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09.09.2002

Kelly Wilson, prêtresse du sexe

Depuis des siècles, une opprobre injuste existe contre la prostitution et les répressions qui en résultent ont marginalisé cette activité. Ipso facto, c'est la criminalité qui s'en empare et qui crée les conditions de son exploitation esclavagiste. De ce fait, beaucoup de prostituées sont sous la contrainte de criminels et de leurs complices abolitionnistes. C'est cette condition et seulement cette condition d’esclave qui est avilissante.

Avec Internet émerge une nouvelle génération révolutionnaire de travailleuses du sexe qui échappe jusqu'ici à la persécution des autorités et des organismes de rééducation. Kelly est l'une d'entre elles. Voici un point de vue matriarcal et paganiste sur la question.

Avant l'avènement du patriarcat, la prostitution était sacralisée, élevée au rang de profession honorable. Dès que la société a cessé d’être matriarcale, le sexe féminin a fait peur. La femme est devenue impure et la source du pêché originel. La prostituée, symbole des anciennes sociétés matriarcales et paganistes, devint alors la sorcière du sexe qu'il convenait de ravaler au rang de sous-femme et de persécuter. C'est ainsi que la répression est toujours exercée contre les femmes : on n'a jamais réprimé la vente de relations sexuelles d'un homme à une femme. Lorsqu'une femme change souvent de partenaires, c'est une salope. Quand c'est un homme, c'est un Don Juan. C'est parce que n'importe quelle femme est déjà avilie par la misogynie de la société patriarcale que la prostituée l'est encore plus!

Les législations actuelles, notamment abolitionnistes comme en France, vont toujours dans ce sens. C'est ainsi que la loi française prévoit la non-assistance à personne en danger comme étant un délit sauf à l'égard d'une prostituée. En France, un hôtel ne peut recevoir des prostituées ce qui, plutôt que de lutter efficacement contre le proxénétisme esclavagiste, oblige les prostituées à exercer dans des conditions dissuasives d'insécurité, dans des lieux propices aux agressions tels que stationnements, bois et autres lieux isolés. Tout en tentant d'abolir la prostitution en la rendant impossible ou tout au moins risquée, la France abolitionniste est le pays européen qui lutte le moins bien contre le proxénétisme esclavagiste.

Dans les branches protestantes de la chrétienté, les pasteurs ont le droit d'avoir des relations sexuelles alors que ce n'est pas le cas chez les catholiques. Cette attitude plus humaine fait que le sexe est moins diabolisé. Il en découle que les professions du plaisir sexuel ne font pas l'objet d'une ségrégation aussi violente que dans les pays catholiques ou musulmans.

C'est ainsi qu'en Suisse, l'article 195 du code pénal n'interdit pas le proxénétisme doux. Une prostituée doit exercer à titre indépendant. Il est interdit qu'elle ait un employeur mais il n'est pas interdit qu'elle puisse bénéficier d'une protection. Elle peut rémunérer ceux ou celles qui l'assistent dans l'exercice de sa profession, tant pour sa sécurité que pour prospecter de nouveaux clients. Par contre, la loi est sévère à juste titre envers tous ceux qui lui imposeraient des clients et des cadences de travail ou qui exerceraient des pressions pour l'obliger ou l'inciter à se prostituer. La grande criminalité liée au proxénétisme esclavagiste n'existe pour ainsi dire plus en Suisse.

Kelly WilsonQuel est le contact le plus intense que peuvent avoir deux êtres humains si ce n'est l'acte d'amour? Ma profession est donc celle qui devrait être la plus honorée. Un grand chef cuisinier qui prodigue à ses clients le plaisir de la bouche est bien considéré. Celle qui prodigue le plaisir du vagin ne l'est pas. La bouche est noble mais le vagin ne l'est pas. Vous trouvez cela logique?

Beaucoup de mes clients me considèrent comme une sorte de prêtresse du sexe. Je crois en effet que j'accomplis un rituel paganiste, une mission sacrée que je perpétue pour que les racines des civilisations matriarcales, les civilisations du plaisir, puissent un jour regénérer un monde où les humain-es et la nature ne feront qu'un et où la femme retrouvera sa place de guide de la tribu. Regardez les sociétés qui manifestent le plus d'intolérance à l'égard des femmes. Plus la femme est rejetée, plus la société est folle et cruelle. Ce monde à besoin d'être rééquilibré par le plaisir et la communion sexuelle sans tabous entre les personnes.

La femme, en raison de la plus grande complexité de son système sexuel, dispose d'une plus grande potentialité que l'homme d'atteindre un orgasme intense et prolongé. Le druidisme, cette ancienne religion paganiste et celtique, enseigne que la femme est naturellement initiée. Toutefois ce don est habituellement brimé par l'éducation qu'elle subit. L'ancienne tradition matriarcale de l'Inde incluait l'enseignement aux femmes de l'art de faire l'amour (le tantrisme, appelé aussi yoga sexuel). Seule la femme avait la capacité de transmettre par son âme et ses sens l'extase divine et prolongée du plaisir orgasmique.

C'est en harmonie avec ces anciennes cultures redécouvertes et vécues authentiquement que je me considère comme une prêtresse du sexe. Mon action est bénéfique pour l'épanouissement affectif et sexuel de mes client-es. Les relations sexuelles que j'ai avec mes client-es interviennent comme dans la vie normale, après des préliminaires tels qu'une longue conversation, un dîner, une sortie. Je joue un rôle, je vends aussi du rêve, de la relation humaine. Une grande part de mon temps est consacré à la détente de l'esprit et du corps de mes partenaires et aussi à l'action psychologique. Lors de mes prestations, il n'y a pas forcément relation sexuelle. En réalité, je ne vends pas de relations sexuelles. Toutefois, je ne m'interdis pas des relations sexuelles en cas de désir réciproque.

Nous sommes dans le cadre de la sphère privée entre adultes consentants et non dans la relation prostituée-client. Sur le plan théorique et légal, il n'y a donc pas prostitution. Je suis une femme super féminine qui tire une énergie libératrice de son activité. Je suis aussi perpétuellement à la recherche de nouvelles techniques érotiques à expérimenter. Ce domaine me passionne scientifiquement. L'art érotique, le métier d'escorte hautement qualifiée devraient être sanctionnés par un diplôme d'études supérieures!

Source : Étude sur la néo-prostitution par internet. Interview de Kelly, escorte indépendante, 03.2001

Pages reliées :
Profession : escortes, Enjeux, 28.01.2003
Escort-girl, call-girl, d'après une approche médico-sociale, 16.09.2002

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