Des marelles et des petites filles
Le 19 septembre 2005, environ 40 personnes se présentaient à la première soirée de la saison d'automne de Cinéma Politica-UQÀM pour visionner Des marelles et des petites filles. Ce documentaire très touchant donne entièrement la parole à des fillettes de 5 à 14 ans provenant des quatre coins du globe.
Dans leurs propres mots, elles nous révèlent leurs expériences difficiles, leur vision du monde et leurs rêves. À travers les images de leurs jeux de marelles, elles nous font découvrir que, malgré les atrocités qu’elles peuvent subir, elles demeurent des petites filles pétillantes qui rient, jouent, chantent et dansent. Elles ont des étincelles dans les yeux et elles sont fières d’être des filles!
En passant par l’Inde, le Pérou, la Thaïlande, le Yémen, le Burkina Faso, Haïti et la Chine, le documentaire nous fait visiter le coeur blessé de ces petites filles. Trop souvent, elles sont mariées à des inconnus en bas âge, elles sont utilisées comme esclaves domestiques ou sexuelles, elles sont pauvres et orphelines, elles sont battues ou mutilées.
Voici un résumé des chiffres troublants que nous présente ce documentaire :
- Dans les pays en développement, les filles travaillent 4 à 16 heures par jour à des tâches domestiques et ce, dès l’âge de 5 ans.
- Dans le monde, 110 millions de petites filles de 5 à 14 ans travaillent, sans compter les tâches ménagères qu’elles doivent accomplir à la maison.
- Deux tiers des enfants qui ne vont pas à l’école sont des filles.
- 1 million d’enfants vivent de travail à caractère sexuel, la plupart sont des filles.
- 250.000 filles de moins de 15 ans travaillent comme esclaves domestiques en Haïti (pdf).
- Les femmes fournissent 70% des heures travaillées alors qu’elles ne reçoivent que 10% des revenus.
- Les filles et les femmes possèdent moins de 1% des richesses de la planète.
- Dans plusieurs pays musulmans, les fillettes sont considérées comme des femmes qu’on peut marier, juger et condamner dès l’âge de 9 ans.
- Chaque année, 15 millions d’enfants naissent de mères adolescentes.
- 100 millions de filles sont portées disparues dans le monde.
- 2 millions de petites filles sont excisées chaque année.
- En Chine, 95% des enfants dans les orphelinats sont des filles.
- Au Canada, 84% des agressions sexuelles se font sur des filles mineures, dont un tiers sur des fillettes de moins de 6 ans.
Chacune des histoires déchirantes des petites filles interrogées constitue un témoignage vivant sur ces réalités alarmantes. Mais au-delà de la grande tristesse évoquée par leurs histoires et du découragement ressenti à la lecture de ces chiffres, le film nous lance un message d’espoir. La force de ces fillettes est inspirante. Leurs rêves et leur vision sont d’une perspicacité étonnante.
Voici quelques exemples des perles de ce documentaire :
- Quand on leur demande la différence entre les filles et les garçons, les filles répondent : "Les filles sont plus intelligentes".
- Quand on leur demande ce qu’elles veulent faire quand elles seront grandes : "Je veux grandir vite pour aider ceux qui en ont besoin", "Je veux être police pour protéger les enfants dans la rue" et "Je veux aider les pauvres parce qu’ils n’ont pas de place pour vivre et pour mourir".
- Quand on leur demande si elles pensent avoir des enfants : "Si j’ai une fille, je ne la ferai pas exciser" et "Je veux élever des enfants et bien m’occuper d’eux, les aimer, leur donner à manger et les vêtir".
Lors de la discussion suivant la projection du documentaire, Marquise Lepage confie que "Cette expérience m’a touchée énormément et j’ai pris des années à faire le deuil après le film. J’ai laissé un bout de mon cœur à chaque pays et à chaque petite fille que j’ai visité". Elle travaille actuellement à réaliser une version "garçon" du documentaire. Elle le fait pour contribuer à changer le monde, pour conscientiser les gens sur le sort des enfants et pour partager avec nous leur vision d’espoir. Marquise Lepage conclut en disant : "Je pense que les enfants sont l’avenir du monde et qu’on n’y fait pas assez attention. L’enfance, c’est là que tout commence et réparer les choses à la base, c’est la seule façon de bâtir une société meilleure".
Par Jade Landry-Cuerrier; photo : Julien Demers. Membres du collectif étudiant Cinéma Politica-UQÀM




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