En 1985, après la démission de René Lévesque, avant que la course à la chefferie du Parti québécois (PQ) ne commence, Évelyne Tardy et André Bernard collaboraient à la formulation de questions pour une maison de sondage qui voulait savoir qui allait l'emporter. Les noms de Pierre Marc Johnson, Jean Garon et Bernard Landry semblaient s'imposer. Évelyne Tardy et André Bernard ont alors suggéré d'ajouter le nom de Pauline Marois dans la liste des candidats potentiels. Les résultats de ce sondage furent étonnants : celle-ci se retrouvait en deuxième position.
Dans une lettre ouverte, Évelyne Tardy rappelle cette anecdote afin de montrer que les hommes ne pensent pas aux femmes pour diriger un parti politique. La politique, pour beaucoup, c'est et ça reste une affaire d'hommes!
Pourquoi Pauline Marois, qui a occupé d'importantes fonctions politiques au sein du PQ, qui a toujours fait consciencieusement son travail de députée et de ministre, n'arrive-t-elle pas à s'imposer comme choix évident à la tête du PQ? Le fait que ce soit une femme, ex militante à la FFQ, serait-il un handicap? Évelyne Tardy tend à répondre oui à cette question. Les études scientifiques qu'elle a menées auprès des militant-es du Parti libéral du Québec (PLQ) et du PQ, qu'elles remontent à une vingtaine d'années ou à 2003, ont montré que bon nombre de militants et de militantes, les jeunes surtout, ne sont pas particulièrement favorables aux candidatures de femmes. État de fait plus évident au PQ qu'au PLQ.
Dans Égalité Hommes-Femmes? Le militantisme au Québec : le PQ et le PLQ, Évelyne Tardy, Rébecca Beauvais et André Bernard concluaient que "cette recherche a effectivement montré qu'il ne suffit pas aux femmes militantes, comme c'était aussi le cas des femmes élues sur la scène municipale que nous avons interrogées lors de nos recherches précédentes, de pouvoir militer dans un parti politique, de pouvoir être candidates et éventuellement de se faire élire, pour être sur le même pied que leurs collègues masculins. Les femmes semblent avoir plus de difficultés que les hommes à être "prises au sérieux" par les dirigeants ou par leurs homologues masculins, et semblent ne pas recevoir l'appui dont elles auraient besoin quand elles envisagent de faire le saut en politique active."
Évelyne Tardy conclut que si Pauline Marois était un homme, il y a fort à parier qu'elle ne rencontrerait pas autant de difficultés pour s'imposer à la tête du PQ. Rappelons qu'elle est deuxième dans les sondages, derrière André Boisclair. Quant à elle, Josée Boileau estime que "Mme Marois est prise au piège du pouvoir parce qu'elle est une femme. Les gens ne sont pas encore prêts à accepter tous les jeux politiques auxquels les femmes doivent se prêter pour arriver à ces très hautes fonctions". Pour sa part, Patrick Beauduin la voit prise dans un autre piège : "Les partis politiques ont des cycles de vie. Pauline Marois appartient à une époque du Parti québécois appelée à disparaître", dit-il. Au sein du PQ, on insiste aussi sur le fait que Pauline Marois serait de la vieille garde.
Pour Ginette Pelland, même si Bernard Landry fait partie de la vieille garde, il n'en a pas moins été chef du parti et premier ministre du Québec. On affirme que le PQ a besoin de sang neuf, de changement, de rajeunir son image. On ne voit pas très bien en quoi des apparences de jeunesse présentent un rapport avec des idées originales et solides ni avec les qualités nécessaires pour gouverner. Elle ajoute que si le PQ tient réellement à rajeunir son image, il doit plutôt "démontrer qu'il n'a plus rien à faire avec une vieille garde idéologique machiste qui n'envisage pour les femmes que des seconds rôles d'humble service pour la cause. Ce sont précisément les relents vicieux d'une telle idéologie qui propagent l'image d'une Marois tracassière, qui aurait eu le culot d'exiger une course à la chefferie du PQ, présentant par la suite sa candidature avant tout le monde en exprimant la fierté de ses réalisations sociales et politiques. Mais pourquoi diable aurait-elle honte de sa propre excellence?"
Dans une lettre ouverte, le Groupe Femme, Politique et Démocratie (GFPD) demande pourquoi une seule femme sur neuf aspirant-es a posé sa candidature à la direction du PQ. Peut-être que les états de services de madame Marois sont tels que sa candidature a découragé toute autre femme de poser la sienne? Possible. Chose certaine, ce genre de raisonnement n'a pas cours chez les aspirants candidats masculins. Pour le GFPD, il est évident qu'encore une fois les conditions ont été favorables aux candidatures masculines. Un parti soucieux de l'avancée de la démocratie devrait débattre des mesures concrètes à mettre en place pour favoriser une représentation paritaire des hommes et des femmes.
Le GFPD est persuadé qu'un nouveau "genre de politique" serait porté par les élues, non pas en raison de qualités supérieures, mais plutôt à travers leur expérience de vie et leur approche souvent différente des problèmes. En aucun cas, cet organisme ne propose d'élire une candidate parce qu'elle est une femme. Le GFPD veut plutôt rappeler que, dans ses institutions politiques, la société s'est trop longtemps privée de l'expérience et du jugement de la moitié de l'humanité. Le GFPD invite donc les membres du PQ à profiter de cette course à la direction de leur parti pour débattre de l'importance de la parité des femmes et des hommes dans la représentation politique, une société ne pouvant avancer sans tendre vers des institutions politiques plus représentatives d'elle-même.
Pages reliées :
Apprendre à se battre : une entrevue avec Lisa Frulla et Pauline Marois, 08.03.2006
Les femmes au parlement : au-delà du nombre, International IDEA
Pour en savoir plus et la bibliothèque du Collectif Féminisme et Démocratie


