Appels à l'action

« La chasse aux putes, aux itinérant-es et aux jeunes de la rue : un sport en compétition? | Accueil | Pour venir en aide aux populations civiles du Liban »

14.07.2006

Appel à plus de responsabilité de l’industrie du X

Les films X tournés sans préservatif sont de plus en plus nombreux. Ils représentent 35% du marché homosexuel et plus de la moitié des productions hétérosexuelles. Le "bareback", qui valorise la baise sans capote, envahit les rayons des sex-shops homos et l’Internet. Le milieu hétéro, faute d’une véritable communauté luttant contre le sida, n’a jamais été massivement préoccupé par ces problèmes : on n’y trouve pas forcément d’apologie de la prise de risque, mais l’indifférence face au sida a les mêmes conséquences que la diffusion du "bareback" chez les homos.

Quelles que soient les différences entre le porno homo et hétéro, la présence massive de films de sexe non sécuritaire met en danger les actrices et les acteurs, et témoigne d’un manque de respect flagrant à l’égard du public. Face à la réalité de la pandémie du VIH-sida, nous appelons l’ensemble de l’industrie du X à plus de responsabilité.

Des rapports non protégés mettent en danger les actrices et les acteurs. Tourner une scène sans capote, c’est filmer une scène de transmission potentielle du VIH ou d’une autre infection sexuellement transmissible. Il est difficile de ne pas se sentir mal à l’aise à la vue de jaquettes estampillées "bareback", avec des accroches telles que "Ces minets sont gourmands de foutre". Gourmands de foutre... et du sida aussi peut-être? Ce malaise, ni les distributeurs ni les producteurs ne semblent le ressentir. L’efficacité financière est au coeur de leurs préoccupations, quitte à oublier la protection des actrices et acteurs.

Certes, on peut toujours avancer, comme le font certains défenseurs des vidéos non protégées, l’argument de la liberté individuelle des actrices et des acteurs. C’est oublier un peu vite que les bases de la prévention ne sont pas connues également par toutes et tous, et que bon nombre de personnes peuvent ne pas se sentir concernées par le risque du VIH-sida. C’est oublier aussi que la précarité peut pousser des personnes à accepter des conditions de travail dangereuses.

De nombreux producteurs savent utiliser cette précarité pour faire prendre des risques à leurs modèles. Certains, dans le milieu homo notamment, paient pour des scènes non protégées des cachets jusqu’à dix fois supérieurs à ceux d’un tournage sécuritaire. D’autres profitent de la délocalisation des productions dans les pays de l’Est ou du Maghreb. Le droit du travail y est moins regardant, le salaire proposé représente l’équivalent d’une petite fortune locale, les campagnes de prévention y sont insuffisantes et le sida est encore souvent tabou. Tout cela se conjugue pour pousser des actrices et des acteurs à tourner sans capote. Nous ne l’acceptons pas.

Nous refusons tout autant la pratique qui consiste à exiger un test de dépistage régulier aux actrices et acteurs. Il ne s’agit en aucun cas d’une mesure de prévention, mais tout juste d’une disposition pour couvrir les producteurs vis-à-vis de leur assurance en cas de test positif. Jamais le dépistage n’a protégé du sida. Utilisé par les producteurs, il est avant tout un outil d’exclusion et de stigmatisation des personnes séropositives, dont on ne voit pas pourquoi, pour peu que les scènes soient protégées, elles seraient exclues des tournages.

La mise en danger des actrices et des acteurs doit cesser. Si l’ensemble de l’industrie pornographique continue d’exposer ses employé-es à des risques mortels, elle devra en assumer la responsabilité : devant les médias, les tribunaux et le public.

Les promoteurs des vidéos non protégées rejettent la responsabilité du marché sur la demande, comme si l’offre ne déterminait pas les envies du public. Comme si, à force de répéter sur les jaquettes que le sexe sans capote est plus naturel, plus désirable, plus excitant, le public n’était pas incité à acheter des vidéos non protégées.

Mais quand bien même la vision simpliste des partisans du "bareback" serait justifiée, quand bien même ce serait la seule demande qui serait en cause, qu’est-ce qui empêche un producteur ou un diffuseur responsable de ne pas répondre à cette demande? Protéger les parts d’un marché qui repose sur la mise en danger de personnes et la banalisation de l’épidémie n’a rien de glorieux. Il est de la responsabilité des producteurs et des diffuseurs de dire à leur public : "Le fantasme du sexe sans capote restera à l’état de fantasme, nous ne pouvons faire assumer un tel risque à nos actrices et acteurs, la réalité du sida et les responsabilités que nous avons vis-à-vis de vous nous en empêchent".

C’est pourquoi nous demandons aux producteurs de vidéos non protégées d’en cesser la réalisation et aux diffuseurs, de ne plus vendre des films "bareback". Une industrie du porno qui ne respecte ni ses modèles ni son public ne mérite pas d’être défendue. Elle doit s’attendre à voir ses responsabilités dénoncées. Nous, qui travaillons dans le porno, ou qui en sommes usagers ou usagères, attendons de l’industrie du X qu’elle valorise le plaisir sécuritaire, qu’elle rappelle que capote et jouissance vont ensemble et qu’elle se mobilise contre le sida.

La maladie, le sida et la mort ne nous excitent pas. Nous aimons le sexe, nous aimons la vie.

Brigitte Lahaie, Ovidie, Estelle Desanges, Helena Karel, Loïc Luke, Mathieu Mallet. Avec le soutien d’Act Up-Paris et de Couples contre le sida

Source : Act Up-Paris, 23.06.2006

Pages reliées :
Pratiques à risque dans l'industrie de la porno, 30.04.2004
Le sida ne vous concerne pas?, Act Up-Paris, 30.03.2006

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/21636/5442548

Voici les sites qui parlent de Appel à plus de responsabilité de l’industrie du X:

Outil de recherche


  • Google

    google.ca
    cybersolidaires.typepad.com

Your email address:


Powered by FeedBlitz

Agenda