À quand le beurre de karité équitable?
Petit pays de l'Afrique de l'Ouest, le Burkina Faso produit environ 80.000 tonnes de beurre de karité par année, ce qui en fait le deuxième producteur mondial.
Ce beurre est importé en grande partie par l’industrie cosmétique occidentale. Il entre notamment dans la fabrication de savons, de crèmes ou d’autres produits cosmétiques, mais son commerce est loin d’être équitable. Selon Michèle Jacques, il se vendrait au quart du prix légitime.
Le 3 juillet 2005, elle s’envolait pour Ouagadougou en compagnie de 19 autres étudiant-es choisis par Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC). Une fois dans la capitale, les étudiant-es rencontraient leurs "jumeaux" burkinabés : 20 étudiant-es intéressés par les questions de coopération. Ensemble, ils ont passé une semaine à faire connaissance et à comparer leurs perceptions du développement international. Puis, par petits groupes, ils se sont répartis aux quatre coins du pays afin de prendre part à des projets concrets.
C’est ainsi que Michèle Jacques s’est retrouvée dans la région de Léo avec une Ontarienne et deux confrères burkinabés, étudiants en économie agricole. Pendant cinq semaines, elle a été hébergée par une famille musulmane, raconte-t-elle. "Le chef de famille avait quatre épouses et chacune avait plusieurs enfants. Il y avait 28 personnes au total." Les conditions d’hygiène, la nourriture, l’horaire de la journée… les adaptations ont été nombreuses. Pourtant, elle dit ne pas avoir trop souffert du choc culturel. "L’EUMC nous avait bien préparés avant le départ et je savais dans quoi je m’embarquais."
Particulièrement intéressée par la condition des femmes en Afrique, c’est avec bonheur qu'elle apprenait qu’elle allait travailler au sein d’une association de productrices de karité. "Ce sont essentiellement les femmes qui sont responsables de cette production, explique-t-elle. Les noix sont cueillies dans les arbres puis moulues, parfois à la main, parfois à l’aide de presses." Les femmes de l'Afrique de l'Ouest fabriquent ce beurre depuis la nuit des temps. Il sert à la cuisson des mets traditionnels et aux lampes d’éclairage. Mais l’engouement grandissant de l’Occident pour ce produit a multiplié leur travail. Cet enthousiasme pourrait engendrer une source de revenus intéressante, mais les commerçants abusent de la vulnérabilité des productrices.
"Un kilo de karité se vend environ 500 francs CFA (1$ US), souligne Michèle Jacques. Selon les estimés que mes collègues et moi avons faits, en tenant compte des dépenses annuelles requises et d’un salaire horaire raisonnable, nous jugeons qu’il pourrait se vendre 2.000 francs CFA. Pour être réaliste, nous estimons que le prix devrait être augmenté dans un premier temps à 1.200 francs CFA."
Au retour de son voyage, la jeune coopérante apprenait qu’une compagnie française qui importe le beurre de karité du Burkina Faso souhaitait recevoir une copie de son rapport. "Ils ont montré une ouverture à pratiquer un commerce plus équitable, se réjouit-elle. C’est peut-être un début…"
Source : Dominique Forget, Journal de l’UQAM, 06.09.2005 (pdf)
Page reliée : Le karité, le nouvel or des femmes rurales?, 29.03.2005



