Le Brésil rejette les conditions étatsuniennes pour l'aide contre le sida
Le 3 mai 2005, le Brésil devenait le premier pays à prendre une position officielle contre le fait que l'USAID cherche à imposer aux pays pauvres son programme anti-avortement et d'abstinence sexuelle.
Des militant-es ont applaudi ce rejet de 40 millions $ venant des programmes contre le sida de l'USAID parce que le Brésil refuse d'approuver une déclaration condamnant la prostitution. Le gouvernement et beaucoup d'ONG impliquées dans la lutte contre le sida pensent qu'une telle déclaration empêcherait d'encourager les travailleuses et travailleurs du sexe à se protéger eux-mêmes et leurs clients de l'infection.
L'exigence de l'administration étatsunienne, fortement influencée par la droite religieuse, observe ce qu'on connaît comme la règle du bâillon mondial (Global Gag Rule) - une interdiction du gouvernement des États-Unis de financer toute organisation domiciliée à l'étranger qui a des liens avec l'avortement. Ceci a causé le retrait de millions de dollars de financement de cliniques de planning familial dans le monde.
Le 3 mai 2005, Pedro Chequer, directeur du programme brésilien de VIH/sida, a dit que le gouvernement avait réussi à résister aux pressions étatsuniennes pendant les négociations sur l'aide contre le sida mettant l'accent sur la promotion de l'abstinence et de la fidélité plutôt que sur les préservatifs, une autre bataille idéologique menée par la droite religieuse. Les négociateurs étatsuniens ont exigé le maintien de la clause sur la prostitution. "Je voudrais confirmer que le Brésil a pris cette décision pour préserver son autonomie sur des questions liées à la politique nationale contre le VIH/sida ainsi que pour des principes éthiques et de droits humains", a-t-il déclaré au Guardian.
Des militant-es ont félicité le gouvernement brésilien pour sa position et ont manifesté leur inquiétude que la déclaration sur la prostitution puisse nuire aux efforts pour combattre le sida chez les travailleuses et travailleurs du sexe de beaucoup de pays. Jodi Jacobson du Centre for Health and Gender Equity aux États-Unis a dit que, contrairement à la règle du bâillon mondial, la déclaration sur la prostitution semblait plutôt devoir s'appliquer à des organisations situées aux États-Unis et à leurs filiales à l'étranger. Le bureau de Randall Tobias, le coordonnateur de l'USAID qui a la responsabilité de dépenser les 15 milliards $ que le président Bush a promis pour la lutte contre le sida, est en train de travailler sur le langage qui doit être adopté, a-t-elle dit.
"Toute organisation recevant de l'argent de l'aide étatsunienne devra être d'accord avec la politique", dit-elle. Cela incluera des institutions caritatives aussi importantes que Care, Save the Children et World Vision. "C'est une politique extrêmement problématique déjà rien que du point de vue de la santé publique. Elle va entièrement à l'encontre de la nature des principes de santé publique qui consiste à ne pas juger les gens qu'on essaie d'atteindre."
Mais Sam Brownback, un important sénateur conservateur, a déclaré au Wall Street Journal qu'il est "évident que le Brésil peut agir comme il l'entend dans ce domaine. Nous parlons de la promotion de la prostitution que la majorité du Congrès et du Sénat estiment nocifs pour les femmes".
La plus grande partie des financements étatsuniens contre le sida va directement aux organisations qui travaillent dans ce secteur et une partie importante de l'argent transitera via des organisations religieuses qui soutiennent les positions anti-avortement, pro-abstinence et anti-prostitution des néo-conservateurs étatsuniens. Mais le gouvernement brésilien a une politique solide en matière de VIH/sida et il veut que toutes les négociations passent par son propre comité. Il existe aussi un important partenariat entre le gouvernement et les ONG qui encouragent une réponse commune à Washington.
"Ce serait entièrement en contradiction avec les indications d'un programme qui a très bien fonctionné depuis des années. Nous fournissons des préservatifs et faisons énormément de travail de prévention avec des travailleuses du sexe, et le taux d'infection s'est stabilisé et a baissé depuis les années 1980", dit Sonia Correa, une militante brésilienne contre le sida et vice-présidente de l'International Working Group on Sexuality and Social Policy.
"Les États-Unis font la même chose dans d'autres pays - intimidant, pressant et forçant - mais tous les pays n'ont pas la possibilité de dire non." Adrienne Germain, présidente de l'International Women's Health Coalition a dit que "l'importance de la décision du gouvernement brésilien ne peut pas être surestimée".
Source : Sarah Boseley et Suzanne Goldenberg, 04.05.2005. Traduction : Edith Rubinstein des Femmes en noir
> Le 9 mai 2005, un appel à l'action était lancé par l'International Gay and Lesbian Human Rights Commission et le Network of Sex Work Projects visant à encourager le gouvernement du Brésil à continuer de résister à cette exigence des États-Unis.
Pages reliées :
Prostitution Loyalty Oath: A U.S. Global AIDS Policy Restriction in Violation of First Amendment, Center for Health and Gender Equity
Lettre au président Bush en matière de VIH/SIDA et de la traite : Non à l'imposition de resctrictions visant à couper les vivres à tout organisme qui ne signe pas une clause anti-prostitution, 18.05.2005
Un mélange dangereux : la religion et l'aide au développement, Eman Ahmed, WHRnet, 08.2005
Over 100 groups urge Bush to enforce anti-prostitution policies, Asian Sex Gazette, 16.08.2005





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