Ovidie : ma démarche est un acte militant
Ovidie est une jeune française éduquée, ancienne militante anarchiste, végétalienne convaincue, bisexuelle mariée à un prof de philo et, surtout, star atypique du cinéma porno hexagonal.
Après deux ans passés dans une profession où elle a d’abord fait figure d’empêcheuse de travailler en rond, refusant bon nombre de pratiques qu’elle jugeait dégradantes et réclamant un minimum de garanties sociales, en 2001, elle était récompensée par cette même profession aux Hot d’Or, l’équivalent des Oscars dans le X. Meilleur scénario pour Orgies en noir, son premier film en tant que réalisatrice, et Hot d’honneur pour sa participation à un film dit traditionnel, "Le pornographe" de Bertrand Bonello. Forte de cette reconnaissance et de la médiatisation dont elle est devenue l’objet, cette militante qu'inspire Annie Sprinkle, une féministe pro-sexe étatsunienne, espère promouvoir ce qui lui tient le plus à coeur : l’émergence d’une pornographie non sexiste s’adressant aux femmes autant qu’aux hommes, une pornographie qui déculpabilise les femmes envers le sexe, qui les libère.
En mai 2002, elle publiait Porno Manifesto, un essai politique sur le féminisme et la pornographie. Elle y explique la théorie féministe pro-sexe sur laquelle elle se base pour revendiquer un métier socialement méprisé mais non dénué de vertus émancipatrices là où d'autres ne voient que des victimes de la domination masculine. En rupture complète avec les féministes qui se positionnent "en gendarme garant des bonnes moeurs et de l'idéologie dominante", elle confère à la porno un pouvoir réformiste et esthétique. Elle tente de faire voir qu'elle peut être un moyen d'avoir "une image positive et forte de son propre corps et de son propre sexe".
Programme ambitieux mais dans l'ensemble réussi, notamment dans la description encyclopédique des courants néoféministes étatsuniens qui l'ont inspirée. Ovidie montre bien comment le X occulte par exemple des éléments de la jouissance féminine. Exemple : "Tout liquide sortant du sexe de la femme est considérée comme sale. Les gros plans de pénétration doivent être "propres". La moindre trace est immédiatement éliminée à coups de lingette pour bébé. Certaines personnes, hommes et femmes, vont même jusqu'à trouver écoeurant les poils pubiens. Le sexe de la femme est toujours une partie honteuse, sale et malodorante".
Selon Ovidie, les femmes doivent se réapproprier ce cinéma confisqué par les hommes. "Puisque le combat des féministes, c'est la sexualité, il faut qu'elles s'investissent dans la représentation du sexe et donc, dans la pornographie." Pour elle, le féminisme MLF des années 1970 n'a pas du tout été une libération des femmes, mais une libération de la consommatrice et de la travailleuse. L'égalité avec des hommes en tant que travailleurs et consommateurs, pas en tant qu'hommes libres, ne libère pas les femmes en tant que femmes, ni les hommes d'ailleurs. La libération des femmes passe par l'expression de ce qu'elles sont et veulent, notamment en matière de sexe.
Pages reliées :
"In sex we trust: Backstage", Ovidie, 2004
L’Amante religieuse ou Journal intime d’une actrice de X, Séléna de Sade
La chasse aux sorcières, Ruby Bird, 06.07.2005
Porn Stars are People Too : An Interview with Christi Lake, Laura Nathan, 11.12.2004





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