nous manipulait, nous les enfants, pour nous monter contre notre père, alors que c'était elle qui abusait de nous (abus sexuels, psychologiques et physiques). Dans les deux cas, c'est clairement la femme qui est abusive, et non pas l'homme en question... Je dis ça non pas pour appuyer les dires des anti-féministes qui dénigrent les femmes, oh non, mais pour apporter le point de vue d'une féministe, qui témoigne de l'existence réelle de cette forme de manipulation - et qui sait que les deux hommes en question dans ma vie ne sont pas abusifs, au contraire, ce sont les femmes qui le sont... Tout cela m'attriste profondément, et cela me questionne au fond de moi-même en tant que féministe. Mais je sais que la vie n'est pas tout noir ni tout blanc, alors je tenais à apporter mon expérience pour nuancer le débat qu'on présente dans cet article. Merci.
Rédigé par : Anne-Sophie | 06.03.2007 à 08:32