T'es une vraie bombe, petite
Enrôlée de force en Ouganda alors qu'elle avait 9 ans, China Keitetsi a été combattante, garde du corps et membre de la police militaire. Violée de nombreuses fois par ses supérieurs, elle a aussi subi 6 mois de claustration et de torture de la part des services secrets ougandais.
Première enfant-soldat à publier un livre sur son histoire, La petite fille à la Kalashnikov, elle s'occupe de jeunes enfants au Danemark tout en luttant contre le recrutement des enfants dans les conflits armés.
À l'occasion du lancement de la campagne "filles soldats_ filles soldées" d'Amnistie internationale, China Keitetsi, aujourd’hui porte-parole des enfants soldats à travers le monde, est à Montréal dans le cadre d’une tournée médiatique.
Dans son site Web, elle écrit que "dans beaucoup de pays au monde, les arbres et l’herbe se nourrissent de la pluie. Dans beaucoup d’autres, ils se nourrissent du sang des enfants. Des milliers de petites filles soldats ont perdu leur dignité et n’ont aucun futur possible. Celles qui ont survécu comme moi ont souvent été abusées et sont mères d'au moins deux enfants. La plupart des enfants démobilisés n’accèderont jamais à l’éducation car leurs esprits sont détruits et leur âme est perdue. Ils ont besoin d’une aide permanente pour se reconstruire." Même avec de l'aide, ces jeunes "en sauront toujours plus sur la mort que sur la vie. C’est la raison pour laquelle nous devrions agir dès maintenant et en finir avec la souffrance des enfants."
300.000 enfants combattent dans plus de 30 pays. Ces enfants sont enrôlés de force ou s’engagent volontairement, poussés par la misère ou la violence de leur foyer. Certain-es sont âgés d’à peine 8 ans, la majorité a entre 15 et 18 ans. 40% sont des filles. Certaines études démontrent que, de 1990 à 2003, on retrouvait des filles soldats dans 55 pays. Esclaves sexuelles, elles sont aussi combattantes, espionnes, démineuses, porteuses, messagères, pilleuses, cuisinières et mères.
Les anciennes filles soldats doivent guérir des blessures physiques et psychologiques alors qu'elles sont souvent rejetées par leur communauté parce qu'elles ont été abusées sexuellement, ce qui signifie qu'elles ne peuvent plus se marier. Après avoir eu de nombreuses responsabilités, elles ont aussi du mal à exercer les fonctions traditionnellement réservées aux femmes. La formation professionnelle et l’accès à l’éducation représentent pour elles l'unique chance de réinsertion sociale. Dans plusieurs pays, des programmes sont mis en place pour encourager la démobilisation des enfants soldats et faciliter leur réinsertion. Mais les filles sont souvent ignorées par ces programmes. Dans de nombreux cas, les enfants soldats se réadaptent difficilement à la vie civile et restent vulnérables aux propositions de leurs anciens commandants et compagnons. Les filles, stigmatisées par leur communauté, ont particulièrement du mal à se réintégrer.
"Je peux dire que la vie dans l'armée était terrible; on m'a forcée à faire des choses que je n'aurais pas dû faire. Maintenant, je suis revenue dans ma famille, mais il est difficile de survivre, et lorsque j'ai entendu que ceux qui étaient dans l'armée allaient être payés, je me suis demandé si je ne devais pas m'engager à nouveau, pour avoir un peu d'argent et acheter de la nourriture et des vêtements. L'armée est terrible, mais d'un autre côté, ici, je n'ai rien."
Rosy, 14 ans, République démocratique du Congo (RDC)
Pages reliées :
Ex-child soldier's path to hope, BBC News Online, 25.05.2004
Les enfants soldats : une entrevue avec Roméo Dallaire, 09.06.2005
Les enfants sont le nouveau visage de la guerre, UNICEF, 07.05.2002




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