Spécial Pirates
En 1985, Hakim Bey publiait TAZ (Temporary Autonomous Zones ou Zones Autonomes Temporaires), traduit depuis dans une douzaine de langues. Soufisme, utopies pirates, anarchisme, terrorisme poétique, Bey le prolifique a publié des dizaines d’essais. Il vit à l'abri des médias. C'est par téléphone à la dernière minute qu'il nous fixe le lieu du rendez-vous. L'entrevue se fera chez lui. Il habite une petite ville à 200 kilomètres de New York. Le 31 août 2004, des dizaines de groupes multiplient les actions éclairs et partent à l'abordage des symboles du pouvoir, comme Carlyle, fournisseur d'armement en Irak, ou Fox News, la télé à la botte des Républicains. Des TAZ vont bloquer chaque déplacement des délégué-es de la Convention républicaine.
1ère partie
La 2e partie est en ligne, mais classée comme étant du "contenu explicite", alors qu'il n'y a rien de pornographique là-dedans. La liberté d'expression dérange. On peut quand même la voir ici.
Il y a trois siècles, dans les Caraïbes et l'Océan Indien, les pirates font de leurs bases de repli des mondes où cohabitent toutes les couleurs de peau, toutes les religions, et où est abolie la propriété privée. Ces utopies pirates n'ont pas laissé d'autres traces que ces tombes siglées du Jolly Roger, la tête de mort inscrite sur les drapeaux noirs. La plus fameuse de ces communautés est Libertalia, qui aurait tenu plusieurs dizaines d'années au large de Madagascar avant d'être écrasée par la marine anglaise. Mythe ou réalité, c'est elle qui inspire les studios Disney. Les pirates, décidément, ne sont pas des gens fréquentables!
Ces communautés inventées par les pirates, nous dit Hakim Bey, n'étaient pas faites pour durer. Un siècle avant la Révolution française, elles se moquaient des frontières, mais se savaient condamnées. Les pirates étaient mobiles et disparaissaient comme ils étaient venus. Un mode d'action appliqué au pied de la lettre par les forbans modernes, comme ceux de Burning Man qui se donnent 15 jours au milieu d'un lac salé en Arizona pour vivre au-delà des limites en toute liberté. C'est aussi le modèle des raves dans le monde entier.
Et surtout, les zones autonomes temporaires investissent, comme il y a trois siècles, les territoires pour lesquels il n'existe pas encore de carte, pas de gouvernement ni de police. Tous ces rêves devenus réalité ne sont pas uniquement festifs. A Taos au Nouveau-Mexique, les artisan-es du projet Earthship voient loin, jusqu'à la création de villes autosuffisantes, même sans permis de construire.
3e partie
Dans les années 1970, bien avant Internet, John Draper a écumé les lignes téléphoniques étatsuniennes, sans jamais rien payer. C'est le premier hacker. Captain Crunch, son surnom, réfère à ce paquet de céréales qui contenait un petit sifflet en plastique. Sa fréquence, 2.600 hertz, lui permettait de pirater le système. Avec la Blue Box de Captain Crunch, on pouvait téléphoner sans limite dans l’illegalité totale. Ses premiers admirateurs sont aussi ses premiers employeurs, les patrons d'Apple. Ses héritiers reprennent le flambeau. 2.600 est le titre d'un fanzine culte qui croit aux promesses de l'informatique naissante. Parmi ces pionniers, les Masters of Deception, une bande menée par Phiber Optic. Le plus notoire des pirates informatiques est Kevin Mitnick. Fugitif, ciblé par le FBI, il laisse sa carte de visite partout. Le jour de Noël 1995, il pénètre l’ordinateur personnel du cyber-flic qui le traque, Shimomura. Mitnick écope de cinq ans de prison. Aujourd'hui, les banques s'arrachent ses services.
Malgré la répression, les pirates poursuivent leurs activités. La Defcon, à Las Vegas, est la plus grande convention de casseurs de codes au monde. Sur les 6.000 hackers qui y participent, 20% sont des policiers. Petit à petit, l'État quadrille et verrouille Internet. La fin de la liberté pour le Web? Des derniers îlots résistent. On les appelle les Warez zones. Sur ces plates-formes illégales, on peut télécharger et cracker des centaines de logiciels. Lorsque les cyber-flics repèrent l'adresse du site émetteur, un programme le fait basculer immédiatement sur une nouvelle adresse à l'autre bout du monde.




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