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30.08.2004

Québec : Ce que les jeunes en centres jeunesse ont à dire

La lecture du rapport de recherche du Conseil permanent de la jeunesse (CPJ), intitulé Les jeunes en centres jeunesse prennent la parole (pdf), n'a pas de quoi étonner outre mesure ceux et celles qui travaillent avec des jeunes sortant de ces centres.

Depuis 1988, le Regroupement des auberges du coeur du Québec dénonce la même situation en s'appuyant sur le témoignage des jeunes qui fréquentent ses maisons membres. Michel Parazelli, professeur à l'École de travail social de l'UQÀM, rapporte également les mêmes faits dans ses recherches auprès des jeunes de la rue de Montréal. Il faut donc admettre que le rapport du CPJ reflète la réalité de l'expérience des jeunes en centres jeunesse, une réalité qui va jusqu'à en pousser à la rue - et vers la répression qu'ils y subissent - et parfois à la mort.

Les jeunes interrogés analysent le système avec une acuité étonnante. Pour expliquer les ratages de leur parcours, ils mentionnent le milieu de vie artificiel dans lequel ils doivent apprendre à vivre et ses graves conséquences, l'incompétence du personnel et sa multiplicité, les nombreux transferts, la mixité des "clientèles" et les écarts d'âge. Dans ce milieu artificiel, même la jeunesse tend à être niée. Les jeunes racontent aussi comment on les sépare de leur famille, alors qu'ils espéraient une véritable médiation entre eux et leurs parents. Ils constatent également l'impossibilité de se faire écouter, la négation de leur point de vue, le musèlement et le mépris de leur parole par des intervenant-es qui se posent en expert-es. C'est le système qui prime sur les jeunes. Finalement, on leur bloque des voies de sortie de parcours déjà difficiles, les diplômes secondaires reçus étant factices, reconnaissent ceux et celles qui ont effectué leur scolarité "en dedans". Un réel handicap quand on souhaite poursuivre des études au collégial.

Le Québec ruine des vies alors qu'il ne peut se permettre le luxe immoral de perdre un seul de ses jeunes. Parmi les recommandations du CPJ (pdf) pour redresser la situation, saluons celles qui exigent l'implication réelle des jeunes dans toutes les décisions qui les concernent, des centres jeunesse à l'échelle de quartiers et un meilleur financement pour les organismes communautaires autonomes du secteur jeunesse. Cependant, l'ensemble des recommandations signifie une révolution démocratique contre la culture technocrate et répressive du réseau public. Directions et employé-es y résisteront et il manquera toujours aux jeunes le pouvoir de l'enclencher.

Source : François Labbé, 17.08.2004

Consultez également l'avis du CPJ : Les jeunes en centres jeunesse prennent la parole! (pdf), 07.2004

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